La presse congolaise, devenue multipartiste à la faveur de la démocratisation du pays en 1990, est loin d’atteindre l’objectivité dans sa majorité. Objectivité qui est, du reste, exigée par la déontologie de la profession. Les raisons sont nombreuses, à notre avis. Une, et pas des moindres, est sans conteste l’entrée dans la profession par effraction de plusieurs personnes. Têtues comme des ânes, elles font fi de l’éthique et de la déontologie de la presse. Conséquence : elles mettent sur le marché des feuilles de choux qui discréditent non seulement la presse congolaise mais aussi les personnes qui exercent cette profession.
Au lendemain de la victoire militaire de l’AFDL sur les troupes de Mobutu, la presse officielle, en l’occurrence l’Office zaïrois de radio et de télévision (OZRT), devenu Radio-télévision nationale congolaise (RTNC), son ancienne appellation, et l’Agence zaïroise de presse (AZAP), Agence congolaise de presse (ACP), également son ancienne appellation, ont embrassé le nouveau pouvoir. Suivant la logique kongo «Ukuela mama, tata» (Qui épouse maman, est considéré comme mon papa). La presse privée n’a pas été en reste. Elle a porté dans ses bras le nouveau régime. Seulement, elle a commencé à prendre ses distances après les premières dérives totalitaires de Laurent-Désiré Kabila, président de la République autoproclamé après la chute du marché Mobutu.
UNE PRESSE INFEODEE
Situation qui a divisé cette presse privée, devenue partisane et inféodée. Certaines maisons de presse étant demeurées dans le giron du pouvoir, d’autres, par des critiques parfois acerbes, ont voulu donner un autre son de cloche. Aussi des journalistes ont-ils vu leur liberté restreinte ou leur vie en danger. Ils ont été victimes de brimades et autres traitements inhumains et dégradants ainsi que de peines d’emprisonnement. Cela inaugure l’ère de la manipulation de la presse dans la mesure où tel média est inféodé à tel parti ou tel groupement politiques. On verra des médias serviles, devenus pratiquement des bulletins de liaisons des formations politiques ou de groupes d’individus aux intérêts non communautaires. Cela non seulement dans le camp du pouvoir mais aussi dans celui de l’opposition. Cela, moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes.
L’avènement de Joseph Kabila au pouvoir ne viendra pas changer le paysage médiatique congolais tant public que privé. A l’exception de rares médias équilibristes, les autres cherchent visiblement à être manipulés pour de dividendes évidentes. Leurs propriétaires mangeant souvent à tous les râteliers. Il faut les voir se précipiter, comme des vautours autour d’un cadavre d’un animal, lorsque le pouvoir songe à la presse en lui dotant d’une cagnotte. Là, c’est la jungle. Les «plus forts», ceux qui, dans la grâce du pouvoir, se partagent le magot. Sana en être inquiétés.
Dans tous les cas, la manipulation de la presse, qui n’est pas une exclusivité congolaise, est accentuée en RD Congo à la suite du dénuement dont font preuve les médias de ce pays. La plupart connaissent une gestion tellement artisanale que les «patrons» se laissent facilement graisser la patte. Onze ans après l’avènement de l’AFDL au pouvoir, la paupérisation de la presse congolaise demeure et la manipulation se porte bien.