La hausse progressive des prix pourrait engendrer une pénurie de produits alimentaires nourrissants vendus à des prix abordables, ce qui mettrait en péril la vie des personnes atteintes de VIH dans les pays en voie de développement, selon les experts.
« À mesure que les prix continuent de monter, les gens vont commencer à acheter de la nourriture moins nourrissante et moins chère et peut-être à sauter des repas ; au Lesotho, on voit déjà des gens sauter des repas parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter à manger », a déclaré à la presse Alan Whiteside, économiste à l’université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, au cours de la Conférence internationale sur le sida, à Mexico, jeudi.
« Pour les personnes vivant avec le VIH, qui ont besoin d’une alimentation plus nourrissante que les personnes saines, cela aura de terribles conséquences ». La hausse du prix du pétrole, les conséquences du changement climatique et la perte de terres agraires au profit de la production de biocarburants sont autant de facteurs responsables de la crise qui touche actuellement les populations des pays en voie de développement, dont la plupart dépendent de l’agriculture pour vivre.
« Les conséquences du changement climatique ont entraîné une insécurité en matière de production alimentaire et prolongé les périodes de sécheresse, et lorsque les pluies tombent, elles sont plus abondantes et détruisent les cultures », a expliqué M. Whiteside.
Les personnes séropositives sous traitement antirétroviral (ARV) qui n’ont pas respecté leur traitement à la lettre faute de nourriture pour prendre leurs médicaments risquent de développer une résistance aux médicaments, ce qui peut se solder par un échec du traitement, a en outre noté M. Whiteside.
L’accroissement probable de la mobilité des populations, qui quitteront leurs régions d’origine en quête de nourriture et de revenus, risque également de perturber les traitements, selon Martin Bloem, qui dirige le service VIH/SIDA et nutrition du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.
En outre, une plus grande mobilité va de pair avec un accroissement du risque de transmission du VIH, lorsque des hommes et des femmes quittent leurs foyers conjugaux pour de longues périodes.
Les pénuries alimentaires risquent également d’inciter des femmes et des filles à procéder à des transactions sexuelles, un autre facteur qui risque de les exposer davantage au risque de contracter le VIH.
Un moyen de se sortir de la pauvreté
Selon Robin Jackson, conseiller spécial de l’ONUSIDA sur l’alimentation et la nutrition, distribuer chaque jour des colis de nourriture contenant un mélange maïs-soja, de la semoule de maïs, des fèves et du sucre est relativement peu coûteux : environ 0,70 dollar pour un adulte et 0,31 dollar pour un enfant.
Mais en raison du prix élevé des denrées alimentaires, conjugué au manque de fonds, le PAM a été contraint de réduire le nombre de ses bénéficiaires dans le monde à l’heure où les besoins deviennent de plus en plus importants.
« Auparavant, seuls les 10 pour cent les plus pauvres de la population avaient généralement besoin d’aide, mais ce nombre augmente avec le prix des denrées alimentaires », selon M. Bloem.
Plusieurs intervenants ont noté que les bailleurs de fonds n’avaient pas déployé assez d’efforts pour intégrer l’aide alimentaire à leurs programmes de lutte contre le VIH.
« Mettre les gens sous traitement sans s’assurer qu’ils aient assez à manger, c’est comme envoyer vos enfants à l’école sans livres », d’après M. Jackson.
« Les prix élevés des denrées alimentaires vont se maintenir dans un avenir proche, c’est pourquoi il est essentiel de compléter les programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose en y ajoutant un volet nutritionnel ».
Outre l’aide alimentaire, les intervenants ont également appelé à la prestation, dans le cadre d’un plus grand nombre de programmes, d’une aide aux moyens de subsistance pour stimuler la production agricole par le biais de transferts directs de fonds ou de micro-crédits.
« Dans certains cas, dans le cadre des programmes d’alimentation scolaire ou pour l’alimentation des patients sous ARV, par exemple, la distribution de colis alimentaires est la solution idéale », selon M. Whiteside.
« Mais dans les régions où les marchés locaux peuvent assurer un régime alimentaire nourrissant, les transferts d’argent sont peut-être la meilleure manière de procéder ».
Soutenir les familles d’agriculteurs a le double avantage de stimuler la production alimentaire et d’augmenter les niveaux de nutrition et de revenus.
Un programme de transfert de fonds en espèces aux familles pauvres du Mexique, lancé par l’International Food Policy Research Institute, a entraîné une augmentation de 15 pour cent du nombre des écolières dans les établissements secondaires et une diminution de 12 pour cent des maladies chez les enfants de moins de cinq ans.