Du 24 au 25 juillet 2008, les ministres des Affaires féminines des pays de la région des Grands Lacs, se sont retrouvées à l’hôtel Memling de Kinshasa, en vue de créer un centre international de recherche et de documentation sur le genre et la promotion de la femme pour la région des Grands Lacs. Ci-dessus, le texte intégral de la Déclaration finale.
«Nous, ministres en charge des questions du genre de la Région des Grands Lacs, réunis à Kinshasa, les 24 et le 25 juillet 2008, sous les auspices de l’UNESCO;
Tenant compte des résolutions, déclarations, conventions et recommandations de l’Organisation des Nations Unies et des institutions spécialisées ayant pour objet d’éliminer toutes les formes de discrimination et de promouvoir l’égalité de droits des hommes et des femmes, des instruments internationaux tels que la Convention sur l’Élimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Égard des Femmes (CEDEF) et régionaux, tels que la Déclaration de Dar es-Salaam sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs (2004), le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, relatif aux Droits des Femmes en Afrique (2005) et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (entrée en vigueur le 21 octobre 1986), et le Pacte sur la sécurité la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs (2006);
Constatant avec préoccupation que l’adhésion à un certain nombre d’instruments juridiques de la part des pays de la région des Grands Lacs ne s’est pas toujours traduite en l’amélioration tangible dans la vie quotidienne des femmes et ces dernières dans certains pays continuent à être discriminées, notamment au sujet des droits à l’éducation, et du droit à une égale participation politique;
Constatant que malgré une présence féminine accrue dans les organes législatifs, généralement les femmes demeurent sous-représentées dans la plupart des structures du pouvoir et de prise de décision et que les intérêts et les besoins des femmes et des filles ne sont que minimalement pris en compte dans les processus de reconstruction post-conflit ;
Préoccupées par la situation difficile des droits humains dans nos pays, par le recours à la violence sexuelle, ainsi que par les conséquences humanitaires et sociales liées aux crises et aux conflits armés, touchant notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes vivant avec un handicap, les jeunes;
Conscientes du fait que la violence contre les femmes est une violation flagrante et répandue des droits humains et un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité des genres, et du fait que pour ses victimes et pour la société dans laquelle elles vivent les conséquences sont multiples, profondes et dévastatrices. Convaincues que:
- Les droits des femmes sont des droits fondamentaux de la personne;
- Des liens indissolubles existent entre les genres, le développement, et la paix
- Les droits des femmes sont mieux protégés et promus dans les sociétés fondées sur la primauté du droit et dans lesquelles les femmes et les hommes sont informés et éduqués au sujet des droits des femmes et de l’égalité des sexes;
- Il est urgent et nécessaire de formuler, de mettre en œuvre, surveiller et évaluer avec la pleine participation des femmes, des politiques et des programmes efficaces et synergiques, basés sur des données réelles, et qui puissent favoriser le renforcement des capacités d’action des femmes et la promotion et la protection de leurs droits, et ce, au niveau de chacun des pays de la Région des Grands Lacs, ainsi qu’au niveau régional;
- La participation et la contribution de tous les acteurs de la société civile, eh particulier le monde académique, les organisations non gouvernementales, les réseaux et associations opérant dans le domaine des droits des femmes, en coopération avec les gouvernements, revêtent une grande importance pour contribuer, assurer et surveiller l’application des instruments internationaux et régionaux pour la promotion de l’égalité des genres et du respect des droits humains, et doivent réaliser leur action en synergie, dans une coopération à dimension régionale.
Nous engageons, par le biais du Centre International de Recherche et de Documentation sur les Femmes, à
- Faciliter l’établissement, dans la région des Grands Lacs, de conditions qui permettront la sauvegarde, le respect et la promotion des droits des femmes, tels qu’énoncés dans la législation et les instruments internationaux, régionaux et nationaux;
- Soutenir le respect des droits humains de la femme, promouvoir le développement de politiques pour les genres basées sur des données réelles et sur les exigences spécifiques de la région;
- Contribuer au renforcement de capacité humaine et institutionnelle pour la réalisation des études orientées vers la formulation de politiques basées sur des faits tangibles, afin de favoriser la sensibilisation et le plaidoyer à l’égard des droits de la femme.
Décidons - De créer et de soutenir en collaboration avec l’UNESCO un Centre International de recherche et de documentation sur les femmes qui sera basé à Kinshasa et déploiera son action dans les pays de la région des Grands Lacs.
- D’établir, via le Centre, des partenariats avec des institutions de recherche, des réseaux de la région et du continent africain, des réseaux de femmes parlementaires, ministres et universitaires, les ONG de femmes, ainsi qu’avec des agences de l’ONU et des organisations internationales qui promeuvent le respect des droits humains de la femme et l’égalité des genres.
- De contribuer à travers la mise en place du Centre et de ses institutions et centres associés à soutenir la collaboration intellectuelle entre pays, l’harmonisation des politiques sur les droits des femmes et l’égalité entre les genres dans la région des Grands Lacs; à soutenir le développement des capacités humaines et institutionnelles qui promeuvent la mise en œuvre efficace d’instruments légaux et d’engagements politiques en faveur des droits de la femme et l’égalité des genres dans la région des Grands Lacs.
- D’établir un Forum des ministres en charge des questions du genre qui se réunira tous les ans afin :
a) de discuter de l’harmonisation de politiques et de programmes en faveur des droits de la femme et l’égalité des genres dans la région des Grands Lacs;
b) de servir de guide / support politique à l’organe directeur du Centre;
c) d’améliorer et d’élargir la connaissance et la compréhension des développements dans ce domaine (à travers l’invitation de chercheurs/experts et autres) ;
d) de décerner des prix q’excellence pour reconnaître et promouvoir la participation politique des femmes aux instances de prise de décision dans la région des Grands Lacs.
Kinshasa, le 25 juillet 2008