On s’y attendait. Nkundabatware exige des négociations directes avec le gouvernement. Cette information devrait provoquer l’émoi dans les milieux des démocrates non seulement congolais, mais aussi africains et du monde. Au niveau national, engager des négociations entre le gouvernement et les insurgés de Nkundabatware, est une mise en cause des institutions existantes, mises en place à l’issue des élections qui comptent parmi les meilleures organisées en Afrique.
Entamer des négociations directes avec le Cndp, c’est aussi mettre en cause une Constitution approuvée par référendum par l’ensemble du peuple congolais. Car, cette Constitution prévoit des mécanismes pour régler des problèmes qui puissent se poser dans la marche du pays. On avait donné le bras au Cndp à travers ce qu’on avait appelé " Conférence de Goma, le voilà qui prend le bras.
En demandant des négociations directes, le Cndp, une organisation privée, veut se mettre sur le même pied d’égalité que le gouvernement congolais. Quel gouvernement ? Il est soutenu en cela par Kigali qui rejette toutes négociations avec ses rebelles des Fdlr.
Le Cndp s’en moque
Le Cndp ne veut rien comprendre du changement intervenu dans ce pays. Si hier, le gouvernement non issu des élections et par conséquent sans légitimité populaire, pouvait être confondu avec des fractions rebelles, aujourd’hui, le gouvernement est issu d’une majorité. En cherchant à négocier avec ce gouvernement, le Cndp demande la marginalisation de toutes les forces qui ne font pas partie de ce gouvernement. Ce serait des négociations qui, politiquement n’engageraient pas l’ensemble des forces politiques du pays étant donné qu’elles ne relèvent pas de la Constitution.
Pour contourner cette difficulté, des théoriciens du partage du pouvoir sont déjà à pied d’œuvre. Ils demandent que dans ces négociations, qu’il y ait d’un côté le gouvernement de la République, de l’autre l’opposition institutionnelle et l’opposition extra-institutionnelle. Enfin, il y aura la société civile. Dans cette configuration, où va se situer le Cndp afin de ne pas se voir dilué dans tout ce qu’il y a comme partis de l’opposition ? C’est une donne que les théoriciens des négociations politiques qui se recrutent essentiellement à l’Udps, n’ont pas prise en compte.
En effet, une certaine littérature de l’Udps qui circule demande à Nkundabatware de nationaliser son combat. En terme clairs, les experts en négociations antidémocratiques ont demandé au Cndp de sortir de la revendication pour la défense des rwandophones ou encore sur le rapatriement des Fdlr. Cet appel n’est pas tombé dans les oreilles des sourds. La demande du Cndp des négociations directes avec le gouvernement n’est pas étrangère à cette aspiration de l’Udps. Mais quel sera le contenu de cette lutte au niveau national ?
La leçon de l’Udps
Inspirée par l’Udps, cette lutte ne peut aller que dans le sens d’une mise en cause du processus électoral qui avait abouti à a mise en place des institutions actuelles. Si le Cndp est capable d’enfourcher ce cheval attelé pour lui par l’Udps, les autres formations politiques qui participent au régime en faisant partie de l’opposition, vont-ils accepter cette proposition du Cndp ?
Il semble que rien n’est impossible en Rdc. Il y aura beaucoup de gens parmi ceux qui avaient raté le coche aux dernières élections et qui n’attendent que de se relancer par des négociations politiques qui pourraient mordre à l’hameçon. Ces gens trouveront bien un contenu à leur lutte afin de justifier " le partage du pouvoir " qui profile au bout de ces négociations directes exigées par le Cndp.
Avant que toutes les institutions du pays soient mises en congé au profit de nouvelles qui pourraient sortir des négociations, le gouvernement actuel peut-il s’engager dans cette voie sans violer la Constitution et sans ouvrir une crise avec notamment l’institution parlementaire ? Quelles sont les bases des négociations politiques directes entre le gouvernement et le Cndp ?
Quel statut pour le Cndp ?
Il est vrai que l’on a vu le gouvernement négocier avec les médecins, avec les magistrats, avec les fonctionnaires ou encore avec les enseignants. Il s’agit des cas tout à fait différents. Ces groupes sociaux qui négocient avec le gouvernement exercent leurs prérogatives constitutionnelles. Ce n’est pas le cas avec le Cndp qui se veut sur le même pied d’égalité que le gouvernement.
Aucune clause de la Constitution ne constitue une base à cette démarche du Cndp. C’est pourquoi, telle demande ne peut se concevoir qu’en dehors de la Constitution. A ce sujet rappelons que la Conférence nationale souveraine, les négociations politiques inter congolaises de Sun City, les seuls forums politiques à caractère national organisés après 1990, ont été extraconstitutionnels.
La raison avancée pour les justifier, c’est que " personne n’avait gagné les élections ". Il ne peut être question d’en faire autant aujourd’hui, sans que l’on se moque de tout le monde. Justement, le Cndp se moque de tout le monde.
Dans quel cadre situer les négociations ?
Pour ceux qui ont la mémoire courte et qui pourraient ne plus savoir pourquoi Nkundabatware a pris les armes, rappelons quelques épisodes de la lutte des rwandophones. Car, c’est de cela qu’il s’agit même si Nkundabatware s’est doté d’un mouvement à la dénomination trompeuse. D’abord c’était une lutte pour la nationalité. On s’est battu depuis la Cns pour cela.
Le dialogue inter congolais a mis fin à cette question. Il semble qu’après la reconnaissance de la nationalité, certaines communautés n’acceptaient pas leurs voisins banyamulemnge. La Conférence de Goma avait pour but d’amener les communautés du Kivu à s’accepter.
En plus de la mauvaise cohabitation, Nkundabatware avait évoqué le problème des Fdlr qui insécuriseraient les populations du Kivu. Dans son rôle de justicier, Nkundabatware avait décidé de combattre les Fdlr. On ne sait pas très bien comment combattre les Fdlr implique également la lutte contre le gouvernement du pays.
On ne sait pas non plus quel pays laisserait un groupe se donner des prérogatives qui relèvent normalement des pouvoirs publics ? La solution au problème des Fdlr est en cours. Toute la communauté internationale s’y est impliquée. Un cadre appelé " protocole de Naïrobi " a été mis en place.
Il est prévu que les chefs d’Etat membres de ce cadre de travail, dont le Rwandais Kagame se réunit à Kinshasa en décembre prochain. Qui peut comprendre que c’est en ce moment que Nkundabatware abandonne son ancien cahier de charges pour exiger des négociations directes avec le gouvernement ? En quoi ces négociations directes avec le gouvernement vont-elles résoudre la question des Fdlr, mieux que le protocole de Naïrobi ?
Après la nationalité, les privilèges
Aujourd’hui, ce que le Cndp exige, ce sont des privilèges. Ce qui est contraire à la Constitution du pays qui établit l’égalité de tous les Congolais qui ont également droit à la même protection. Le Cndp exige en effet un statut particulier pour les rwandophones en tant que minorité. C’est un pas vers l’autonomie. Nkundabatware veut jouer à la ruse.
C’est ce mouvement qui a ouvert les hostilités au début du mois de septembre. Il estime que violer le programme Amani, c’est son droit. Quand lui, le viole, on ne peut que lui demander de revenir sur ses positions antérieures. Pour contourner l’opinion internationale et nationale, il parle aujourd’hui du gouvernement qui aurait violé le programme Amani.
Et pourtant, c’est le même gouvernement dont le chef de l’Etat a prolongé le programme Amani pour une année. Quel membre du gouvernement aurait violé le programme Amani au point de donner prétexte au Cndp ? C’est vraiment s’amuser avec la vie des centaines de milliers de Congolais maintenant en déplacement forcé, fuyant les combats.
La raison des négociations directes
Qui peut croire à ces propos de Bertrand Bisimwa, porte-parole du mouvement de Laurent Nkundabatware selon lesquels ; " Amani était un programme du gouvernement, qui a été violé par le gouvernement lui-même. Le Cndp demande aujourd’hui des négociations directes avec le gouvernement ". Il n’y a aucun contenu à cette demande.
Le porte-parole du Cndp s’est contenté de dire que : " Nous demandons aujourd’hui des négociations directes avec le gouvernement pour que nous puissions ramener la paix chez nous". Avant même d’obtenir ces négociations, le Cndp exige le même statut que le gouvernement.
Ne pas le faire, ce serait de l’orgueil de la par du gouvernement. Et pour le Cndp : " Je pense que cet orgueil ne peut pas payer au stade actuel. Le peuple de l’Est du pays a besoin de la paix. Nous nous tenons sur nos lignes et nous attendons le moment où il pourra finalement être décidé que ces négociations se tiennent.
En attendant, nous demandons à la facilitation de pouvoir faire son travail afin de rapprocher les points de vue. Si les provocations cessent, nous sommes prêts à rester sur nos positions. Nous n’avons pas besoin de conquérir les entités. Si nous en avions besoin, il y a longtemps que nous serions à Kinshasa. Mais, nous disons encore qu’il faut donner la chance à la paix. "
C’est clair que la population du Kivu est otage des ambitions du Cndp. Lorsque nous parlons du Cndp pour simple commodité de langage, nous voyons Kigali et tous ceux qui se trouvent derrière le régime antidémocratique du Rwanda. Si le gouvernement congolais a quelque chose à faire, c’est de faire la guerre au Cndp, c’est-à-dire à tout ce qui se cache derrière le Cndp. Il n’a pas le choix.
Le Cndp estime que s’il voulait conquérir des territoires, il y a longtemps qu’il serait à Kinshasa. Alors qu’on lui donne l’occasion de le faire. S’il faut perdre la guerre, cela vaudrait mieux que de se plier aux exigences perfides d’une puissance qui n’a pas le courage d’opérer à visage découvert.