La création d'index internationaux confirme l'intérêt des investisseurs et des analystes pour les places boursières africaines. La concurrence s'accroit entre les leaders mondiaux de la profession.
Mieux que de beaux discours ou de jolis rapports sur les performances économiques, un bon indicateur se révèle toujours plus précis pour évaluer ces dernières. Partant de ce principe, les places boursières ont élaboré des outils permettant aux analystes et aux investisseurs de suivre 1'activité à travers leurs valeurs phares. Parmi les indices les plus connus figurent le CAC 40 de Paris, qui suit les 40 premières capitalisations de la place; le « Footsie », ou FTSE 100, de Londres; le Dow Jones de New York; et le Nikkei de Tokyo.
Si Ton ajoute a ces vedettes les index composites, sectoriels, régionaux ou encore mondiaux... élabores par des cabinets d'analyse financière ou des medias, ce sont plus de 40000 indices qui sont utilises dans le monde. Décortiques par les analystes financiers et les banques qui paient très cher pour avoir accès aux données les plus fines, ces outils sur mesure leur permettent d'optimiser les placements et les rendements.
« Le nombre d'indices est proportionnel aux idées et aux stratégies d'investissement», explique Christopher O'Brien, vice-président de Global Business Développent, du département Index Services de Standard & Poor's. Le S&P 500, que produit sa société sur la Bourse de New York, fait partie des plus suivis par les professionnels. Mais il ne dit pas, et ses confrères le taisent également, que les indices constituent une valeur marchande pour des sociétés comme la sienne. Elles se font rémunérer pour la fourniture de leurs services, généralement par abonnement. Standard & Poors, dont 1'activité se partage entre la notation d'entreprises et les indices boursiers, emploie 8 000 personnes et affiche un chiffre d'affaires de 2,75 milliards de dollars.
Dans ce domaine, comme dans ceux du capital investissement et, plus généralement, de la finance internationale, 1'Afrique récupère son retard. Mieux, elle se met aux normes. Depuis leur origine, ses places boursières ont établi leurs propres index. Masi a Casablanca, Tunindex a Tunis, BRVM Composite a Abidjan ou encore All-Share a Lagos en sont autant d'exemples. S'y ajoutent désormais une série d'indices mis au point par des intervenants prives, dont la liste s'allonge rapidement. Pionnier en la matière sur le continent et 1'un des leaders mondiaux, Standard & Poor's a acquis en 2000 le premier indice panafricain, qui avait été lance en 1975 par la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale).
OUTILS D'ANALYSE STRATEGIQUES
Depuis, 1'agence de notation a développé S&P Africa Frontier et S&P Pan Africa, qui englobent les principales places boursieres, soit onze pays a ce jour (Afrique du Sud, Botswana, Cote d'lvoire, Egypte, Ghana, Kenya, Maurice, Maroc, Namibie, Nigeria et Tunisie). En raison des distorsions qu'il provoque, le Zimbabwe en a été exclu, le 9 septembre. Standard & Poor's propose également le S&P Africa 40, compose des 40 plus grosses sociétés opérant exclusivement en Afrique, soit une capitalisation avoisinant les 206 milliards de dollars (MTN, Impala Platinum Holdings, Sasol, BMCE Bank, Orascom Construction, Attijariwa-fa Bank, Maroc Telecom...). « II s'agit pour nous d'un service stratégique car il y a de plus en plus de capitaux à investir dans le monde, et ces capitaux cherchent continuellement de nouveaux axes d'investissement», commente Christopher O'Brien.
Autre acteur, Africa Investor - spécialisé dans la communication et la documentation économiques - a développé en 2005 deux indices panafricains: AI40 et AI100. Comme leur appellation le laisse supposer, Os regroupent respectivement les 40 et les 100 plus grosses capitalisations africaines. Fin 2007, FAI100 présentait une capitalisation de 640 milliards de dollars, Africa Investor organise son sommet annuel, le 15 septembre a New York, en association avec la Bourse de New York (NYSE) et Euro-next.
Au cours de cette rencontre, des awards (récompenses) seront remis aux principaux acteurs de la finance africaine. Parmi eux, le fonds d'investissement d'origine russe Renaissance Capital. Lui aussi très présent en Afrique - il est notamment actionnaire d'Ecobank -, il a crée, en octobre dernier, son indice RC SSA 50, qui englobe 50 valeurs, soit plus de 60 % de 1'ensemble de la capitalisation subsaharienne.
Elles sont reparties sur onze des quatorze places boursières (Cote d'Ivoire, Maurice, Botswana, Kenya, Nigeria, Ouganda, Ghana, Namibie, Zambie, Malawi et Zimbabwe). Dans un souci de cohérence, ces entreprises doivent en effet être à la cote de marchés boursiers comptant entre 2 et 20 litres. Dernier acteur significatif, la Société générale a crée en 2007 le SGI Pan Africa (Afrique du Sud, Maghreb, et zone subsaharienne) et compose de 30 valeurs.
FOOTSIE VEUT SE LANCER
« Cet engouement traduit 1'intérêt grandissant pour les places financières africaines, qui offrent une diversification des portefeuilles et de bons rendements par rapport aux turbulences des places occidentales. Mais pour faciliter la tache des operateurs, il leur faut les outils pour orienter en temps réel des opportunités de placement», rappelle Remain Geiss, du think-tank CapAfrique. Ces outils sont-ils pour autant totalement fiables ? De ce point de vue, S&P semble avoir une longueur d'avance. « Nos clients sont habilites à utiliser nos données pour créer des produits dérivés destinés aux investisseurs et faire du trading », explique Christopher O'Brien.
S&P va devoir néanmoins compter avec la montée en puissance d'un redoutable adversaire. Le Footsie de Londres, émis par le groupe Financial Times, FTSE (Financial Times Stock Exchange), est déjà partenaire de la Bourse de Johannesburg. II travaille au lancement de son indice panafricain, qui viserait dans un premier temps sept ou huit pays.
En Afrique du Sud, FTSE prévoit de développer des indices sectoriels. « Si Footsie vient, cela permettra d'attirer encore plus de capitaux. Les fonds les plus importants, aux Etats-Unis principalement, disposent de gros volumes, mais ils connaissent mal 1'Afrique. Ils ont donc besoin d'un indice fiable et font davantage confiance a une grande signature », avance Gabriel Fal, PDG de CGF Bourse, société d'intermédiation boursière basée a Dakar.
« Ce qui dynamise les marches boursiers, ce n'est pas uniquement 1'observation et les outils d'analyse, c'est 1'activité. Or, en Afrique, il y a encore peu de liquidités et peu de transactions », relativise Remain Geiss. Il n'empêche, les Bourses africaines ont bel et bien la possibilité de renforcer leur attractivité en misant sur 1'ingénierie financière, venue de Londres, New York ou bien encore Paris.
Certes, la folie de la titrisation sur les crédits immobiliers américains a montre les excès d'une trop grande complexité, doublée d'une avidité non maitrisée. Mais, pour l’heure, il s'agit avant tout de placer le continent au cœur de la « planète finance » et non plus en périphérie.