La République démocratique du Congo a été à l’honneur en avril dernier au Festival international de court métrage d’Abidjan (Fica) en Côte d’Ivoire : le prix Henri Parc de la meilleure actrice du Festival a été attribué à la belle et talentueuse actrice Chaïda Chaddy Sukusuku pour son rôle de ‘Mamita’ dans le court métrage de 53 minutes ‘Papy, mon histoire’ réalisé en 2007 par Djo Tunda wa Munga. Le film également a été primé. ‘Papy, mon histoire, qui est un film de sensibilisation sur le VIH/Sida a été projeté cette année au Festival de Cannes en France.
La République démocratique du Congo demeure un réceptacle des talents artistiques. La talentueuse Chaïda Chaddy Sukusuku en est une preuve. Elle vient de rafler le prix Henri Parc de la meilleure actrice au Festival international de court métrage d’Abidjan en Côte d’Ivoire (Fica), pour son rôle de Mamita dans le film Papy, mon histoire.
Réalisé par Djo Tunda wa Munga, ce court métrage de 53 minutes de sensibilisation au Vih/Sida est tiré d’une histoire vraie. Dans la distribution des rôles, on retrouve l’acteur Romain Ndomba, Annie Kuku, Nzita Tumba, etc. Papy, mon histoire est une co-production de MG Productions et Formosa Productions. Et Arly Kosi a assuré la direction de production. C’est elle, à l’absence de Chaïda en séjour à Bruxelles, qui a reçu les prix à Abidjan au nom de l’actrice et du réalisateur du film. Kris Portier de Bellaire a supervisé le casting des acteurs en mai 2007 au Centre culturel français/Halle de la Gombe. Le film a été tourné sur une durée de 10 jours à Kinshasa, au quartier Yolo dans la commune de Kalamu et également dans la commune de Lemba.
C’est l’histoire d’un couple, Papy (Romain Ndomba) et Mamita (Chaïda Sukusuku) sa femme. Papy découvre qu’il a le sida. Rejeté par sa femme, sa famille, il ne peut plus se rendre à son travail et doit s’occuper seul de ses enfants. Pour pouvoir avoir accès aux anti-rétroviraux, il doit être accompagné par un membre de sa famille. En désespoir de cause, il engage un Sdf (sans domicile fixe) pour jouer le rôle de son oncle. La scène se passe de manière surréaliste, mais le centre lui accorde les médicaments…
La première projection du film a eu lieu en septembre 2007 à la Halle de la Gombe. Papy, mon histoire a également été projeté au Festival international du film francophone (Fiff) à Namur en Belgique organisé du 22 septembre au 4 octobre 2007 ; l’autre grande projection au pays a eu lieu lors de la journée internationale de lutte contre le Sida le 1er décembre à la Radiotélévision nationale congolaise (Rtnc) suivie d’une projection publique à la place Ymca à Matonge dans la commune de Kalamu. Le film a été aussi présenté au Festival de Cannes 2008. Ce court métrage qui est une sensibilisation au Vih/Sida n’est à but lucratif. Cependant, l’Ong « Femme plus » de lutte contre le Vih/Sida va s’occuper de la distribution des Dvds que doivent multiplier la GTZ et la CTB.
PREMIER FILM, PREMIER PRIX
Pour son premier rôle dans un film, elle gagne un premier prix, prélude d’une nouvelle carrière cinématographique qui s’annonce riche et prometteuse. En effet, Chaïda Chaddy Sukusuku a été retenue après un casting pour un deuxième film d’un réalisateur congolais de Brazzaville. Ce futur film va s’axer sur le conflit familial. Les retombées de « Papy, mon histoire » sont encore perceptibles : « Invitée par la Fondation Roi Baudouin, j’ai reçu beaucoup d’encouragements du public belge lors du Fiff à Namur où le film a été bien accueilli. J’ai reçu les encouragements des cinéastes comme Mweze Ngangura, Nolda Massamba, le Camerounais Emile Ombossobola, qui a tourné le film Esdras au Rwanda », fait-elle savoir. « Papy, mon histoire » a aussi été projeté au Festival du film africain à la Galerie d’Ixelles (Matongé) à Bruxelles. Le réalisateur Djo Tunda wa Munga va par ailleurs présenter son court métrage à un festival du cinéma au Canada. Le film sera bientôt diffusé sur les antennes de la TV5 qui vient d’acheter les droits de projection.
L’on rappelle que Chaïda Chaddy Sukusuku est actrice de théâtre avant d’être celle du cinéma. « Il y a beaucoup d’efforts à fournir au théâtre, par rapport au cinéma. On se produit sur scène directement devant le public au théâtre, et l’on doit se dépenser pour porter sa voix. Au cinéma, dont je suis à ma première expérience, j’ai été beaucoup plus en mouvement qu’à parler », fait-elle remarquer. « Et sur scène, poursuit-elle, je me trempe totalement dans mon personnage. Et cela demande de la volonté et de l’amour pour son travail. Tenez, pour le rôle de Mamita, je suis allée m’entretenir avec le vrai Papy qui vit encore. Il m’a parlé de sa femme qui a disparu après avoir appris la nouvelle de la maladie de son mari…». Et Mamita a été un rôle bouleversant pour l’actrice qui a mis quelques jours pour extirper de sa personne le personnage du film, avoue-t-elle.
L’ACTRICE, L’INFIRMIERE…
Née à Kinshasa depuis plus d’une vingtaine d’années, la belle Chaïda Chaddy Sukusuku passe une partie de son enfance à Luanda en Angola. «Le portugais est ma langue maternelle », s’empresse-t-elle de signifier. C’est très jeune qu’elle baigne dans l’ambiance, l’atmosphère du théâtre, d’abord au lycée Bolingani de la commune de Kintambo. Elle obtient cependant son diplôme d’Etat en coupe et couture au lycée Omisalisa des Sœurs Franciscaines. Chaïda Chaddy Sukusuku est titulaire, depuis 2006, d’un diplôme en sciences infirmières, option hospitalière, de l’Institut supérieur d’enseignement technique et médical (ISETM) situé dans la commune de Ngaba. Les sciences médicales, c’est l’autre passion de sa vie. Elle travaille actuellement au Centre Mère et enfant dans la commune de Kinshasa. Sa passion pour les sciences infirmières, elle la partage aisément avec le théâtre et le 7ème art. « J’ai d’abord été actrice avant d’être infirmière », fait-elle savoir. En 2000 déjà, elle intègre la troupe théâtrale Les Béjarts dans sa commune de résidence, Bandalungwa. Après six mois d’observation sur de petits rôles, elle va finalement prendre la mesure de son art de prédilection au niveau professionnel dans des rôles importants. Par ailleurs, elle participe à l’émission culturelle « ça nous concerne » de Fwassa Tombisa sur la Radiotélévision nationale congolaise (Rtnc) en ce début des années 2000. « J’aime ce que je fais. Je n’ai pas honte d’être actrice et infirmière. Et je concilie bien les deux métiers de ma vie. Cependant, le théâtre et le cinéma me paient bien que les sciences médicales. J’aimerai aussi gagner ma vie avec les sciences médicales... ».
Chaïda Chaddy Sukusuku regrette que les pouvoirs publics n’aient pas apporté son appui financier à la réalisation du film et au cinéma congolais en général : « Ce prix de meilleure actrice Fica est une fierté pour moi, pour tous les artistes du cinéma et du théâtre, pour le Congo démocratique bien qu’il n’existe pas encore une politique nationale du cinéma. Je dédie mon prix de meilleure actrice au Fica à mon partenaire du film, Romain Ndomba, à toute l’équipe du tournage de ‘Papy, mon histoire’, et à ceux qui ont pris une part importante dans la réalisation du film. Je demande aux Congolais d’aimer le théâtre, le cinéma, à respecter notre art ». Célibataire, Chaïda nourrit naturellement le projet de mariage. « Je ne suis pas pressée pour une vie de couple, cependant je suis déjà prête pour le mariage », réagit-elle face à la sempiternelle question du mariage. Bien plus, la maternité est son lot contrairement à Simone de Beauvoir : « J’aime les enfants et je compte bien en avoir ».