Pour sa part, le ministre de l’EPSP maintient la date du 1er septembre pour la reprise des cours. Prévue pour le 1er septembre prochain, la rentrée scolaire 2008-2009 devient un véritable casse-tête dans la plupart des familles kinoises. Les rumeurs persistantes sur l’éventuelle grève des enseignants, l’impaiement des parents travaillant dans les services de l’Etat et la crise qui ne dit pas son nom, sont autant d’indicateurs qui hypothétisent la reprise des cours à la date fixée par le Gouvernement.
Cette ambiance se lit clairement dans les marchés et shops de la ville où se déclare la mévente des objets classiques. Contrairement aux illusions de certains parents qui pensaient à un quelconque report, le ministre de l’EPSP, Maker Mwangu persiste et signe la rentrée pour le 1er septembre 2008. L’information est tombée hier comme un couperet dans les ménages de la capitale. Sera-t-elle effective? Seul le jour J pourra parler de lui-même. Mais entre temps, la grogne se manifeste dans la ville où l’ambiance de l’ouverture des salles des classes s’annonce difficile.
Rien ne rassure encore
A dix jours de la rentrée scolaire, tout est morose. Le désespoir et le doute planent encore dans le chef de certains parents et de certains responsables d’écoles de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP). Un tour effectué dans certains lieux de négoces de la ville témoigne du manque d’engouement devant les étalages de vente d’objets classiques.
Dans les bus, les carrefours, les quartiers et même dans les milieux professionnels, la rentrée scolaire est sur toutes les lèvres. Tout le monde passe pour un journaliste devant informer les autres sur ce qu’ ‘’On a dit à l’assemblée générale des enseignants’’. Non.’’ Sur la décision de déclencher un mouvement de grève, ou sur l’éventuel paiement à la Fonction publique’’.
Généralement, expliquent certains observateurs, ces informations visent à découager les parents devant préparer la rentrée scolaire de leurs enfants. Ces rumeurs persistantes ont des répercussions sur le marché au point que les vendeurs des objets classiques n’arrivent pas à réaliser le maximum de leurs chiffres d’affaires, mieux à récupérer le capital investi dans l’achat des fournitures scolaires. L’ensemble de tous ces indicateurs ne rassure pas quant à l’affectivité de la rentrée des classes à la date du 1er septembre prévue par le gouvernement de la République.
Au marché de la Liberté/Masina, les vendeurs ne parlent que politique
A force d’attendre sans succès les clients, les vendeurs des fournitures scolaires sont devenus de véritables ‘’parlementaires debout’’. La probable grèves des enseignants, l’impaiement des parents et la grève des médecins sont des sujets qui animent les conversations de ces vendeurs en quête des clients. «Toutes les rentrées scolaires ont toujours été hypothétiques. Mais celle-ci présente de sérieuses inquiétudes.
Elle est aussi exceptionnelle dans la mesure où les parents ne se bousculent pas pour s’approvisionner en fournitures de classe de leurs enfants. Depuis le matin jusqu’à cette heure, 15 h, je n’ai vendu que deux bics et une paire de pantoufles. Non c’est grave pour moi qui ai toujours vendu des cartons et des cartons des cahiers en cette période. Non! Le pays est malade». Ces propos sont de Ma Mado, vendeuse des fournitures scolaires au marché de la Liberté dans la commune de Masina.
Un autre marchand intéressé à notre entretien s’est dit simplement indigné de voir que le gouvernement n’arrive pas à trouver des solutions durables aux revendications des enseignants. « Les problèmes des enseignants ne datent pas d’aujourd’hui. A chaque rentrée, les enseignants présentent les mêmes préalables et le Gouvernement les nourrit de mêmes promesses qu’il n’arrive malheureusement pas à réaliser. Cette situation nous pose de sérieux problèmes dans la vente de nos produits. Tous les jours, nous dépensons inutilement nos transports pour ne rien gagner en retour».
Les denrées alimentaires dament le pion aux uniformes, cahiers et bics
Dans les marchés et shops des communes de Masina, Kimbanseke, N’Djili et Matete, le constat est le même. Les biens de première nécessité s’achètent plus que les fournitures scolaires. Ce qui mécontente les femmes qui ont choisi cette activité en ce moment où l’on s’approche du mois de septembre prévu pour la reprise des cours dans les établissements de l’EPSP.
«Je regrette l’argent que j’ai débloqué pour faire la commande des cartons des cahiers et des rouleaux des tissus d’uniforme’’. Les amis qui ont choisi les poulets et chinchards vendent bien et font d’importantes recettes par rapport à moi. Sur les douze cartons de cahiers, je n’ai vendu que trois alors que ma copine a déjà fait deux tours pour renforcer son stock de chinchards», regrette une commerçante de renommée communale au niveau du marché Mangobo dans la commune de N’Djili.
Au niveau de la Tshangu, un cahier de 200 pages revient à 400 FC, celui de 96 pages à 200 FC et un stylo de qualité à 100 FC (parce qu’il y en a de faux vendu à 50 FC).
Même situation pour les parents de Lingwala
A quelques jours de la rentrée scolaire 2008 - 2009, la situation est morose dans le chef des parents. Ceux que nous avons rencontrés dans un quartier de Lingwala, déclarent tous ne pas être prêts pour acheter ne serait-ce que les cahiers. ‘’J’ai quatre enfants dont deux aux humanités et deux autres à l’école primaire’’, confie un parent fonctionnaire.
Il ne suffit pas seulement, poursuit-il, payer les fournitures scolaires mais aussi apprêter la 1ère tranche de frais scolaires. ‘’Nous attendons d’ici la fin du mois que l’Etat nous paye le salaire pour faire face à cette rentrée’’, espère-t-il. Une femme veuve d’une quarantaine d’années assise sur un tabouret déclare qu’elle a foi en Dieu qui peut opérer un miracle à la dernière minute pour la rentrée de ses cinq enfants. ‘’Je n’ai pas grand chose, le petit commerce que je fais c’est pour me permettre de subvenir au vécu quotidien’’, lâche-t-elle.
Par contre, Ma Vicky que nous avons trouvée à l’arrêt de bus sur l’avenue ex-24 novembre, nous dit qu’elle n’a pas assez de problème parce qu’elle n’a que deux enfants pour qui elle a déjà tout acheté. ‘’Il ne me reste qu’à payer la 1ère tranche de frais scolaires dès que mon mari aura son salaire à la fin du mois’’, souligne-t-elle. Un autre parent relate qu’il ne faut pas toujours attendre la rentrée scolaire pour acheter les fournitures scolaires des enfants.
C’est vraiment imprudent, note-t-il. Et de poursuivre, ‘’pour mes six enfants, je commence à préparer la rentrée dès la clôture de l’année antérieure, c’est-à-dire, explique-t-il, dès que j’ai une petite somme d’argent soit 10 à 20 $Usd , j’achète soit le paquet des cahiers de 12 ou 96 pages, soit le tissus tinterons et ainsi de suite. La situation est certes difficile, il ne faut pas sacrifier les enfants qui sont des innocents’’, évoque-t-il.
Contrairement à d’autres quartiers, le petit marché de Lingwala, appelé ‘’rail’’ ne vend les cahiers qu’à la rentrée scolaire. Pendant cette période, les parents préfèrent s’approvisionner au grand marché où ils pensent que ces fournitures sont vendues à un prix abordable.
Prix eleve des fournitures
Certains parents contactés avouent n’être pas encore en mesure d’envoyer leurs enfants à l’école à la date programmée par le gouvernement pour la rentrée scolaire. La raison avancée par ces derniers est le prix élevé des fournitures scolaires et la chèreté de frais scolaires.
Abordée à ce propos, Mme Marguerite Biambi déclare : ‘’Aujourd’hui, il est difficile de pouvoir à la fois acheter les uniformes, les cahiers et autres fournitures scolaires pour tous les enfants. Moi qui vous parle, j’en ai 5 (enfants). Et par rapport à ce que mon mari et moi gagnons comme salaire, nous serons obligés de tout dépenser si l’on doit ajouter les frais scolaires. D’après le calcul que nous avions fait, il nous faut plus ou moins dépenser 500$ Us en raison de 100 $Us par enfant. La situation est très difficile’’.
Un autre son de cloche est celui de M.Jean Didier Katako, père de famille de quatre enfants, qui n’hésite pas de pointer du doigt le gouvernement congolais : ‘’A chaque rentrée scolaire, les parents se plaignent du fait que les frais scolaires à payer sont chers, les fournitures également. Est-ce que vous savez pourquoi ?
C’est parce que le gouvernement ne prend pas en charge sa part de responsabilité pour l’éducation au niveau du pays. Il se contente de donner des salaires colossaux aux députés et aux sénateurs ainsi qu’aux ministres, Pdg et consort tout en oubliant de consacrer une enveloppe consistante pour l’enseignement.’’
Mediocrité des salaires
‘‘A côté de ce problème, il faut ajouter que le salaire des fonctionnaires que nous sommes est insignifiant si l’on compare les besoins auxquels nous devons faire face: loyer, frais scolaires, fournitures scolaires, alimentation. Tout cela est un casse-tête par rapport à notre rémunération.
Il faut dire encore que cette rentrée risque de connaître le même problème que celui de l’année passée, c’est-à-dire la grève des enseignements. On leur a promis le barème de Mbudi qui n’a jamais été exécuté. Là, c’est un autre obstacle dressé contre le gouvernement Gizenga.’’, admet M. Katako
Quant aux vendeurs d’objets scolaires, ils avouent n’avoir pas encore commencé à vendre comme ils l’espéraient, à l’instar de Mme Beya: ‘’En tout cas, jusque-là nous ne voyons pas encore l’engouement des acheteurs. C’est seulement quelques-uns qui viennent à compte goutte pour s’approvisionner.
Mais je crois que les parents attendent le dernier moment ou la dernière semaine pour venir acheter les fournitures scolaires. Même moi, je suis parent mais je n’ai pas encore totalisé les objets scolaires recommandés dans le billet de vacance de mes enfants. Le gouvernement doit aussi faire quelque chose pour rabaisser les frais scolaires’’.
L’etat doit s’occuper des enseigants
Pour M.Benoît Kandolo - parent et employé d’une entreprise privée, l’Etat doit consentir des sacrifices au niveau du budget pour s’occuper de l’enseignement. Celui-ci explique: ‘’A notre époque, nos parents ne payaient pas les frais scolaires comme on le fait actuellement. Il y avait une assurance scolaire qu’on payait à la SONAS et le minerval était un montant insignifiant qu’on donnait à l’école.
Et à cette époque, on ne chassait pas les élèves de l’école. Aujourd’hui, c’est un désordre qu’on observe dans le secteur de l’enseignement en RDC. Essayez simplement de comparer l’organisation de l’enseignement et du système éducatif de nos voisins de la République du Congo Brazzaville. On constatera un grand fossé entre eux et nous’’.
Ce parent soucieux de l’éducation est convaincu que la baisse du niveau d’enseignement actuel trouve sa source dans la carence de l’élite intellectuelle congolaise qui, de plus en plus, diminue. Il faut qu’on arrive, renchérit-il, à calquer l’organisation de notre enseignement sur le modèle occidental par exemple. Et pour cela, il convient de favoriser l’élitisme, c’est-à-dire favoriser la formation des élites, plutôt que la culture populaire.