On attendait beaucoup de la comparution du médecin-légiste et du préposé à l’embaumement de la clinique Ngaliema, devant le tribunal militaire de garnison de Ngaliema, on a eu droit à un cours de notions élémentaires de médecine légale. Telle est la substance de l’audience d’hier au camp Kokolo.
Le Dr Nzuzi Ntula, responsable du département de médecine légale à l’Hôpital général de référence de Kinshasa, 36 ans d’expérience professionnelle dans l’art de disséquer les corps et de rechercher les causes ayant entraîné la mort, est pour ceux qui ne le savent pas, une figure de proue qui fait autorité dans ce domaine peu prisé par les jeunes médecins. Ses collègues s’inclinent volontiers sur son courage exceptionnel à côtoyer les cadavres à longueur des journées et des années entières, au point que la mort n’a plus le même sens que chez les autres mortels.
Donnant hier, les circonstances dans lesquelles il a reçu le corps de Botethi, le médecin-légiste a indiqué qu’il a pratiqué l’autopsie le mardi 8 juillet, à la clinique Ngaliema, au lendemain de l’opération d’embaumement. L’agent embaumeur avait déjà nettoyé le corps, massé le visage, extrait la balle encastrée dans la tempe et suturé les blessures.
A la question de savoir quelle trajectoire ont pu prendre les deux balles entrées dans la tête du vice-président de l’Assemblée provinciale, le Dr Nzuzi s’est trouvé dans l’impossibilité de donner une réponse précise. En revanche, il a cru bon de se référer au rapport de l’expert en balistique. Le médecin a signalé que la balle entrant dans le corps de la victime peut changer de trajectoire.
Quant à réaliser comment la balle peut entrer et sortir de ce corps, trois causes, selon le médecin-légiste, peuvent expliquer cette déviation de la trajectoire. Entre autres causes, il a cité la distance, la puissance du tir et les organes traversés. Un cours de notions élémentaires de médecine légale Livrant des explications sur la sortie d’une balle et la rétention de l’autre dans la tempe, le Dr Nzuzi a évoqué la présence des os, des tissus muscles et des organes nobles.
Au sujet de la balle meurtrière, il a relevé la différence d’interprétation des causes de la mort et développé quelques notions de médecine légale. Une différence qui oppose les juristes et les médecins. Si pour les juristes, la mort est causée par la balle et l’arme qui l’a tirée, pour les disciples d’Hippocrate, la balle ne tue pas.
Ce sont les conséquences des blessures causées par cette balle qui entraînent la mort, notamment l’hémorragie, les lésions causées aux organes nobles. Pour illustrer ses propos, le Dr Nzuzi Ntula a montré que la seule présence d’un homme armé et en tenue dans une maison d’habitation, sans utilisation de l’arme, peut entraîner la mort de sa victime. Devant un tel cas, les médecins parleront de la mort par émotion.
Le ministère public qui le suivait attentivement, a rebondi sur ses démonstrations, pour faire observer à la défense que le médecin-légiste ne se trompe pas sur tous les éléments, comme elle l’a relevé. La balle meurtrière n’est pas magique, a-t-il soutenu. Le préposé de l’embaumement de la clinique Ngaliema a rappelé les multiples pressions subies à son service, de la part des officiels soucieux de voir le corps de Botethi entouré de soins particuliers.
C’est pendant l’opération d’embaumement qu’il a été intrigué par un objet pointu dans la tempe. En pressant avec ses mains, une balle fut extraite. Il a alors fait remarquer qu’à la découverte de tout corps étranger sur le cadavre, il signale la famille. Ainsi s’il découvre les bagues et autres objets de valeur, il les cède à la famille. Aucun élément nouveau Formé aux techniques d’embaumement à la Croix-rouge, le préposé de la clinique Ngaliema a indiqué par la suite, qu’il a procédé à la suture des blessures trouvées sur le corps de Botethi.
Aussitôt fait, il avait remis la balle extraite à un capitaine qui accompagnait le grand-frère du défunt. Pour Me Théodore, l’embaumeur devait dire s’il avait considéré la balle comme étant un bijou de famille qu’il fallait remettre à la famille éprouvée, alors que c’est une pièce à conviction. Dans la tradition des services de la morgues à la morgue, tous les biens sont remis à la famille éprouvée. Il n’a pas de rapport au médecin-légiste. L’auditeur militaire a fait observer que ce n’était pas une infraction, ni une entorse à la procédure.
Rappelons que le lieutenant-colonel Kanyama, commandant district de la Lukunga, est passé à la barre pour donner les circonstances de sa descente sur le lieu. Après appel de ses éléments, il est arrivé à Ma Campagne à 5 heures et a trouvé le brigadier Kankonde entre les mains de ses agents. Sur avenue Benseke, Patrick Mwewa blessé par balle au ventre, s’était présenté comme un étudiant.
C’est plus tard, vers 6 heures 30’ qu’il apprendra que le corps de Botethi traînait sur avenue Haute tension. Il informa aussitôt l’inspecteur provincial de la police, et le parquet pour procéder à la levée du corps pour la morgue de la clinique Ngaliema. Son audition n’a pas apporté un élément nouveau, ni une piste particulière. Notons que le tribunal militaire a procédé à la vérification des objets saisis dont les effets de Daniel Botethi, ceux de son garde du corps, l’ancienne tenue GR, l’imperméable, la cagoule et l’arme de Kadi.
Dans ce dossier, il y a deux armes Aka, un revolver GP et des chargeurs avec munitions, des douilles et des balles. Aujourd’hui, le débat tournera essentiellement sur les observations des parties sur la marche du procès et sur les pistes non encore explorées.