Il est 10h à Washington D.C., le président américain, George W. Bush, vient à nouveau de parler aux Américains dans un message à la Nation. Il en a pris l’habitude depuis quelques jours. Thème du jour, encore et toujours, la crise financière. Aux Etats-Unis, depuis les événements qui ont secoué le système financier mondial en septembre 2008, l’économie a pris le devant sur la politique. Et, le président Bush multiplie les messages à la Nation pour convaincre et, éventuellement, calmer la tempête.
Le Plan Paulson, adopté difficilement au Congrès, tarde encore à produire des effets. Aux Institutions de Bretton Woods - toujours à Washington - où se tiennent les assemblées annuelles d’automne du FMI et de la Banque mondiale (BM), l’heure est à la mobilisation générale pour sortir du marasme, l’architecture financière internationale n’ayant pas réussi à s’adapter à la mondialisation des marchés financiers.
Si en avril dernier, lors des assemblées de printemps, deux points avaient dominé les discussions, à savoir la hausse des prix des produits alimentaires et du pétrole, la rencontre de ce mois d’octobre 2008, à Washington, des pays membres des instituions de Bretton Woods, doivent, en plus de ces deux points, traités de la question sensible de la crise financière. Ils discutent de nouvelles mesures à adopter pour résoudre la crise. Le FMI et la Banque mondiale sont unanimement convaincus que la solution à cette crise passe par une étroite coopération entre les Etats.
« Il n’y a pas de solution nationale à une crise de ce type ». C’est en ces termes que s’est exprimé le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, à l’ouverture le jeudi 9 octobre 2008 à Washington du cycle des conférences, organisées en marge des assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods.
« Les problèmes sur les marchés financiers et dans l’économie mondiale peuvent être résolus si nous agissons rapidement, avec force, et en coopération», a déclaré le directeur général du FMI, rappelant, en même temps, que le monde est à « l’aube d’une récession mondiale, mais si les pays agissent ensemble, l’économie mondiale pourra se relever ».
Mercredi dernier, le FMI avait révélé, par son conseiller économique et directeur du département des études de l’institution, Olivier Blanchard, une série des mesures pour faire face à la crise financière.
«L’économie mondiale connaît un ralentissement sensible après avoir été secouée par deux chocs considérables: une envolée des cours du pétrole et des produits de base, et la crise financière qui se propage», a déclaré Olivier Blanchard. «Manifestement, la crise financière s’est aggravée et aucun pays ne sera totalement à l’abri de ses effets sur l’économie réelle. Il est trop tard pour éviter un ralentissement, mais des mesures énergiques et coordonnées peuvent éviter des scénarios encore plus défavorables. Dans de nombreux pays, des plans sont déjà mis en place pour résoudre la crise».
Les mesures à prendre sont d’ordre financier et macroéconomique, a noté M. Blanchard. «Si l’incertitude subsiste, nous espérons que ces mesures permettront de contenir la crise et de ramener la confiance sur les marchés. Si la confiance revient, le crédit devrait suivre, même s’il ne reviendra que lentement».
A court terme, a-t-il déclaré, des mesures systémiques - de la fourniture de liquidités à l’achat d’actifs en passant par l’injection des capitaux - sont essentielles pour rétablir la stabilité et la confiance sur les marchés financiers, alors que, dans de nombreux pays, les politiques monétaires et budgétaires peuvent atténuer les effets d’une baisse de la demande et briser la chaîne de réaction négative entre le secteur financier et l’économie réelle. «Avec de telles mesures en place, il est raisonnable de prévoir que le redressement commencera en 2009 et prendra de l’ampleur en 2010», a noté M. Blanchard.
Par ailleurs, le directeur général du FMI s’est félicité du fait que le besoin de sauvetage de l’économie mondiale a été compris de deux côtés de l’Atlantique. Mais, il a fait savoir que la coopération a été moins évidente. Il a, à ce propos, exhorté les pays européens à travailler ensemble, rappelant la nécessité de coordonner les actions pour une réponse efficace à cette crise. De même, il a déclaré que le FMI avait sept messages à transmettre sur les mesures pour contrer la crise financière mondiale, soulignant que « l’architecture financière mondiale doit être réorganisée pour répondre aux besoins du 21ème siècle, la mondialisation des marchés ».
Bien plus, c’est vers les décideurs et, éventuellement, les banques centrales que s’est retourné le directeur général du FMI. Même s’il ne les a pas pointés du doigt dans cette débâcle de l’économie, il pense que « nous avons besoin de trouver des conseils pratiques sur la façon dont les gouvernements et les banques centrales peuvent utiliser les politiques macro-économiques ».
REFONTE DU SYSTEME MULTILATERAL A L’ORDRE DU JOUR
Abondant dans le même sens que le directeur général du FMI, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a appelé à une mobilisation générale en vue de contrer la grave menace qui pèse sur l’économie mondiale. « Nous nous réunissons à un moment capital. En Juillet à la tenue du sommet du G8, j’ai dit que les pays en développement sont confrontés à un double danger de l’impact de la crise alimentaire et la hausse des prix du pétrole. Mais ce qui était alors un double danger se présente maintenant à trois dimensions, c’est-à-dire les produits alimentaires ».
M. Zoellick a mis en garde contre les effets de la crise financière en indiquant que « les événements du mois de septembre pourraient complètement changer la donne pour de nombreux pays en développement. Une chute des exportations ainsi que des entrées de capitaux provoquera un fléchissement des investissements. Le ralentissement de la croissance et la dégradation des conditions financières, conjuguée à un resserrement monétaire, entraîneront la faillite d’entreprises et créeront peut-être des situations d’urgence dans le secteur bancaire ».
Selon M. Zoellick, le nouveau multilatéralisme doit attacher autant de valeur au développement mondial qu’à la finance internationale, sans quoi l’instabilité continuera de régner dans le monde. Les mécanismes d’aide ne sont pas suffisamment efficaces et doivent permettre de venir en aide beaucoup plus rapidement et efficacement aux plus vulnérables en temps de crise.
Une réforme du Groupe de la Banque mondiale est également nécessaire. M. Zoellick a annoncé la création d’un Comité de haut niveau qui sera chargé d’étudier la modernisation des structures de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale sous la direction de l’ex-président du Mexique, Ernesto Zedillo.
C’est presque sur une profonde refonte du système financier international que s’est attardé le président de la Banque mondiale. « Nous devons moderniser le multilatéralisme et les marchés pour faire face à ces crises ». Mais, comment y parvenir si d’autres pays doivent être laissé en marge de l’effort international déployé dans ce sens ?
D’après lui, face à la crise planétaire actuelle, il faut repenser la manière dont le monde s’efforce à résoudre ses problèmes économiques, notamment en transformant la structure du Groupe des Sept pour former un Groupe de coordination donnant des moyens d’agir aux économies qui montent en puissance.
« Le G-7 ne fonctionne pas. Nous avons besoin d’un groupe mieux adapté à une ère nouvelle », a expliqué M. Zoellick dans le discours qu’il a prononcé devant le Peterson Institute for International Economics, à Washington. «Dans le domaine de la coopération financière et économique, nous devrions envisager la création d’un Groupe de coordination qui réunirait l’Afrique du Sud, l’Arabie Saoudite, le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique, la Russie, et les pays actuellement membres du G-7 ».
Dans une allocution prononcée préalablement à ces assemblées annuelles, M. Zoellick a indiqué que ce Groupe de coordination ne serait pas simplement un nouveau groupe dont le nombre de membres serait définitivement fixé à 14 et qui viendrait remplacer le G-7, car cela reviendrait à créer un nouveau monde en reconstruisant l’ancien. Ce Groupe de coordination évoluerait en fonctions des circonstances et accueillerait les nouvelles puissances tout en offrant une structure qui se prête à des interactions fréquentes en réseau. «Il nous faut un Facebook pour la diplomatie multilatérale dans le domaine économique», a-t-il conclu.
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE MONDIALE
Selon les Perspectives de l’économie mondiale, la croissance mondiale en glissement annuel ralentira de 5,0 % en 2007 à 3,9 % en 2008, puis à 3,0 % en 2009 (voir annexe pour les prévisions de 2008-2009). Décidément, les pays avancés sont proches de la récession et le redressement en 2009 sera exceptionnellement graduel au regard du passé.
L’économie américaine ralentit après un deuxième trimestre relativement solide, alors que le soutien de l’impulsion budgétaire décline et que les effets de la crise du crédit s’intensifient, selon le rapport, qui table sur une croissance américaine en glissement annuel de 1,6 % en 2008 et de 0,1 % en 2009, contre 2,0 % en 2007. Un redressement du secteur immobilier et une stabilisation des prix du pétrole ouvriraient la voie à un début de reprise en 2009, mais celle-ci devrait être bien plus graduelle que dans la plupart des cycles économiques précédents, car le resserrement du crédit continue de peser lourdement sur la demande intérieure.
La plupart des autres pays avancés devraient aussi passer par une période de croissance très lente, ou même de contraction, et le redressement ne serait que modeste en 2009. Selon le rapport, les pays avancés dans leur ensemble enregistreront une croissance en glissement annuel de 1,5 % en 2008 et de 0,5 % en 2009, contre 2,6 % en 2007. Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance continuera de fléchir, selon le rapport, pour s’établir un peu au-dessous de la tendance au deuxième semestre de 2008, à 6,9 % en glissement annuel, contre 8,0 % en 2007. La croissance tombera ensuite à 6,1 % en 2009.
Dans les pays avancés, l’inflation devrait être contenue par l’augmentation des capacités disponibles et la stabilisation des cours des produits de base, et pourrait reculer au-dessous de 2 % d’ici la fin de 2009. Dans les pays émergents et les pays en développement, l’inflation devrait rester voisine de 8 % à la fin de 2008, avant de baisser à environ 6 ½ % en 2009.