Près de 13 milliards de nairas de bénéfices en 2006 et 50 % de plus attendus pour 2007, des partenaires renommés sur la place financière mondiale, cinq millions de clients et 500 agences rien qu'au Nigeria, un réseau international, des bons points distribues par les agences de notation qui font référence...
Les performances d’United Bank for Africa (UBA) sont à la mesure du pays le plus peuple d'Afrique, le Nigeria, ou elle est née en 1961, au lendemain de 1'indépendance. Devenu depuis la plus grande banque d'Afrique de 1'Ouest, avec un total de bilan de 1000 milliards de nairas (7,9 milliards de dollars), ce géant cote au Nigeria Stock Exchange (NSE) est a même de faire douter les afro-pessimistes et de réjouir plus encore les afro-optimistes quant a 1'évolution du secteur bancaire sur le continent.
Tout est parti d'une reforme bancaire initiée au cours du second mandat d'Olusegun Obasanjo. En juillet 2004, sous 1'impulsion du gouverneur de la Banque centrale, Charles Soludo (qui, témoignage de reconnaissance, est reste en poste après l'élection, en avril dernier, d'Umaru Yar'Adua à la tête du Nigeria), les autorités décident d'employer la manière forte pour consolider un secteur frileux, éparpillé et peu efficace. Le capital minimal d'une banque souhaitant opérer sur le territoire est fixe à 25 milliards de nairas (190 millions de dollars), centre 2 milliards auparavant. Les banques ont jusqu'au 31 décembre 2005 pour se plier à la nouvelle législation. Résultat: les plus faibles disparaissent ou sont absorbées, les plus solides fusionnent et, a la date butoir, le nombre d'établissements est passe de 89 a 21.
UBA a suivi le mouvement. En juillet 2005, elle fusionne avec 1'une de ses concurrentes, Standard Trust Bank, cinquième banque de détail au Nigeria et, en décembre de la même année, elle rachète Continental Trust Bank (CTB), qui occupe la niche des services financiers aux entreprises, notamment dans le domaine de l’énergie. A l'époque, le PDG d'UBA, Tony Elumelu, clame haut et fort son ambition: créer une « mégabanque », leader dans le développement des moyens de paiement alternatifs et de l'infrastructure financière nationale. Dans un pays ou l'essentiel de l'économie relève de 1'informel, le développement d'une banque comme UBA joue un rôle fondamental: permettre d'intégrer les flux financiers dans des circuits contrôlés.
UBA change alors de dimension. D'une banque disposant d'un réseau de quelque 250 agences, elle devient une institution omniprésente sur le territoire nigérian, avec plus de 500 bureaux. Sa stratégie: créer de nouveaux produits, particulièrement en matière de paiement par carte bancaire, d'accroissement du nombre de distributeurs automatiques, de transfert de fonds pour l'importante diaspora nigériane et de prêts a la consommation. Des partenariats sont noues avec des compagnies aériennes - Virgin Nigeria, China Southern Airlines, North American Airlines notamment -pour faciliter le paiement des billets d'avion. Une collaboration avec l’operateur de téléphonie mobile sud-africain MTN, présent au Nigeria, permet aux abonnes de recharger plus facilement leur carte GSM.
Le but est d'être le plus près possible du client. En mars 2006, UBA lance « U Reach », un système qui doit permettre d'éviter les interminables files d'attente dans les agences, scène de la vie quotidienne sur le continent. Le principe est simple: le client ne doit avoir à se déplacer dans une agence que pour déposer ou retirer de 1'argent. Toute autre transaction ou opération, ainsi que la demande d'informations, doivent pouvoir se faire a distance, grâce au téléphone et a Internet essentiellement. Voila de quoi faire taire ceux qui, pendant la reforme de la consolidation, redoutaient de voir les banques devenir de grandes machines éloignées du consommateur et de ses besoins.
Toujours dans le même souci de proximité, au cours de 1'année 2006, les activités de la banque sont réorganisées en quatre pôles régionaux: banques du Nord et du Sud (dont les sièges sont respectivement a Kaduna et Port Harcourt), d'Abuja et de Lagos. « Notre objectif est de rendre les services bancaires accessibles a chaque Nigérian, quels que soient le niveau de ses revenus et son lieu d'habitation », déclare alors le PDG Tony Elumelu. UBA vise aussi le secteur des PME. Un système de prêt à taux compétitif -17 % - est mis en place pour les entrepreneurs. Des facilites de crédit sont également prévues pour les PME nigérianes qui opèrent sur les marches d'exportation. Un positionnement qui a manifestement plu a la Société financière internationale (SFI). Le 20 mars 2007, cette filiale de la Banque mondiale chargée des opérations dans le secteur prive accorde a UBA un prêt convertible de 50 millions de dollars, ainsi qu'une garantie de 25 millions dans le cadre d'un partenariat destine notamment a soutenir le cofinancement des industries et des infrastructures.
Les résultats d'UBA ne se font pas attendre. De 26,1 milliards de nairas en 2005, son chiffre d'affaires a grimpe a 90,47 milliards en 2006, soit une progression de 247 % ! Les Tony Elumelu, dépôts, eux, ont quasiment été président - multiplies par quatre, passant de 205 milliards directeur de nairas a 776 milliards. Fin 2006, la banque générale d'UBA affiche des bénéfices de 12,8 milliards de nairas. L'année 2007 s'annonce encore meilleure: le chiffre d'affaires réalise entre septembre 2006 et juin 2007 s'élève à 75 milliards de nairas et, sur la même période, les profits atteignent déjà 17,1 milliards, soit une croissance de 100 % par rapport a septembre 2005! Ce qui explique le niveau pour le moins élevé des prévisions 2007: 20,6 milliards de nairas de bénéfices sont attendus à la fin de 1'année. Forte de sa bonne sante financière, la banque a pu soigner ses actionnaires, leur proposant en 2006 un dividende d'un naira par action, plus un bonus d'une action gratuite par groupe de cinq actions déjà détenues.
De quoi convaincre également les plus grands acteurs mondiaux de la finance d'entrer dans la danse. En avril dernier, aidée par les banques d'investissement américaine et russe JP Morgan et Renaissance Capital (lire encadre), UBA est parvenue à lever 300 millions de dollars auprès d'investisseurs institutionnels internationaux, soit trois fois 1'objectif de départ. Au même moment, les agences de notation saluent les performances d'UBA. En avril dernier, 1'américaine Global Crédit Rating (GCR), qui dispose d'une division dédiée au continent, lui attribue un A1+ pour le crédit à court terme - la meilleure note - et un AA+ pour le crédit a long terme. Le censeur évalue également à 15 % la part d'UBA sur le marché des services financiers. Quelques jours plus tôt, 1'agence anglo-américaine Fitch avait donné le la, attribuant également un A+ a l'établissement pour le crédit a long terme.
Comme son nom 1'indique, les ambitions d'UBA sont continentales. l'établissement, présent a New York depuis 1964 et aux iles Caïmans depuis 1998, n'entend pas se contenter de sa filiale ghanéenne, UBA Ghana Limited, qui, depuis sa création il y a trois ans, a porte a huit le nombre de ses agences. Pour le PDG, Tony Elumelu, 1'objectif est de « devenir le numéro un des services financiers en Afrique ».