Etre malade en Rdc et se faire soigner est un privilège de quelques-uns. Les hôpitaux publics n’existent plus que comme des centres de consultation. Après, les malades sont soit dirigés vers les pharmacies privées pour acheter des médicaments soit vers des cliniques également privées pour des soins. Ce parcours de combattant n’est pas donné à tout le monde. Ce sont ces raisons qui ont fait que le chef de l’Etat érige la santé en un des cinq chantiers de la République.
Comme dans beaucoup de domaines, les efforts sont entrepris pour que hier soit différent d’aujourd’hui et aujourd’hui différent de demain. Pour y arriver, aucun miracle n’est possible. Il faut du travail, surtout la volonté de mieux faire. C’est pourquoi, lorsqu’on est appelé à diriger un secteur aussi important que celui de la santé, on ne doit pas se servir des excuses générales pour répondre aux demandes. Au contraire, on ne peut pas être ministre de la Santé et dormir sur ses lauriers.
Comme dans beaucoup de domaines, les efforts sont entrepris pour que hier soit différent d’aujourd’hui et aujourd’hui différent de demain. Pour y arriver, aucun miracle n’est possible. Il faut du travail, surtout la volonté de mieux faire. C’est pourquoi, lorsqu’on est appelé à diriger un secteur aussi important que celui de la santé, on ne doit pas se servir des excuses générales pour répondre aux demandes. Au contraire, on ne peut pas être ministre de la Santé et dormir sur ses lauriers. Il est vrai que le secteur de la santé est celui qui enregistre beaucoup d’interventions notamment de la part des partenaires au développement. Mais les efforts d’équipement sont noyés par les revendications salariales. Conscient de l’importance de leur secteur, les médecins peuvent mettre le gouvernement dos au mur.
C’est le cas avec cette grève. Pour le ministre de la Santé, le dialogue entre les médecins et le gouvernement se poursuit. Il est à quel niveau ? Le ministre ne peut pas nous le dire. La bonne manière de prendre le peuple à témoin aurait été de la part du gouvernement de communiquer, dire quel est le cahier de charges des médecins ? Qu’est-ce qui a été fait et qu’est-ce qui reste à faire ? Quelles sont les prochaines échéances ? Tel programme rassurerait tout le monde et le peuple aurait foi en la bonne volonté du gouvernement.
Manque de communication
L’action du ministre de la Santé ayant été menée en vase clos, la population ne croit qu’à ce que les médecins disent. Pour l’opinion, le gouvernement est de mauvaise foi. Car, pense-t-on, il suffirait qu’il décide de payer les médecins pour que les choses reviennent à la normale. Les morts et toute la désolation dans les hôpitaux sont mis sur le dos du gouvernement. C’est une perche tendue à la critique.
Pour les médecins, depuis leur préavis de grève, rien n’a été fait. Ils ont eux aussi conclu à la mauvaise foi du gouvernement. C’est la raison pour laquelle le mot d’ordre de grève a été donné. Depuis lundi, ce mot d’ordre est respecté. Le contraire nous aurait étonné dans la mesure où, il n’y avait pas une action d’explication qui pouvait faire que certains médecins s’inscrivent en faux face à ce mot d’ordre.
C’est à posteriori que le ministre de la Santé est intervenu dans un discours académique sous la forme d’un message à la nation. De l’hôpital général de Kinshasa, ex Mama Yemo, à l’hôpital Roi Baudouin Ier, en passant par les cliniques Ngaliema, l’hôpital de Kintambo, et l’hôpital de N’Djili, le mot d’ordre est suivi.
Le cynisme de certains médecins
Au premier jour de cette grève, on voyait les médecins sans blouses sillonner les couloirs, se moquant avec une mine de cynisme aux malades qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Ne sachant où aller, beaucoup de malades sont restés dans les couloirs attendant une intervention divine. Ils ne pouvaient pas comprendre qu’ils soient ainsi livrés à leur triste sort. C’est la même situation sur toute l’étendue du territoire national.
La grève des médecins est annoncée sur l’ensemble du territoire national. Pour le Dr Didier Dasigwa, du Syndicat des médecins, la pomme de discorde c’est la prime de risque. Les promesses faites à ce sujet n’auraient pas été respectées malgré les négociations. En plus de cela, il faut ajouter la mécanisation des médecins.
Pire, les médecins ont renvoyé les malades admis dans les différentes formations médicales, quel que soit leur état. Car, aucun service minimum n’est autorisé. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, beaucoup de malades ont été dirigés vers les cliniques privées. Cela doit faire réfléchir le gouvernement. Alors qu’il n’y a ni consultation ni soins officiellement, on signale une augmentation des frais de consultation qui passent de 6.000Fc à 8.000 Fc.
Les observateurs pensent qu’on assisterait à un transfert des services de certaines formations médicales privées vers les hôpitaux publics. Les malades ainsi consultés, vont suivre les soins ailleurs. Il nous revient cependant qu’à Kintambo, un service serait organisé au profit des malades qui ne peuvent pas se déplacer. La grève est prévue pour deux semaines. Après, ce sera le même cercle vicieux.
2ème jour de la grève, rien ne change
Au deuxième jour de la grève, la situation n’a pas beaucoup changé. A l’Hôpital général de Kinshasa par exemple, il n’y a pas de consultations mais les malades internés précédemment n’ont pas été renvoyés à domicile. Pendant ce temps, l’hôpital général de Kinkanda à Matadi a enregistré ses premiers morts.
A l’hôpital général de Kinshasa, ex Hôpital Mama Yemo, il n’y a pas de consultations en chirurgie, en pédiatrie et en gynécologie comme dans tous les autres services. Dans la salle d’urgence, il n’y a pas non plus de nouvelles admissions. Signe que la grève est bien suivie. Un médecin chef de département s’occupe des hospitalisés. Un infirmier a affirmé qu’il y avait un seul médecin pour assurer la garde.
L’information de la veille est démentie. Le mouvement de grève ne serait pas aussi radical tel qu’annoncé. Les malades hospitalisés n’auraient pas été renvoyés, ni à la maison, ni vers d’autres centres hospitaliers. Ce discours ressemble à un embelli pour éviter le tollé général que susciterait un abandon total des malades. Un garde-malade rencontré a même affirmé que le malade qu’il accompagne a été opéré ce mardi matin. Par quel service ? Même situation à l’Hôpital Roi Baudouin de Masina où tous les services ne fonctionnent pas.
De nouveaux cas d’hospitalisation ont été refusés. Le temps est à l’observation des malades déjà internés. Pas de consultations, les services des urgences sont fermés, l’écographie ne fonctionne pas. En deux mots, il n’y a pas de nouvelles hospitalisations. Juste une cellule médicale de crise composée de médecin chef de staff, de médecins chefs de départements et de services, ils sont tous là pour la prise en charge des malades hospitalisés.
Des morts déjà à Matadi
L’hôpital général de référence de Kinkanda à Matadi enregistre déjà ses premiers morts. Conséquence de la grève des médecins de ce centre hospitalier. D’après un garde-malade contacté à l’Hôpital de référence de Kinkanda, après la réunion des médecins de cette institution hospitalière ce mardi matin, aucun d’entre eux n’a effectué le tour des pavillons comme cela se fait habituellement. Au pavillon de la médecine interne, deux malades qui se sont préparés pour une intervention chirurgicale ce mardi matin n’ont pas été soignés.
Et pour cause : l’infirmier les a informés que les médecins étant en grève, l’intervention n’aura plus lieu. Pourtant, ces malades avaient payé tous les frais. A quelques mètres de là, dans l’enceinte même de l’Hôpital, une famille pleure l’un des siens qui vient de décéder, par manque de traitement. Pendant ce temps, des nouveaux cas sont refusés, comme cet un enfant de dix ans accidenté amené par ses parents. Les infirmiers ont tout simplement refusé de le recevoir.
Selon les différentes sources, ce mouvement de grève est suivi dans tous les hôpitaux publics de Matadi, Mbanza Ngungu et Seke Banza. Excepté l’hôpital général de référence de Boma où le médecin directeur dit ne pas détenir une correspondance à ce sujet. Les médecins du secteur public ont emboîté le pas à leurs collègues de Kinshasa, après la publication ce mardi par le comité provincial du Synamed (Syndicat national des médecins) d’un communiqué appelant tous les médecins, membres du Synamed, à observer la grève jusqu’à nouvel ordre. Cette grève est pour le moment partiellement suivie dans les hôpitaux de la ville.
Et si on privatisait…
Est-il important que le gouvernement continue à demeurer gestionnaires des hôpitaux ? La raison avancée pour maintenir la gestion des hôpitaux par l’Etat, c’est que ce secteur étant essentiellement social, il fallait éviter de le laisser aux mains des commerçants. Cela , craint-on, risquerait de rendre des soins de santé inaccessibles.
La question que l’on peut se poser est de savoir si cette politique profite effectivement à la population. Car, les hôpitaux qui administrent des soins à bon marché n’existent pratiquement plus dans la mesure où, après la consultation, tout le monde est envoyé vers les mêmes pharmacies. Il n’existe pas de pharmacies publiques où les prix des médicaments seraient adaptés à la politique sociale du gouvernement.
Les médecins sous-payés, sont obligés de se partager entre plusieurs contrats dans le but d’avoir de quoi nouer les deux bouts du mois. Cela influe certainement sur la qualité de leur travail. Si l’Etat congolais se délestait de la gestion des hôpitaux tout en consentant à des subsides qui permettraient à certains hôpitaux de faire face aux charges afin de maintenir le coût des soins à un niveau supportable, on améliorerait et la qualité des soins et la condition des médecins.
Nous pensons aux confessions religieuses qui ont démontré qu’elles peuvent concilier la qualité des soins, la discipline des médecins et le caractère social des soins médicaux. On n’aura plus des médecins qui passent le clair de leur temps dans des cliniques privées et qui en fin de comptes exigent les meilleures conditions de travail et un gros salaire à l’Etat. On mettrait ainsi fin à l’existence des médecins fonctionnaires. Il est vrai que les syndicats des médecins rejetteront l’idée de privatisation de la gestion des hôpitaux. Car, ils y ont à gagner. Moins de travail et beaucoup de temps pour gagner mieux ailleurs, cette politique disparaîtrait avec la privatisation de la gestion des hôpitaux. Le plus grand perdant dans le système actuel, c’est l’Etat et la population.