La prochaine audience du procès JP Bemba à la Cpi aura lieu le samedi 4 octobre prochain. En attendant cette audience, l’opinion congolaise a les yeux et les oreilles fixés à la Haye. La nouvelle selon laquelle le gouvernement centrafricain demanderait à la Cpi de surseoir les poursuites contre les personnes accusées de crimes de guerre lors des événements sanglants qu’avait connu ce pays, a fait naître dans les militants du Mlc, l’espoir de voir leur leader bénéficier de cette volte-face des autorités centrafricaines. Il nous revient que la décision du gouvernement centrafricain serait motivée par le besoin de réconciliation nationale.
Il est vrai que JP Bemba n’est pas Centrafricain. Son arrestation ou sa libération n’aurait aucun impact sur la politique interne de Bangui. Mais ce qu’il faut, c’est un problème de justice. Il n’est pas question pour la Cpi de rendre une justice à deux vitesses selon qu’on est Congolais ou Centrafricain.
Tous les acteurs qui ont été accusés pour les mêmes faits dans une même affaire doivent bénéficier du même traitement. Si donc la Cpi accède à la requête du gouvernement centrafricain, elle doit par le même fait libérer le Congolais JP Bemba qui a précédé les Centrafricains dans les prisons de la Haye.
Un mirage de plus ?
Ce n’est pas pour la première fois que tel espoir se présente comme un mirage pour les militants du Mlc. Mais faut-il se comporter en désespérés de s’accrocher parfois à sa propre ombre croyant avoir devant soi une bouée de sauvetage ? Il est temps pour les Congolais d’analyser froidement ce genre d’information.
Les dirigeants centrafricains, préoccupés par les perspectives de la réconciliation dans leur pays, sont en droit de demander à la Cpi d’annuler par des mandats d’arrêt internationaux ce qu’ils construisent à l’intérieur de leurs provinces par le dialogue en vue de la réconciliation.
La question que l’on peut se poser est de savoir si la Cpi est en droit elle aussi de prendre en compte cette requête. Y’aurait-il incompatibilité entre la justice et la réconciliation ou bien la justice conduit à la réconciliation ? On peut engager un débat à ce sujet.
Mais l’on se souviendra que les avocats de JP Bemba avaient avancé cet argument pour obtenir la libération du leader du Mlc dont la place dans la politique congolaise en reconstruction n’est pas à nier. Mais, la Cpi s’est faite sourde. On a fait valoir la séparation entre justice et politique. Le débat est en cours au sujet du président soudanais.
Non seulement il y a eu des réactions contre sa mise en accusation par la Cpi, mais aussi, l’Union africaine s’est investie pour faire comprendre que la mise en accusation du président Béchir envenimerait la situation au Darfour. La situation n’est certes pas comparable à celle de JP Bemba pour la bonne raison qu’au Soudan il s’agit d’un président en fonction.
Mais là où se rejoint c’est la relativisation de l’indépendance de cette justice que d’aucuns avaient présentée dans le cas de la Rdc comme une machine qui n’obéit pas au politique. Si on peut arrêter la Cpi au Soudan, on peut le faire partout ailleurs.
Le gouvernement centrafricain est-il habilité à retirer la plainte ?
Là où les choses peuvent paraître compliquées pour le leader du Mlc, c’est sur la qualité de celui qui demande de surseoir les poursuites. Il nous avait été dit que le plaignant dans l’affaire centrafricaine pour laquelle JP Bemba est en prison, c’est le collectif de victimes représentées par l’Association centrafricaine des droits de l’homme. Il revient à cette association le droit de retirer sa plainte.
Ce que le gouvernement centrafricain devrait faire, c’est de convaincre cette association afin que l’on n’assiste pas à un bras de fer qui pousserait la Cpi à n’écouter que le plaignant afin de ne pas donner l’impression d’avoir obéi aux injonctions d’un gouvernement tiers.
La Cpi craindrait de faire jurisprudence et fragiliser ainsi son action. A entendre le président de cette association, il n’est pas question de retirer la plainte. Par conséquent, l’espoir de voir le leader du Mlc retrouver l’air libre s’amenuise.
N’y aurait-il plus rien à faire pour JP Bemba ?
La question que plus d’un se posent est de savoir s’il n’y aurait plus aucun espoir pour JP Bemba de sortir de sitôt de cette prison. Il y a certainement quelque chose à faire. C’est la performance des avocats. Bien entendu à condition que l’on ait affaire à une justice réellement libre. Quant aux miracles qui viendraient d’un deus ex-machina, nous n’y croyons pas assez.
L’important dans cette conjecture est qu’elle permet que l’on reparle de JP Bemba. C’est important lorsqu’il s’agit d’une personnalité en détention qui compte. Il n’y a pas pire catastrophe que de se voir oublier par l’opinion. C’est pourquoi, au moment où les politiciens semblent s’essouffler dans leur soutien au leader du Mlc, la base, elle, invente avec l’aide de certains commérages rapportés par la presse, à garder la mémoire de son leader.
Car, de plus en plus son parti, ses alliés semblent avoir beaucoup d’autres chats à fouetter. C’est vrai que les dirigeants de l’opposition et du Mlc ont beaucoup à faire dès le moment où le sort de leur leader repose désormais entre les mains des avocats, mais c’est très tôt que cela arrive. Il y a certainement une façon de garder vivace la présence de JP Bemba dans l’espace politique congolais en médiatisant les visites lui rendues par les membres du parti et les messages qu’il pourrait adresser aux militants et sympathisants de son parti politique.
Les observateurs constatent que l’on est déjà dans ce qui conduit à la routine et par conséquent à la résignation. On se dit que l’on n’y peut plus rien… Il suffirait que la crise qui rôde autour du parti et qui a plus d’une fois été contournée et non étouffée, éclate, cette fois avec plus d’intensité, pour que l’on se trouve en présence de pro et de anti-Bemba.
S’il a beaucoup de chance, le parti se divisera même si les parties pourraient toutes se réclamer de leur leader. Dans ce cas, il n’ y aurait pas une bonne façon d’entourer JP Bemba que celle qui consiste à se disputer son héritage de son vivant.