Pas de bilan le 30 juin. Le message du président de la République a été un message ordinaire avec un accent particulier sur son « Plan d’actions » qui consiste à consolider la paix effective sur toute l’étendue du pays et sa volonté à œuvrer pour un avenir meilleur en s’attaquant aux grands défis d’une croissance économique forte. Réunion ordinaire du gouvernement à Kananga qui est revenu sur « ses priorités ». Du déjà entendu en ce qui concerne l’eau, l’électricité et les infrastructures routières. Et pourtant, le moment était propice pour dresser un état des lieux de l’action du gouvernement en ce mi-parcours de l’exercice 2008. Déception totale donc dans la population qui rêve des institutions nationales fortes. Un obstacle majeur se dresse sur le chemin pour atteindre cet objectif : les doublons dans la sphère du pouvoir posent un réel problème dans le fonctionnement normal des institutions nationales.
Rien de particulier n’a marqué la journée du 30 juin 2008. Bien sûr qu’il y a eu ce grand défilé des forces vives à Kananga en présence du président de la République. Et qu’en plus, 24 heures auparavant, le gouvernement s’était donné rendez-vous dans le chef-lieu de la province du Kasaï Occidental pour le Conseil des ministres. Mais ces deux événements n’ont donné lieu à aucun haut fait politique susceptible de souligner la volonté politique en vue de donner une nouvelle impulsion aux actions des institutions nationales.
Certes, le président de la République n’a pas dérogé à ses obligations en prononçant son discours de circonstance. Il a exprimé sa volonté « d’améliorer le vécu quotidien des Congolais » avant de revenir sur sa détermination à « consolider la paix effective sur toute l’étendue du pays». Il a exprimé également son souhait « de conforter l’espérance de notre peuple à un avenir meilleur en nous attaquant aux grands défis d’une croissance économique forte ». Mais pour de nombreux analystes, ce fut un discours ordinaire.
Même constat amer en suivant le compte rendu du Conseil des ministres qui est revenu sur « ses 10 priorités » en insistant sur l’eau, l’électricité et les infrastructures routières. Du déjà entendu.
Grande déception au sein de la population qui s’attendait à un bilan de la part du gouvernement pour relever les faits accomplis et les efforts à consentir pour de grandes actions futures. Aucun signe encourageant pour que resplendisse la flamme de l’espoir : celui de croire désormais à des institutions nationales fortes pour faire face aux grands défis du développement.
UN GOUVERNEMENT PARALLELE
Dans leurs analyses au cours d’une émission à Radio France Internationale, RFI, trois personnalités politiques congolaises ont évoqué un point important : le dysfonctionnement des institutions. A quoi serait due cette situation qui favorise même l’immobilisme du gouvernement ?
Selon des recoupements, il existerait un « gouvernement parallèle » au niveau de la présidence de la République. Des conseillers de la République qui outrepasseraient leurs fonctions jusqu’à chercher à « doubler » les ministres. Des « doublons » qui provoquent justement ce « chevauchement » à la base du dysfonctionnement des institutions nationales. Et plus particulièrement de l’institution gouvernement.
Les conséquences de cette situation sont souvent dramatiques pour tout le pays. Pour preuve, lors de la question orale autour du contrat MagEnergy, le cabinet du Premier ministre et les hauts cadres de la SNEL n’ont pas parlé le même langage. Des contradictions ont éclaté au grand jour et qui résultent justement de l’existence de ce « gouvernement parallèle ». Le plus souvent, les choses sont tirées en longueur et les décisions interviennent toujours en retard si pas tout simplement les dossiers à impact national et international ne sont pas bien traités.
Le pire dans ce mode de gestion, dans cette existence «d’un gouvernement parallèle », c’est d’instituer « un système » de gestion qui prendrait en otage tout le pays. On s’habituerait à changer des personnes sans que rien ne bouge. Le régime précédent, celui de Mobutu, a été victime de cette pratique qui a favorisé le clientélisme, découragé les esprits sereins et productifs. La machine de l’Etat s’était arrêtée et la suite est connue de tout le monde : la dégradation de la situation dans tous les secteurs.
Aussi, le Plan d’actions du président de la République à travers les « 5 Chantiers » ne doit pas être un slogan creux. Il faut des esprits fertiles, des personnalités compétentes et dévouées à la cause du progrès, élevées dans la culture de l’excellence afin de s’attaquer justement « aux grands défis d’une croissance économique forte », pour paraphraser le président de la République.
LES RISQUES DU BLOCAGE
Pour de nombreux observateurs, le fait que le 30 juin n’ait pas permis de déceler des signes avant-coureurs de donner une nouvelle impulsion aux institutions nationales est inquiétant. Et pourtant, la situation sécuritaire au Kivu demeure préoccupante. Le Programme Amani a du plomb dans l’aile pendant que des violations du cessez-le-feu se multiplient et que les groupes armés continuent à recruter comme si l’on préparait une nouvelle guerre. Pas plus tard que jeudi dernier, les soldats des FARDC basés à Kabare et à Bagira ont exprimé leur mécontentement en tirant des coups de fusil et de mortier pendant toute la journée. Situation qui a obligé les éléments de la Monuc à se déployer sur les lieux pour rassurer les populations. Rien sur les pourparlers avec le FMI et la Banque mondiale en vue de la conclusion, oui ou non, d’un nouveau programme économique.
L’immobilisme du gouvernement continue d’ailleurs à susciter de nombreux commentaires. Ainsi, trois acteurs de la politique congolaise, Me She Okitundu, sénateur de l’AMP, Me Nyarugabo, sénateur issu de l’Opposition, et Valentin Mubake, haut cadre de l’UDPS, ont longuement épilogué là-dessus dimanche dernier sur les antennes de Radio France Internationale (RFI). En conclusion, ces trois personnalités se sont accordées sur un point : l’immobilisme du gouvernement pourrait être préjudiciable au processus politique actuel. Il revient au président de la République de tirer toutes les leçons qui s’imposent dans les meilleurs délais.
Il est important de souligner que le danger dans cette situation de « gouvernement parallèle », dans cet immobilisme conduirait à un blocage de l’action du gouvernement, partant des institutions nationales. Le fait de laisser faire sans apporter un souffle nouveau pour une nouvelle impulsion oblige à faire du sur-place avec toutes les conséquences qui affecteraient indubitablement l’autorité de l’Etat. Voilà pourquoi le sénateur Nyarugabo a appelé la mouvance présidentielle à puiser dans ses réserves les meilleurs éléments qui donneraient un autre élan à l’action du gouvernement.