Pendant plus de dix heures le 30 juin 2008, aucun mégawatt d’électricité n’était produit sur le site d’Inga. Une panne avait mis à l’arrêt l’ensemble du parc de la plus grande concentration des potentialités hydroélectriques de la RDC. Le ministre ayant dans ses attributions l’énergie tient à voir clair, en établissant les causes ainsi que les responsabilités des uns et des autres, à tous les échelons au sein de la Société nationale d’électricité.
Pour ce faire, Salomon Banamuhere a effectué le déplacement d’Inga hier, accompagné des experts en électricité de son ministère. Selon des techniciens sur place, les tresses qui ont cédé à la G24 sont à la base du déclenchement ayant entraîné le black-out. « C’était évitable », ont soutenu les mêmes techniciens. La fatigue normale des turbines d’Inga semble ne pas émouvoir les décideurs de Kinshasa. Tous ont pris goût aux commissions que peuvent rapporter les marchés de réhabilitation de ce site stratégique.
C’est ainsi que tous les intervenants dans la chaîne de décision pour les marchés sur Inga, rivalisent d’expertises pour retarder le plus possible la réalisation des travaux.
Les quatorze machines d’Inga n’ont jamais connu de révision, alors que la norme exige que les turbines subissent des travaux de réhabilitation toutes les 60.000 heures d’activités. Il y a des groupes à Inga qui totalisent plus de 250.000 heures sans aucune révision. Le danger est permanent, que ces machines s’arrêtent et plongent Kinshasa et ses environs dans le noir total. Curieusement, personne du gouvernement ne prend la menace au sérieux. Pire, les efforts fournis pour remédier à la situation sont battus en brèche. «Les responsabilités dans ce cas incombent principalement à la tutelle administrative et financière », a confié un expert du ministère de l’Energie.
Tous les prétextes sont permis, pourvu que rien de sérieux n’aboutisse. C’est ainsi qu’à l’occasion, le ministre de l’Energie a décidé également de faire toute la lumière sur le retard pris dans les travaux de fiabilisation du G23. Comme l’opinion le sait, l’Adga de la Snel Bernadette Tokwaulu avait soutenu devant la nation que cette turbine rentrerait dans le réseau au mois de juin dernier. Au nom du Comité de gestion de la Snel, elle avait affirmé avoir trouvé les financements nécessaires pour mener à bonne fin lesdits travaux.
Malheureusement, les faits contredisent les bonnes intentions du Comité de gestion de la Snel dont la vision pour l’avenir de cette entreprise étatique se limite à la satisfaction des intérêts des parrains politiques haut perchés dans les sérails du régime.
STUPEUR, LE G23 ANNONCE AU MOIS DE JANVIER
Deuxième mission de Salomon Banamuhere, l’évolution des travaux de fiabilisation du G23. Si le chronogramme initial avait été tenu, le G23 serait déjà en service depuis l’année dernière. Potentiellement, les 168 mégawatts additionnels, que devrait produire cette unité, auraient permis à la Snel d’encaisser 3 millions de dollars américains mensuellement. Pour les douze mois de glissement, la Snel a perdu 36 millions de dollars américains. Sous d’autres cieux, les managers qui président aux destinés de cette entreprise devraient démissionner ou être sévèrement sanctionnés.
Les causes du retard sont curieusement imputables à la Snel qui n’a pas mis, à temps, des fonds à la disposition de Franco Tosi Mecanica, l’opérateur qui effectue les travaux de réhabilitation. Selon une enquête, il s’avère que des pièces de rechange sont restées quatre mois durant au port de Matadi, juste à 5 kilomètres d’Inga, par la faute de la Snel. Dans cette entreprise, « Electrobeton » est également cité comme étant impliqué dans le retard de livraison des pièces commandées, à cause de sa lourdeur dans le processus de dédouanement.
Le crédit obtenu par la Snel pour parachever les travaux sur le G23 est-il libéré suffisamment à temps ? A cette interrogation, la descente à la BIC renseigne que cette institution bancaire a accordé un crédit documentaire. Une forme de financement des travaux non adaptée à l’urgence de la situation ! Le chronogramme actualisé de la mise en service de G23 provoque une douche froide.
Le G23 n’est pas rentré au réseau en mars dernier, ni en juin comme précédemment annoncé par l’Adga Tokwaulu. Au mois de septembre, il est certain que cette turbine à l’arrêt depuis 20 ans ne sera pas remise en service. Stupeur, c’est au mois de janvier prochain que les optimistes espèrent voir ce groupe reprendre du service. Du temps perdu, un manque à gagner évident, une irresponsabilité difficile à cacher. La responsabilité du Comité de gestion Yengo est très engagée dans le traitement de ce dossier.
La mission du ministre Banamuhere doit déboucher à des sanctions d’autant que la politique a élu domicile à la Snel au détriment de la rationalité et de la production d’un service de qualité.