Ce n’est jeudi que plusieurs membres de ce parti se sont convaincus de la dure réalité leur mentor à encore de beaux jours à passer sous les verrous. On entend dire, en se fondant sur le temps mis par Thomas Lubanga avant l’ouverture de son procès, que JP Bemba pourrait mettre plus d’une année à La Haye. Ce qui a de plus rajouté à la tension au sein de cette formation politique, du moins parmi ses fanatiques les plus irréductibles qui ne sont pas allés dans la dentelle pour projeter un coup de force.
Des partisans chauffés à blanc...
Déjà, la veille, la rumeur publique faisait état d’une éventuelle subversion au cas où le transfert de JP Bemba à La Haye était confirmé. Jusque jeudi soir, rien n’est venu perturber la quiétude des kinois. Après s’être longtemps abreuvés à la source de l’intoxication, nombreux sont les militants du MLC qui ont fait un effort de transcendance pour lire les événements avec un peu plus de lucidité. Car, jusqu’à présent, rien n’est encore joué. Car, à peine accueilli dans un centre pénitentiaire de la CPI aux Pays Bas, JP Bemba devra subir un interrogatoire conformément à la procédure.
Une première audience préliminaire au niveau de la chambre de la CPI au cours de laquelle il plaidera sans doute non coupable, est prévue dès ce vendredi. En outre, la défense a également la latitude de réchauffer la requête pour sa remise en liberté provisoire après une première tentative rejetée à Bruxelles. Les avocats de JP Bemba se disent sereins et envisagent l’avenir avec optimisme, convaincus que les vices de procédure décelés au niveau des juridictions belges seront corrigés à La Haye. Tous ces détails parviennent difficilement aux partisans du MLC à qui on a fait vendre l’illusion d’une libération immédiate de JP Bemba. On se souvient des manifestations qui ont été organisées, tambour battant, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays (précisément à l’Equateur) comme si les bruyantes marches pouvaient influer sur la décision de la justice belge. Bien des militants ont été déçus par la tournure qu’avaient prise les événements.
Alors que la procédure se corsait davantage pour le sénateur incarcéré, certains cadres du parti ont peut-être pour une question de visibilité politique - soutenu le contraire. Lorsque se confirmait le processus du transfèrement de JP Bemba après le rejet par la chambre de mises en accusation de la demande de sa mise en liberté provisoire, Kinshasa s’enthousiasmait paradoxalement aux cris de “ Bemba libéré! ”. L’information a été délibérément dénaturée. Par qui et à quelle fin ? L’intoxication qui couvre le dossier Bemba depuis le jour de son interpellation à Bruxelles est en train de laminer, petit à petit, le MLC. Plus les partisans de cette formation politique vont découvrir le pot aux roses, plus s’installera une crise de confiance. Plus le clivage entre le sommet et la base va s’élargir. Aujourd’hui encore, ces mêmes fanatiques sont chauffés à blanc à l’idée que Bemba subirait le contrecoup d’un marchandage politico-juridique entre la CPI et Kinshasa.
Une forte tendance à la nuisance
D’après les concepteurs de cette bourde, le pouvoir en place aurait pesé et influé sur la CPI afin d’écarter des institutions un opposant devenu encombrant. L’idée tend à faire du chemin et toutes les batteries sont mises en marche pour la faire créditer dans l’opinion. Sur les plateaux de télévision, les acteurs politiques de l’opposition planent sur ce terrain avec une virulence extrême pourfendant le régime en place accusé de connexion avec la CPI. Ils ont poussé l’outrecuidance jusqu’à voir dans le récent séjour kinois de la greffière de la CPI, une suite logique des tractations au préjudice de JP Bemba. Ce refus délibéré de voir la réalité en face traduit, si besoin en est, un déficit d’argument et une faiblesse. Car, faut-il le souligner, l’enquête ouverte à charge de JP Bemba est consécutive à une plainte formulée par le régime centrafricain auprès de la CPI. Cette dernière instance a enquêté souverainement avant de confirmer des griefs pour lesquels l’incriminé est censé répondre.
Préparer le lit de Kabila
Lorsque la Belgique s’est saisie de JP Bemba, c’était dans son obligation en tant que pays partenaire et signataire de l’Acte fondateur de la CPI, les fameux statuts de Rome. Voir l’ombre de Joseph Kabila dans un tel enchaînement apparaît comme une mauvaise foi dissimulant mal une velléité de nuisance. Ce langage ne pouvait qu’être tenu par les cadres du MLC qui n’avaient d’autres alternatives que de sauver la face, de dédouaner leur leader par rapport à son ex-concurrent à la dernière présidentielle dont la cote de popularité est en constante progression. Eloigner Kabila du dossier Bemba, c’est lui préparer le lit en prévision d’un deuxième mandat présidentiel qu’il risquerait de rafler sans peine.
D’où, la stratégie consistant à lier sa personne à une affaire dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants. C’est également dans cette foulée qu’il faut situer des imputations calomnieuses mises sur son compte sur certains sites ciblés aux fins de le déstabiliser tout en suggérant un mandat d’arrêt de la CPI à son encontre. Il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une stratégie sortie des officines spécialisées pour hypothéquer le destin politique d’un homme qui ne cesse de surprendre. Les Cinq chantiers de la République, hier tournés en dérision, sont en train de devenir une réalité aujourd’hui avec l’arrivée par vagues successives, des engins et équipements de génie civile.
La réussite des cinq chantiers en cours d’exécution, est l’arme fatale dont redoutent les opposants qui ont intérêt à les voir échouer. Politiser l’affaire JP Bemba et imputer son arrestation par la CPI au pouvoir en place paraît trop facile comme affirmation, surtout lorsqu’elle n’est appuyée par aucune preuve matérielle. Il est temps pour le MLC et alliés d’oublier Joseph Kabila dans le dossier Bemba géré par la CPI en toute autonomie juridique, indépendamment des Etats concernés. L’urgence, pour l’instant, c’est de préparer la défense de JP Bemba plutôt que de s’attarder sur des considérations de bas étage sans réelle influence sur le cours des événements.