La haute hiérarchie militaire en République démocratique du Congo vient de lancer une véritable guerre dans ses propres rangs pour traquer tous les éléments qui se seront rendus coupables de viols et autres violences. L’annonce a été faite hier à Goma par le commandant de la 8ème Région militaire le général Mayala Vainqueur qui avait à ses côtés le commandant second en charge des opérations le colonel Kahimbi.
Au cours du lancement de cette opération à laquelle la Mission des Nations unies en Rdc (Monuc) et la presse étaient conviées, le général Mayala a révélé la stratégie qui sera mise au point pour débusquer tous les militaires qui commettraient ce crime dont ils sont tout le temps accusés par divers témoins. D’après le commandant de la 8ème Région militaire cité par des sources onusiennes, « des comités de suivi (…) seront instaurés au sein de toutes les régions militaires du pays ».
Quant à leur composition et fonctionnement, ils seront « (…) constitués d’un officier de l’auditorat militaire, d’un officier de commandement de région et de la Monuc (…) ». Et tous, poursuit-il, « seront chargés spécialement d’assurer la surveillance des violations des droits de l’Homme par les Fardc (…) ». Et pour faire complet en rendant réellement justice, les victimes vont bénéficier d’une prise en charge pendant ce temps, ces comités devront « (…) surtout d’assurer le suivi des procès, des sentences prononcées et l’exécution de ces dernières ».
La moralisation des forces armées est devenue un thème courant dans différents milieux qui estiment que le comportement de certains éléments des Fardc laisse à désirer. De ce constat appuyé par plusieurs rapports des associations de défense des droits de l’homme et les témoignages des victimes, les forces gouvernementales se distinguent à peine des autres bandes armées qui évoluent illégalement sur le territoire national. Celles-ci que les premières sont appelées à combattre seraient si pas excusables mais compréhensibles contrairement aux premières dont la devise est la sécurisation de l’intégrité nationale et en passant des personnes et de leurs biens.
Malheureusement, des statistiques attestent une tendance inverse que le colonel Delphin Kahimbi ne s’est pas empêché de dénoncer. « Les statistiques sur les viols perpétrés par les Fardc sont effrayantes », reconnaît-il en citant l’exemple de sa propre province et celle voisine, la Province Orientale. « Les Fardc (…) sont responsables de plus de 30% des cas de viols perpétrés dans cette région tandis que leurs confrères du Nord Kivu sont coupables de plus de 26% de cas de viols enregistrés dans la région où ils sont déployés ».
Fléau importé
Il est aberrant de constater l’optimisme et la naïveté qui ont entouré la cérémonie d’hier à Goma par les principaux acteurs qui semblent faire foi à la sensibilisation « profonde et continue » des troupes pour « éradiquer définitivement ces fléaux des esprits des troupes gouvernementales ». Et la Monuc de s’en mêler par « d’éventuelles décisions complémentaires » et par son appui traditionnel. La Mission des Nations unies en Rdc qui en passant affirme « (…) soutenir tout effort visant la protection de la population, surtout de la femme et de l’enfant », va jusqu’à promettre son « (…) soutien à ces comités (qui) est inconditionnel », selon Alpha Sow, le Coordinateur de la Monuc pour la Région Est, qui était présent à cette cérémonie.
La décision attribuée au ministre de la Défense Chikez Diemu n’aura pas de résultats escomptée parce qu’elle n’a pas visée la vraie cible dans cette guerre. Le traitement homéopathique que sa décision réserve à la guerre qu’elle devrait réellement mener risque de laisser de profondes cicatrices inutiles dans certains esprits. Dans le contexte actuel de la situation dans la zone la plus affectée par ce fléau importé, la grande insécurité reste le nœud du problème.
Sans que l’auteur le sache peut-être ou le soupçonnant à peine, la cartographie du colonel Delphin Kahimbi sur la recrudescence des violences reprochées aux hommes en armes est très éloquente. Elles sont enregistrées dans les zones troublées notamment au Nord-Kivu et dans la Province Orientale, mais surgiraient également partout où la guerre se serait déclarée. « Our body, their (…) » entendez « Notre corps, leur champ de bataille » est un documentaire très en avance par rapport à ce qui vient de se passer à Goma.
Il pose un diagnostic et propose la thérapie appropriés. Les différents protecteurs des droits de la femme et de l’enfant bafoués en périodes de conflit en l’occurrence armé, devront plutôt s’investir davantage dans la restauration de la paix dans les zones affectées au lieu d’entreprendre, encourager ou soutenir simplement des opérations « poudre aux yeux ». Hélas, l’ironie du sort est que les pyromanes s’improvisent sapeurs pompiers. Ceux qui tirent profit du conflit à l’Est sont les premiers responsables des conséquences de ce conflit parmi lesquelles ces différentes violences.
Une fois les troubles vaincus et la paix revenue, les violences sexuelles et autre violations des droits de l’homme commis par ces hommes naguère disciplinés seront éventuellement éradiquées mais diminueront sensiblement. Leur ancêtre, la Force publique n’a-t-elle pas laissé un bon souvenir au monde ? Pourquoi pas les Fardc, si elles étaient dans des conditions idoines, tenues à l’écart dans leurs casernes.Néanmoins, il faut toujours faire quelque chose au lieu de rester les bras croisés. D’où le seul mérite de l’opération lancée hier à Goma.