Hier lundi 21 juillet, la Belgique a célébré sa fête nationale. Comme il est de tradition, l’ambassadeur de Belgique en République démocratique du Congo et Mme Johann Swinnen ont organisé une grande réception en leur résidence à laquelle ont été conviées autant de personnalités nationales, diplomatiques et autres venues de différents horizons. La réception a été agrémentée par la Fanfare Ste Cécile de Kinshasa qui, soit dit en passant, avait décroché le premier prix au Festival International pour la Jeunesse à Neerpelt, la ville natale de l’ambassadeur Swinnen.
Des difficultés politiques en Belgique
L’Ambassadeur belge a prononcé une allocution au cours de laquelle il a parlé non seulement de la crise qui secoue son pays, la Belgique mais aussi des relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo qui, pour le moment, tournent au ralenti. Il a daigné rappeler un passage du message à la Nation du Roi Albert II : « Notre pays traverse, vous le savez bien, de sérieuses difficultés politiques, mais j’aimerais rappeler que les difficultés et les crises sont aussi des occasions de rebondir et de se ressaisir.
« La division dans les esprits n’est pas une fatalité. C’est l’union et la tolérance dans le respect de l’identité de chaque entité fédérée qui représentent la seule voie possible dans notre société démocratique. Nous devons inventer de nouvelles formes de vivre ensemble dans notre pays ». Le diplomate belge a affirmé que c’est un grand défi que celui de se doter des structures et de règles de fonctionnement qui permettent à la société plurielle de Belgique, composée de Communautés et de Régions de canaliser, par la voie démocratique et pacifique, les aspirations d’épanouissement respectives, sans compromettre une cause tout aussi noble et exaltante, celle de la promotion de la cohérence, de l’unité et du sens patriotique des Belges.
Des actions de partenariat dans plusieurs domaines
Le diplomate belge a parlé de la coopération entre la Belgique et la Rdc qui est active dans plusieurs domaines : « …les domaines dans lesquels nous opérons ensemble, en complémentarité harmonieuse avec les autres partenaires de la République et avec l’Union européenne, ces domaines sont nombreux : santé publique, agriculture et développement rural, transports et infrastructures, éducation et enseignement, promotion de la gouvernance et de l’Etat de droit ainsi que la consolidation de la démocratie, la pacification et l’accompagnement dans la réforme du secteur de la sécurité. « Toutes ces actions trouvent leur inspiration dans nos intérêts réciproques bien compris. Elles s’intègrent par ailleurs dans le Programme du Gouvernement congolais, plus particulièrement dans le Programme d’Actions Prioritaires, qui se greffe lui-même sur les Cinq chantiers lancés par le Président de la République Joseph Kabila Kabange dans son discours aussi inspiré que mobilisateur du 6 décembre 2006. »
Implicitement, le diplomate belge a reconnu le droit à la République démocratique du Congo de se choisir librement et en toute souveraineté ses partenaires : « La concertation permanente entre les autorités congolaises et tous les bailleurs de fonds – j’insiste tous les partenaires contribuera sans aucun doute à lever toute suspicion de concurrence, de rivalité, de double emploi ou encore d’ingérence et à écarter certaines interprétations incongrues. Nous avons tous grand besoin de cette intégrité intellectuelle et morale, qui doit nous rassurer quant à l’opportunité et quant aux modalités de l’implication de la de la Communauté internationale ».
Des relations belgo-congolaises pas très sereines
L’orateur en est arrivé au chapitre des relations belgo-congolaises sous le prisme des derniers incidents qui les ont marqués. Il a dit que des choses ont été dites sans exprimer clairement qu’il s’agissait des petites phrases du ministre des Affaires étrangères belge Karel de Gucht que les autorités congolaises n’ont pas appréciées. Il a reconnu aussi que des mesures ont été prises sans dire clairement qu’il s’agissait de la fermeture du consulat de la Rdc à Anvers et celle des consulats belges de Lubumbashi et de Bukavu. « Elles nous ont déconcerté », a-t-il dit tout en exprimant son optimisme quant à l’avenir des relations entre la Belgique et le Congo. D’une part, il dit qu’il est « stupide de banaliser ces incidents » et d’autre part, il refuse de dramatiser ce qu’on appelle la crise de ces relations. « Mais, nous devons avoir le courage des deux côtés et pourquoi pas ensemble de décrisper l’atmosphère, de réfléchir à tête reposée, de tirer les bonnes conclusions des erreurs qui ont été commises et de nous orienter, et même de nous réorienter, vers l’avenir ». Et le représentant du Roi des Belges au Congo de poser une série d’interrogations. « Pouvons-nous nous permettre aujourd’hui d’ignorer les acquis aussi nombreux que solides de notre partenariat de proximité, de notre convivialité, de notre confiance dans ce que nous pouvons encore signifier les uns pour les autres ? Faut-il à ce stade décourager et décevoir les forces vives, positives et amicales qui traversent avec moult énergies le ciel et le fleuve ? Est-il sage d’ignorer ce que signifie le bi-moteur belgo-congolais dans la puissante dynamique de la solidarité entre Congolais et les autres partenaires, qu’ils soient voisins , africains, européens, asiatiques, onuséens ? Convient-il d’hypothéquer ici et là l’important potentiel et les nombreuses opportunités qui s’ouvrent à nous tous ?
En un mot, devons-nous vraiment jeter le bébé avec l’eau du bain ? » Toutes ces interrogations fait de M. Swinnen un avocat de la normalisation des rapports harmonieux entre les deux pays. Le diplomate belge dira encore que les Congolais aiment bien appeler les Belges les « noko », leurs oncles. Il reconnaît que Belges et Congolais ont tissé des liens qui, par bien des aspects, sont quasi familiaux. Mais quant à lui, par respect, les Congolais et les Belges sont plutôt des « cousins ». En lieu et place des relations de descendance, M. Swinnen considère que les relations entre Congolais et Belges sont collatérales.
Un témoin vivant de la complicité belgo-congolaise
L’ambassadeur belge a terminé son discours sur une note de fait divers à connotation sportive : « Ce soir encore, nous avons un témoin vivant de cette complicité qui nous réunit. Je salue la présence parmi nous d’un jeune Belge, Jeroen Markelbach, qui vient de réussir l’exploit du trajet solitaire en vélo depuis Matonge/Bruxelles jusqu’à Matonge/Kinshasa, ce qui représente 14.000 km parcourus en 9 mois. Cette performance sportive est mise au service de Memisa au Congo, et a déjà rapporté près de 20.000 euros… »