La République démocratique du Congo célèbre, ce 30 juin 2008, son 48ème anniversaire de l’indépendance. Si le 30 juin reste une date immémoriale pour les Congolais, cette date rappelle aussi une page sombre : l’enlèvement puis l’arrestation de l’ancien Premier ministre Moïse Kapend Tshombe en Alger. Qui en est responsable ?
La reconstitution de la trame des événements des 29 et 30 juin 1967 sur la condamnation, l’enlèvement et l’assassinat de Moïse Tshombe ne peut, jusqu’à ce jour, reposer que sur les témoignages de quatre de leurs auteurs, volontaires ou non, soit deux Belges : C. Sigal et M. Hambursin, et deux Anglais : les pilotes de l’avion, ainsi que sur un communiqué du ministère algérien de l’Information daté du 7 juillet 1967.
Selon le récit des faits retracés dans « Congo 1967 », de la collection « Les dossiers du CRISP », les auteurs préviennent : « On ne connaît ni la version des faits de M. Tshombe, ni davantage celle d’un autre acteur essentiel, le Français F. Bodenan, ou celle de deux policiers espagnols qui, attachés à la garde de M. Tshombe, vécurent eux aussi ce que d’aucuns ont appelé un ‘rapt en plein ciel’ » (p. 328). Mais qui a programmé la condamnation de cet ancien leader katangais ?
CONDAMNATION ET ENLEVEMENT
Après le soulèvement de gendarmes katangais à Kisangani, en juillet-septembre 1966, le chef des « diabos », le colonel katangais Tshipola fut capturé par les autorités congolaises et son procès eut lieu à Kinshasa en mars 1967. Par la même occasion, Tshombe, exilé à Madrid et déchu de son mandat parlementaire depuis le 19 mars 1966, fut jugé par contumace sous l’inculpation de haute trahison et d’atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de la République.
Au procès qui s’ouvre le 6 mars 1967, curieusement, l’assassinat en janvier 1961 de Patrice Lumumba et de ses compagnons Mpolo et Okito ne figure pas à l’accusation. Devinant peut-être ce qui allait lui arriver, Tshombe avait évidemment éludé l’offre de Justin Bomboko de venir présenter sa défense en personne devant le tribunal militaire d’exception de Kinshasa.
Les accusations contre Tshombe étaient accablantes : le ministère public le condamne à cause principalement de l’instauration de la sécession au Katanga. Il fallait en découvrir. Mais qui va faciliter la tâche, Tshombe résidant en exil à Mardrid, en Espagne ?
Le 29 juin 1967. Palma de Majorque. Hôtel de Mar. Tel est le rendez-vous fixé par le Français F. Bodenan à Tshombe et à ses compagnons belges, l’ancien avocat Sigal et l’ancien colon M. Hambursin. Moïse Tshombe est arrivé à Palma « dans la nuit du 28 au 29 juin » (selon The New Republic) ou même « le jour précédent par l’avion de ligne de l’Iberia » (selon Elsevier’s weekblad). Que sont-ils allés faire dans cette ville ?
Le communiqué du ministère algérien de l’Information ne donne d’autres raisons que des affaires immobilières à la réunion du 29 juin : « Tshombe, Hambursin, Bodenan, Sigal et son épouse, étaient arrivés à Palma de Majorque, en provenance de différentes capitales européennes, pour étudier les modalités de création d’une société immobilière et hôtelière devant couvrir plusieurs pays. Cette société au capital de 45 millions de dollars devait être présidée par Tshombe ».
Mais le lendemain, le 30 juin, ils se décident d’aller en excursion à l’île d’Ibiza. C’est sur le chemin du retour que la joyeuse excursion va se transformer en drame. L’avion, en vol depuis quatre minutes, est détourné par Bodenan vers Alger. Voici la version des pilotes : « Il y eut soudain une énorme agitation derrière nous, raconte David Taylor, et la cabine retentit de stridents éclats de voix. Puis on entendit deux petites détonations étouffées, comme si quelqu’un avait tiré avec un pistolet d’enfant ».
Dès l’atterrissage à l’aérodrome militaire de Boufarik, a lieu un premier interrogatoire d’identité. Selon l’Express, il faut attendre 3 heures du matin pour quitter l’aérodrome… Tshombe est menotté. Un drame vient de se jouer. Il restera, pendant deux ans, prisonnier du président algérien jusqu’à sa mort le 29 juin 1969.
LES RESPONSABILITES
Si le seul récit qu’on a pu reconstituer actuellement sur l’enlèvement de M Tshombe soulève déjà certaines questions, on ne peut, en ce qui concerne les responsabilités réelles de cet enlèvement, que rapporter prudemment des hypothèses. Des noms ont été cités : le général Mobutu, la CIA, les services secrets soviétiques, les services secrets français… Mais également d’autres hypothèses.
Comme dans l’affaire Lumumba ou dans scelle de l’enlèvement de Ben Barka à Paris, on ne manque pas de précisions sur des éléments ou des détails techniques de l’affaire Tshombe. Néanmoins, cette accumulation de détails précis ne permet pas pour autant d’établir avec exactitude quelles organisations, quels personnages, quels services ont conçu et réalisé l’enlèvement de Moïse Tshombe ni déceler quelles alliances ont pu aboutir au succès partiel de l’opération.