Les champs sont à nouveau cultivés, les troupeaux reviennent, l’électricité fonctionne : le territoire de Walungu au Sud-Kivu revit après dix ans d’insécurité qui avait paralysé toutes les activités. Au grand soulagement de tous les habitants. Fin juin dernier, Pierre Ndatabaye Weza III, le chef de la collectivité-chefferie de Ngweshe, dans le territoire de Walungu, non loin de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, sorti depuis peu de sa cachette, a béni les semences pour la prochaine saison culturale de septembre.
Un rite traditionnel, le Mubande, «pour mobiliser les paysans aux travaux agricoles et d’élevage», selon lui. Il n’avait pas été célébré depuis 10 ans. Une preuve de plus du retour de la sécurité dans cette région, théâtre, durant une décennie, de viols, de pillages, d’incendies et de tueries qui avaient fait fuir les habitants et contraint le Mwami, le chef traditionnel, à se cacher. Ces dernières semaines, il a entrepris de visiter les groupements de Walungu, où il procède au semis dans les marais avec les paysans. «J’ai fait bénir mes semences de haricots et de sorghos pour les confier à la protection royale et leurs assurer un bon rendement», se réjouit Petro Rwizibuka. «J’ai repris les travaux des champs, renchérit Cibenjuka Ntumulo, un quadragénaire de Kaniola, rassuré par la présence du Mwami au milieu de la population. Ça va bien marcher. Les incursions et les ravages des récoltes par les groupes armés ont d’ailleurs diminué», commente-t-il, tout en continuant à épandre de la bouse des vaches sur son champ.
De fait, les Mudundu 40 (un groupe armé local), qui détruisaient récoltes et maisons, sont partis exploiter l’or à Mukungwe. Les autres groupes armés (les Rastas et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda - FDLR) sont devenus moins virulents. La vie reprend dans les campagnes et en ville. Le bétail revient. On croise des troupeaux conduits par des bergers venus de loin. «Nous les achetons à Kalehe, (65 km au Nord de Bukavu, Ndlr) ou à Bukavu en provenance d’Idjwi (une île à l’intérieur du lac Kivu) et les faisons venir jusqu’ici pour reprendre l’élevage décimé par les groupes armés», affirme le chef des cinq bouviers qui les poussent.
Déjà, des vaches, moutons et chèvres paissent et broutent sur les collines et dans les marais. Le long de la route, des paysans récoltent du manioc et du sorgho, d’autres labourent les champs en friche, préparant les semis de la prochaine campagne. Des taxis-motos circulent sans cesse et les bus de transport en commun relient à nouveau quotidiennement Walungu à Bukavu.