1. A l’occasion du 48ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, vous avez souhaité rendre hommage à Simon Kimbangu, au président Kasa-Vubu et à Patrice-Emery Lumumba dans «Lipanda pour le Congo-Belge» sur votre site web. Pourquoi le choix de ces trois personnalités ?
C’est un devoir de mémoire pour l’artiste que je suis. Ces trois personnalités ont incarné l’espoir pour la libération du peuple congolais. En 1921, C’est Simon Kimbangu qui, pour la première fois, a prononcé le nom «Dipanda», signifiant indépendance. Arrêté et incarcéré par les Belges, il avait promis au peuple congolais qu’il se battra pour obtenir l’indépendance du Congo, une fois qu’il recouvrirait la liberté.
A cette époque, l’autonomie politique ne représentait pas grand-chose pour les Congolais. Au même titre que Simon Kimbangu, Kasa-Vubu est de ceux qui ont «mouillé le maillot» pour arracher l’indépendance à travers l’Abako, cette impressionnante machine politique, qui permit de faire peur aux Belges. Et lors de la table ronde de Bruxelles, c’est lui qui exigea et obtint la libération de Lumumba. Grâce à l’action menée par Kasa-Vubu, Lumumba a pu donc participer à cette grande messe pour la libération du Congo. Et Lumumba, c’est l’homme qui n’avait pas froid aux yeux, capable de dire « non » aux Belges comme en témoigne l’histoire.
2. Pourquoi associez-vous Grand Kallé et les tirailleurs congolais à cet hommage ?
J’ai associé Grand Kallé Jeff à cet hommage pour la bonne et simple raison que sa chanson, «Indépendance cha-cha», éternel hymne à l’indépendance, a marqué les esprits : 48 ans après l’indépendance, les Africains, voire le peuple du monde entier ne l’ont pas oublié. En haut de l’image, je présente, bien évidemment, les tirailleurs congolais, communément appelés anciens combattants. Ces derniers, on ne le souligne jamais assez, avaient participé, aux côtés des Belges, à la Première et Seconde Guerre Mondiale.
Ces vaillants soldats congolais ont gagné des victoires. Ce n’est pas anodin si, à l’époque, les Belge avaient baptisé certaines avenues de Kinshasa et des provinces par des noms comme Tabora, Sandoa, Birmanie… «Lipanda pour le Congo-Belge» sur la toile est un devoir de mémoire, je l’ai dit. J’en appelle donc à la conscience de mes compatriotes et leur demande d’avoir toujours une pensée pour ceux qui ont donné de leur vie pour l’indépendance du Congo.
3. Quel bilan dressez-vous de la situation en République démocratique du Congo, 48 ans après son indépendance ?
Le bilan est négatif. Les pionniers de l’indépendance n’ont pas su mettre en place des institutions fiables : entre 1960 et 1965, les incohérences dans les gouvernements successifs ont été patents, nous assistions à la naissance des rébellions et la guerre des sécessions éclata sur le territoire congolais. De l’instabilité politique dans le plein sens du terme. Voilà qui permit à Mobutu de réussir son coup d’Etat, le 24 novembre 1965. Mais, qu’a-t-il fait, lui, de son pouvoir entre 1965 et 1997 ? Rien ! Bercés par les chansons à la gloire du chef suprême, les Congolais ont vu leurs conditions de vie se dégrader, au fil du temps. Le peuple congolais a perdu de sa superbe.
En 1997, les kabilistes arrivent au pouvoir. A part la parenthèse de transition politique, ce sont eux qui dirigent le pays. La situation des Congolais ne s’est pas non plus améliorée : la majorité de la population vit dans la précarité, dans une misère insoutenable. Nous attendons toujours la concrétisation des promesses faites au peuple Congolais pour la reconstruction du pays. De tout cœur, je souhaite que ces intentions deviennent réalité pour le bonheur des Congolais.
4. Quel est l’intérêt de célébrer l’anniversaire d’une indépendance qui ne profite qu’à une minorité ?
Je n’y vois aucun. Cette liberté que Kimbangu, Kasa-Vubu, Lumumba… ont arraché aux Belges, devrait normalement servir la cause de la majorité : permettre aux Congolais de vivre décemment, c’est-à-dire créer les conditions nécessaires à une existence meilleure. C’est la mission même d’un responsable politique ! Mais, il est triste de constater que les Congolais vivent cette liberté dans l’indigence. Depuis le 30 juin 1960, ce sont toujours les mêmes personnes qui profitent de cet acquis, les hiérarques des régimes successifs. Les Congolais ont l’impression, qu’après la colonisation belge, ils vivent une autre forme de colonisation qui ne dit pas son nom.
5. Si vous avez à décrire, en image, la pauvreté dans laquelle vit la majorité des Congolais aujourd’hui, comment la représenteriez-vous ?
En dessinant l’image d’un Congolais assis sur une pierre dont il ignore la valeur. Le Congolais est le symbole de la majorité pauvre et la pierre représente le Congo, pays immensément riche par son sol et sous-sol. Frappé par la pauvreté, le Congolais veut quitter son pays, partir ailleurs dans l’espoir de trouver une autre terre, où il fait bon vivre. C’est ce qui se passe au Congo, depuis déjà plusieurs années.
Le Congo est en faillite ! Simon Kimbangu, Kasa-Vubu, Lumumba…se retourneraient dans leurs tombes s’ils voyaient à quel point leur combat aura été vain. Je suis en train de préparer un film de dessin animé pour les 50 ans de l’indépendance du Congo. Il retrace à peu près tout ce que nous venons d’évoquer au cours de cette interview. Si le gouvernement en place pouvait entendre mon appel, je lui demande de m’apporter son secours afin que je puisse terminer la réalisation de ce film. C’est un travail de mémoire qui n’a rien du hasard : je veux promouvoir l’histoire du Congo, notre pays.