Depuis l’accession de la RDC à la souveraineté internationale en 1960, l’élite ne fait que noyer davantage le pays. Au grand dam de la majorité pauvre. Cette situation crée de plus en plus la fracture sociale entre une poignée de zélés d’un côté, et de l’autre, la masse ignorante croupissant dans le fond de la misère, du désespoir et de l’insécurité. Il faut bâtir pierre après pierre une nouvelle maison, et le sens de la responsabilité s’impose à tous. C’est l’appel lancé par le secrétaire général du Forum civique congolais, Joseph Kapala Luwang.
A l’occasion de la commémoration du 48ème anniversaire de l’accession de la République démocratique du Congo à la souveraineté internationale, le secrétaire général du Forum civique congolais, Joseph Kapala Luwang, a animé, le 29 juin 2008, dans la salle de conférences de la paroisse St Augustin de Lemba, une importante conférence-débat sur « l’idéologie de la victime ».
C’est donc un plaidoyer contre l’attitude de démission qu’affiche l’élite congolaise face à la fracture sociale de plus en plus croissante qui existe entre une infime minorité au pouvoir et l’écrasante majorité de la population.
Dans son interpellation, Joseph Kapala a, de prime à bord, circonscrit le concept « Idéologie de la victime ». Cette dernière, selon lui, remonte à la colonisation, source cohérente d’exploitation de l’homme noir et de ses ressources, source d’humiliation, de résignation… C’est une forme d’oppression qui a créé un complexe de supériorité de la race blanche sur les Noirs, faisant de ces derniers de victimes, mieux des opprimés. « Le nègre traqué par l’esclavagisme, par la colonisation, la néocolonisation, a subi sa douleur avec résignation, avec soumission: il a été humilié de toute part. De cette humiliation naît l’idéologie de l’opprimé », a-t-il martelé.
Devant une foule nombreuse d’intellectuels, le Secrétaire général du Forum civique congolais a dressé un tableau sombre de déficit social, politique et académique de la société congolaise. Il s’est dit troublé par la conjonction du silence et par celle du déficit social qui pèse sur le pays. Il perçoit qu’il y a un silence social grave lié à la pudeur et à la disparition de certaines coutumes et même des langues et tribus. « A la place de ces valeurs, relève-t-il, s’installe en force l’individualisme et l’égoïsme ».
Le constat de l’orateur est amer : « Ce Congo-là, métaphore grimaçante d’une Afrique en développement, va à vau l’eau et dépérit. Derrière l’illusion d’une stabilité politique dont se gargarisaient les autorités et leurs mentors extérieurs, couve une énorme et silencieuse colère ».
PRENDRE NOS RESPONSABILITES
Selon lui, le Congo démocratique nous apparaît comme le miroir brisé de nos ambitions naïves, comme le résumé d’une Afrique paralysée par un face-à-face tragique : d’un côté, l’hédonisme superficiel et le cynisme de la petite élite momentanée ayant pu tirer son épingle du jeu ; de l’autre, l’auto-pessimisme et le nihilisme des pauvres. Ces derniers sont écrasés par leur fantasme et la peur créée par « l’idéologie de la victime », convaincues que l’homme africain est maudit. « Voilà notre drame », s’exclame Kapala, qui estime que « la personnalité du nègre doit pouvoir s’exprimer sans le moindre complexe dans toute sa spécificité ».
Face à un tel drame, le secrétaire national en charge de l’Environnement, eau et forêt du Parti Lumumbiste Unifié (PALU) fait quelques recommandations qui s’imposent. Pour sortir de sa torpeur, le nègre doit se départir à jamais du complexe d’infériorité qui l’obsède à tout instant et qui place encore l’homme blanc au-dessus de lui dans tous les domaines.
Pour y parvenir, il faudrait qu’il rejette le vil et stérile mimétisme pour s’engager librement dans des activités créatrices qui tiennent compte de sa culture, de son environnement et de son être profond.
En plus, le Noir devra fouler à jamais à ses pieds les pratiques en usage en Occident, pratiques intolérables et absentes de notre noyau culturel, tels que l’homosexualité, qu’elle soit masculine ou féminine, le piercing et le tatouage vulgaire, ridicules et ostentatoires. Par-dessus tout, qu’il garde intact son esprit légendaire de solidarité, l’esprit d’aide, l’esprit de partage et rejette de ce fait l’individualisme propre aux Occidentaux. L’orateur a terminé sa conférence par cet appel de Patrice Emery Lumumba, selon lequel l’histoire du Congo ne sera pas celle écrite à Paris, à Londres, à Bruxelles ou Washington; elle sera écrite au Congo par les Congolais, libres, dépouillés de tout complexe. Et le monde entier verra ce que peut faire l’homme noir, lorsqu’il évolue dans un climat de totale liberté.