« Debout Congolais ». Titre évocateur qui met tous les Congolais d’accord, malgré leur divergence. C’est l’hymne national chanté le 30 juin 1960 par les pères de l’indépendance pour se déterminer face à l’autorité coloniale belge. « Debout Congolais » charrie des charges émotionnelles accumulées par un peuple en quête de son émancipation après 85 ans de colonisation. Son exécution, reprise en chœur par les représentants des peuples disséminés sur les 2. 345. 000 km2 que s’était attribués, en son temps, le Roi Léopold II, fut un appel, mieux un leitmotiv pour les nouveaux affranchis par rapport à leur destin, à l’avenir de leur pays.
Il fallait se mettre debout, refuser la domination belge et l’exploitation coloniale dont ils étaient l’objet de la part de leurs maîtres autoproclamés.
Pour cela, il fallait dresser les fronts longtemps courbés, bondir et prendre le taureau du développement par les cornes. Il y allait de l’amélioration du bien-être de la population longtemps meurtrie par le régime colonial.
48 ans plus tard, pouvons-nous, nous Congolais, nous regarder dans les yeux et dire que nous avions pris le bel élan ? Notre marche ne ressemble-t-elle pas à celle des Israélites dans le désert après la traversée de la mer Rouge ?
La « Terre promise » pour les Congolais devient, au passage de chaque régime, une gageure. Tant les promesses des dirigeants élus et non élus se transforment, au fil du temps, en mirages vers lesquels rampe le peuple congolais de manière constante. Les discours prononcés à la commémoration de chaque anniversaire reprennent un même fond. Qui fond telle la glace au soleil.
Quand, en fin d’exercice, les promesses ne sont pas tenues, on confectionne des alibis, on fabrique des commanditaires, nationaux et étrangers, on fait des boucs- émissaires des échecs cumulés. De la première République jusqu’à la troisième, chaque régime en tire une fière chandelle et se frotte les mains. Car, le peuple est obligé de « comprendre », de prendre patience et de faire preuve de commisération envers ses dirigeants.
Dès lors, à quand l’avènement de « Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant » ? Ce n’est plus qu’une chimère dont la concrétisation n’est plus une obligation de l’Etat. Que de « Nous bâtirons ton sol et nous assurerons ta grandeur » ? Un vœu pieux.
Le Congo « don béni des aïeux (et non de Dieu ?), est voué à l’exploitation intensive de ses ressources naturelles aussi par ses propres fils que par les étrangers. Au grand dam de la grande masse qui n’y voit plus que du feu.
La démocratisation, présentée comme un système politique qui remet le pouvoir au souverain primaire, en garantissant la bonne gouvernance et la justice, devient un concept aux contours flous. Surtout pour ceux qui ont expérimenté dans leur chair et leur esprit les réalités de la dictature.
48 ans après, les Congolais gardent leurs fronts courbés dans le concert des Nations. Pourquoi ? Parce qu’ils sont gênés. Tous les engagements pris en 1960 n’ont pas été respectés. Au contraire, élite et dirigeants ont piétiné, fait du sur place.
« Et pour le bond », ils ont fait un saut dans le vide. L’élan s’étant estompé. A cause des maux, toujours diagnostiqués mais jamais traités.