A la pelle, la Cour Criminelle de N’djamena a prononcé la condamnation à mort pour Habré et onze chefs de l’opposition armée. Dans l’ombre, Deby fait diversion. Règlement des comptes.
C’est un véritable coup de baguette judiciaire. Par enchantement, la Cour criminelle de N’djamena vient de sceller dans un chapeau de complaisance le sort de l’ancien chef de l’Etat Hissein Habré et onze chef rebelles. Motif : "coupables d'atteinte à l'ordre constitutionnel à l'intégrité et à la sécurité du territoire". La guillotine de Deby règle des comptes sous le sceau d’une mascarade médiatico-judiciaire.
Les ingrédients de la parodie étaient au menu de cette audience fort courue de la Cour Criminelle de N’djamena : Sel, piment. Deby a réussi l’exploit de faire consommer à l’opinion un plat froid de vengeance. C’est le côté salé du verdict agité au bout des ficelles de la justice par des magistrats corrompus, patins du « revanchard ». Hissein Habré conduit dans le couloir de la mort par Deby pour « crimes commis entre 1982- 1990) ». Ironie de l’histoire.
Quel crédit accordé à la justice tchadienne à la solde d’un seul homme, tyran, manipulateur ? Les juges et hauts magistrats de N’djamena vouent une allégeance sans borne au Manitou-Deby. Le verdict prononcé à l’express contre Hissein Habré et les principales têtes de proues de l’opposition armée est l’aboutissement d’un long processus fomenté dans le cénacle présidentiel et transmis sous plis fermé dans les couloirs de la Cour Criminelle. Le coup fumant de la justice tchadienne transpirait déjà à grosses gouttes dans l’agitation du ministre tchadien de la Justice.
Caisse de résonance, le ministre Allingué s’est implicitement fait l’écho sonore de N’djamena sur le sort de l’ancien président tchadien en exil au Sénégal. Sur directives de Deby, le ministre tchadien de la justice avait gracieusement déposé 2 milliards dans les comptes de la justice sénégalaise. En filigrane, les observateurs y percevaient une lapidation judiciaire à peine voilée. La sentence de la Cour Criminelle tchadienne est fatalement le coup de grâce qui se préparait contre Habré et tous les pourfendeurs de l’actuel régime.
Deby fait de la gesticulation, un équilibrisme politico-judiciaire. Qui mérite d’être pendu au bout d’une corde ? S’il y a un dirigeant tchadien sur qui doit tomber les foudres de la justice, c’est bel et bien Idriss Deby Itno. Faites entrer l’accusé !
Enlèvements, séquestrations, tortures et crimes ; les événements de février se liguent contre IDI. Qui a commandité l’enlèvement de Lol Mahamat Choua et Ngarlejy Yorongar ? Plus accablant encore : Qui a ordonné l’infâme assassinat d’Ibni Mahamat Saleh ? Le silence.
Rejeté par le peuple, le stratège de N’djamena vient d’écrire une comédie politico-judiciaire. Les charges sont lourdes, et les tchadiens savent de quel bord se trouve la vérité. Le scalp de Habré, Nouri, Soubiane, Erdimi, et les autres vise à détourner le courroux du peuple, en faisant passer ces « condamnés à mort » pour la boite de Pandore des misères du Tchad.
«Je pense que s'il y a quelqu'un à condamner pour des crimes qu'il a commis c'est bien Idriss Deby notamment à l'époque d'Hissein Habré (président de 1982 à 1990) et lors de son avènement au pouvoir», quand il a renversé de dernier, a déclaré à l'AFP le Président de l’Alliance Nationale, le Général Mahamat Nouri, joint par téléphone depuis Libreville. Le chef de file de l’opposition armée rappelle fort à propos les escadrons de la mort ont fait de nombreuses victimes parmi les populations civiles et la classe politique.
L’exercice de condamnation par contumace menée de mains de Juda par les magistrats tchadiens est un couteau à double tranchant. La justice est un appareil, qui ayant reçu le coup de pouce de quelqu’un, continue à rouler d’elle-même. C’est la saveur pimentée de la parodie orchestrée par Deby : Justicier d’un jour, condamné en puissance.