Les ministres de l’Agriculture, du Commerce, de l’Economie et des Finances des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, CEEAC, sont en réunion à Kinshasa. Pendant deux jours, ils explorent les voies et moyens susceptibles de dégager des stratégies communes en vue d’endiguer la crise alimentaire. L’objectif consiste à réduire la dépendance vis-à-vis des importations.
Dans cet élan, ils ont décidé de l’élaboration et de l’adoption d’une « Politique agricole commune », PAC. L’ambition est de réussir effectivement l’intégration régionale des pays de la CEEAC.
Il convient de saluer cette approche dans une région aux immenses possibilités mais dont les populations croupissent dans une misère effroyable. En fait, l’Afrique centrale n’est pas seulement un scandale minier, mais possède une faune et une flore merveilleuses soutenues par un sous-sol fertilisant.
Mais le drame des pays de la CEEAC, c’est qu’ils ne disposent pas d’une vraie politique nationale agricole, gage d’une sécurité alimentaire. La part du budget accordée à l’agriculture est insignifiante, non incitative, contraignant les populations à se contenter d’une agriculture de subsistance et les gouvernements à se tourner vers les importations pour combler le déficit alimentaire. Ce qui affecte gravement les réserves en devises et ralentit la croissance des économies nationales.
La RDC est un exemple patent de cette politique décousue dans la mesure où son endettement extérieur excessif est constitué en grande partie par l’importation des biens de consommation. Et pourtant, la RDC est l’un des rares pays où l’on peut cultiver toute l’année.
Il convient donc de sortir de cette situation de rêve pour maîtriser ces opportunités naturelles qui pourraient faire de l’Afrique centrale le grenier du continent. La « Politique agricole commune » sera un vœu pieux si au niveau national, chaque dirigeant, chaque habitant des pays membres de la CEEAC n’a pas pris conscience que « l’Agriculture est le soubassement » de toute économie nationale. Que l’Europe, les Etats-Unis sont passés par là et ce n’est pas pour rien qu’ils s’érigent en obstacle à ce sommet de Vienne de l’Organisation mondiale du commerce, OMC, qui tente de trouver un compromis sur la taxation et le financement des produits agricoles.
Au fait, réduire les importations est une lutte que les pays d’Afrique engagent contre les pays industrialisés. Où vont-ils déverser tout leur surplus des poulets congelés, des pommes, des bananes qui pourtant pourrissent dans chaque village africain ? Astucieux, les pays industrialisés ont déjà réussi à favoriser une « agriculture d’exportation », le caoutchouc, le cacao… en l’occurrence, pour contraindre les Africains à abandonner la « culture vivrière » afin de consommer le chocolat importé au détriment de la patate douce, des mangues, des ignames pour ne pas atteindre le « point d’achèvement de la sécurité alimentaire ».
En quoi consistera alors cette « Politique agricole commune » ? La réponse à cette interrogation réside en cette recommandation qui devrait être prise ici à Kinshasa pour imposer aux pays de la CEEAC à présenter une « vraie politique nationale agricole », approuvée par les parlements et coulée sous forme de loi pour qu’elle soit opposable à tous les gouvernements. Réagir autrement serait demeurer dans les nuages, dans le monde de rêve pendant que les populations de l’Afrique centrale accusent un déficit alimentaire surprenant.