Tandis qu’à l’occasion de la Conférence internationale sur le sida, la semaine dernière, les chercheurs et les militants exhortaient les bailleurs et les gouvernements à déployer rapidement les programmes de circoncision, d’autres exprimaient des préoccupations sur les conséquences de cette démarche sur les femmes.
Dans leurs recommandations de mars 2007, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’ONUSIDA ont donné le feu vert à l’utilisation de la circoncision en tant que stratégie de prévention du VIH, après que des études menées à Kisumu, au Kenya et dans le township d’Orange Farm, en Afrique du Sud eurent montré que cette pratique pouvait réduire jusqu’à 60 pour cent le risque d’infection.
Dans leurs recommandations, les deux agences ont toutefois souligné qu’on ne détenait pas assez d’informations sur la capacité de la circoncision à réduire la transmission sexuelle du VIH des hommes aux femmes.
Cette intervention est dès lors « extrêmement problématique », selon Marge Berer, rédactrice du journal londonien Reproductive Health Matters.
« Du point de vue de la santé publique, on nous dit qu’une protection à 60 pour cent [pour les hommes circoncis] est bien mieux que rien. Mais est-ce que la circoncision est assez bonne pour les femmes ? », s’est-elle demandé.
Une étude a été menée auprès de presque 3,000 hommes âgés de 18 à 24 ans au Kenya pour comparer la fonction sexuelle des hommes circoncis à celle des hommes non-circoncis, et évaluer leur degré de satisfaction sexuelle sur une période de deux ans.
Les chercheurs ont découvert que le groupe circoncis ne présentait pas un taux de dysfonctionnement sexuel plus élevé que les hommes non-circoncis.
D’après John Krieger de l’université de Washington, à Seattle, les hommes qui avaient été circoncis avaient dit éprouver davantage de plaisir sexuel depuis leur circoncision, et avoir plus de facilité à mettre des préservatifs.
En outre, les derniers résultats d’une initiative en faveur de la circoncision, menée par Population Services International en Zambie, laissent penser que la résistance culturelle pourrait ne pas être un obstacle aussi important qu’on l’avait cru, et que cette intervention peut être pratiquée de manière efficace et sans risque dans des milieux pauvres par des infirmiers et des responsables cliniques.
Il a également été expliqué aux délégués que la circoncision permettait de réduire, chez les hommes, le risque de transmission du papillomavirus humain (VPH), un virus qui provoque des verrues génitales, et du trichomonas, une autre maladie sexuellement transmissible courante.
Et les femmes ?
« Tout ce que j’entends [à la conférence], c’est les avantages pour les hommes, la satisfaction sexuelle des hommes [...] et les femmes, dans tout ça ? En quoi sont-elles concernées ? », a commenté Siphiwe Hlope, co-fondatrice de Swazis for Positive Living (SWAPOL), une organisation de soutien aux personnes touchées par le sida.?Selon Nicolai Lohse, chargé de recherches à l’ONUSIDA, des modèles mathématiques montrent que les femmes bénéficieraient elles aussi de la circoncision, si celle-ci ne se traduisait pas par une diminution de plus de deux tiers de l’utilisation des préservatifs.
Chez les femmes, le risque de transmission du VIH serait aussi réduit si les programmes de circoncision entraînaient une diminution du nombre d’hommes séropositifs au sein de la population.
Ainsi, le risque de transmission du VIH aux femmes diminuerait de deux pour cent si seulement cinq pour cent des hommes étaient circoncis, et de 20 pour cent si la moitié des hommes d’une population étaient circoncis.
Si Mme Berer a déclaré aux délégués jeudi que les avantages potentiels de la circoncision constituaient « un pari bien trop risqué » pour les femmes, de nombreux pays d’Afrique australe sont déjà en train d’élaborer des politiques nationales sur cette intervention.
« Nous devons soutenir ces programmes. Je ne pense pas que nous ayons le choix. Mais on pourrait très bien soutenir que ces programmes ont une responsabilité envers les femmes », a déclaré Mme Berer à IRIN/PlusNews.
La rédactrice de Reproductive Health Matters a appelé à élargir le champ d’action des campagnes pour y inclure les couples, et pas uniquement les hommes.
Les défenseurs de la santé des femmes ont également un rôle à jouer dans l’élaboration des politiques nationales.
« Personne ne va dérouler le tapis rouge aux femmes pour les faire intervenir sur la question de la circoncision [...] c’est aux femmes de cesser d’être des victimes », a ajouté Mme Berer.