Le gouvernement de la 3me République a inauguré, l’année dernière, une nouvelle tradition : celle de fêter l’anniversaire de l’indépendance nationale dans les chefs-lieux des provinces, de manière tournante. Le 30 juin 2007, c’est la ville de Kisangani qui a inauguré la série. Un budget spécial, exprimé en millions de dollars américains, a été mobilisé pour les manifestations festives. Une année après, qu’ont gagné « Boyomais » en termes d’infrastructures routières, hôtelières, scolaires, sanitaires, sportives, portuaires, ferroviaires, industrielles, agricoles, sociales et autres ? Rien ! L’unique souvenir qui trotte encore dans leurs esprits, c’est celui de la pose de la première pierre du projet de construction d’une cimenterie dans la périphérie de Bafwasende. Mais le chef-lieu lui-même continue d’offrir la piteuse image d’une ville sinistrée, dominée par des bâtiments de l’époque coloniale, des routes défoncées, l’absence des moyens de transport en commun – c’est le règne des vélos « toleka »- d’unités de production industrielle, agricole et de pêche. On a toujours vanté les célèbres pêcheurs Wagenia sans pour autant penser à les équiper.
Cette fois, c’est Kananga qui abrite les festivités du 48me anniversaire de l’Indépendance. Le Chef de l’Etat, le Premier ministre, les ministres, les sénateurs, les députés nationaux, les chefs des corps constitués et les diplomates vont découvrir un grand « village », sans villas et hôtels suffisants pour l’accueil des officiels et leurs innombrables « suites » venus de Kinshasa. La centrale thermique de la ville va être alimentée en gazoil l’espace d’une fête, avant que Kananga et les Kanangais ne replongent dans les ténèbres éternelles.
Beaucoup d’argent est sorti des caisses de l’Etat pour les pagnes, les T.Shirt, le logement et la restauration des « invités », les frais de mission de la multitude d’officiels, les travaux de saupoudrage de la voirie. Aucun nouveau bâtiment, ni une nouvelle route, ni une nouvelle usine, ni une nouvelle école encore moins un nouvel hôpital n’ont été construits pour pérenniser le 30 juin 2008 à Kananga. Tout ce que la population autochtone pourrait retenir, c’est la nouvelle couche de peinture sur leur maison, à leurs propres frais, sur injonction du gouverneur Kapuku.
Un prétexte pour reconstruire et investir
Ailleurs, comme au Congo/Brazzaville et au Gabon, les fêtes nationales servent désormais à la reconstruction et au financement des investissements dans les provinces où elles sont organisées. Ici même au pays, la Cité de l’OUA rappelle à la postérité la tenue, en 1967, du sommet de cette défunte organisation sur notre sol. A travers le monde, des événements tels que les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de football, les sommets de la Francophonie, de la Ligue Arabe, du G.8…laissent des traces positives partout où ils sont organisés.
La RDC devrait s’inspirer de cette pratique pour capitaliser les fêtes du 30 juin programmées en dehors de Kinshasa. Kisangani et Kananga ayant déjà raté le coche, il n’est pas trop tard, au niveau de l’exécutif de l’Etat, pour concocter des projets de réaménagement des voies de communication, d’unités de production, d’infrastructures sociales pour les futures villes d’accueil des festivités du 30 juin. Ce malheureux que l’avant 30 juin soit égal à l’après 30 juin, à la lumière des fonds décaissés pour les jouissances, que dans certains cercles politiques et diplomatiques l’on assimile à du gaspillage.