C'est « l'heure de vérité pour l'Union africaine », lance le quotidien algérien El Watan ce matin. Les chefs d'Etats africains sont réunis en Egypte depuis hier. L'eau et l'assainissement devaient être les sujets phares de ce sommet. Sujets éclipsés par la situation au Zimbabwe et la réélection, pour le moins contestée, du président Mugabe. Alors quelle réaction de l'UA ? Pour El Watan, l'Union africaine « doit se positionner, même s'il faut se libérer de toute forme de pression exercée sur elle par des membres influents du Conseil de sécurité de l'ONU, qui, rappelle le journal algérien, s'est avéré incapable de prendre une quelconque décision. »
Sommet de la honte
Le quotidien burkinabè l'Observateur est beaucoup plus sévère envers l'UA ce matin. Pour lui, ce n'est plus le sommet de Charm el-Cheikh mais bien le sommet de la honte, celui de « Shame (honte) El-Cheikh », tempête le quotidien. « Sauf à être complètement schizophrène [...] on ne sait pas ce qu'il faut faire avec (Robert Mugabe), ce représentant d'une espèce en voie de disparition dans la faune politique africaine.»
D'ailleurs le quotidien burkinabè Le Pays pointe du doigt l'embarras, pour ne pas dire la frilosité des leaders africains sur la question zimbabwéenne. Selon lui, « les rares personnes qui acceptent de répondre le font avec une grande prudence ». « Va-t-on occulter le cas zimbabwéen, s'interroge Le Pays [...] ou bien, pour une fois, les chefs d'Etat vont-ils se départir de leur réserve habituelle ?» Réponse probablement après le débat à huis clos des leaders du continent.
Néanmoins, l'Observateur passe en revue les divers scénarii possibles : sanctions internationales, intervention militaire, sans trop se faire d'illusion sur l'attitude qu'adopteront les leaders du continent. « On ne peut pas attendre grand-chose de ces touristes de luxe, déclare l'Observateur. (Mugabe), ce gangster politique a été accueilli par ses pairs. Et fidèle à la tradition, le syndicat des chefs d'Etat n'abandonne jamais l'un de ses affiliés », fulmine le journal avant d'accuser les présidents africains d'être tous « des Mugabe en puissance.»
L'Observateur avertit tout de même, au cas où ce serait le scénario kenyan qui prévaudrait avec un Mugabe toujours président et son opposant Tsvangirai en costume de Premier ministre. Le quotidien met en garde sur le risque de « rejouer à Harare le vaudeville de Nairobi. Il faut voir à ne pas recopier les fâcheux précédents. Sinon, conclut l'Observateur, [...] on verra tous les satrapes que compte le continent noir détourner le suffrage universel, et s'en aller ensuite bomber le torse à un sommet de l'Union africaine.»
Gouvernement de transition
L'avenir du Zimbabwe, Dumiso Dabengw a son idée sur la question. C'est un ancien dirigeant de la Zanu-PF, le parti de Mugabe, dont il a quitté le bureau politique en mars. Dans une interview accordée au quotidien communiste français l'Humanité, Dumiso Dabengwsa estime que « rien ne changera au sein de la Zanu-PF tant que Mugabe sera en place.» Pour lui, la sortie de crise passe par « un gouvernement d'union nationale mais de transition, c'est-à-dire qui ne resterait en place que deux ans maximum.» Ce gouvernement serait chargé d'élaborer une nouvelle constitution, une nouvelle loi électorale pour organiser de vraies élections libres.
Alors pour cet ancien ministre de l'Intérieur, « les chefs d'Etat africains doivent déclarer que cette élection n'est pas démocratique, ils ne peuvent pas reconnaître Mugabe comme président élu et doivent lui dire de retourner au pays pour négocier ce gouvernement de transition». Pas certain que les leaders du continent aient entendu cette analyse. Jusqu'à preuve du contraire, Mugabe est toujours l'invité du sommet de l'UA.
Désillusion congolaise
Enfin éditorial très désabusé à lire ce matin dans le Potentiel, en République démocratique du Congo. Le pays a fêté ses 48 ans d'indépendance hier. Et le journal revient sur la désillusion depuis le départ du colonisateur belge. Lors de l'indépendance, « il fallait dresser les fronts longtemps courbés, s'exclame le journal, [...] il fallait se mettre debout, refuser la domination belge.» Mais 48 ans plus tard, le Potentiel constate amèrement que « les Congolais gardent leurs fronts courbés [...] La terre promise devient, au passage de chaque régime, une gageure. Tant les promesses des dirigeants se transforment, au fil du temps, en mirages vers lesquels rampe le peuple congolais.»