Les partis de l’opposition burundaise protestent contre un recensement « clandestin », ethnique et politique, des fonctionnaires de ce pays, dénoncé auparavant par la presse locale. Une opération qui risquera d’exhumer le vieux démon des divisions et de nouveaux affrontements au Burundi avec risque de déstabiliser la région des Grands Lacs confrontée actuellement aux sérieux problèmes de développement.
La famille politique de l’opposition burundaise s’est vivement opposée, le mercredi 20 août 2008, à un recensement « clandestin », ethnique et politique, en cours depuis plusieurs jours, des fonctionnaires de ce pays.
Selon les médias étrangers, dont notamment l’AFP et RFI, cette identification qui « s’opérait jusque là en cachette », a été révélée et dénoncée par la presse locale.
En effet, d’après des correspondances rendues publiques mardi soir par les principales radios privées du Burundi, les ministres ont demandé aux principaux cadres du pays de « remplir avec urgence la fiche d’identification des personnels sous vos ordres ».
Ce recensement, précise une source crédible, tient au code national adopté au Burundi en la décennie 90, à l’époque du président Pierre Buyoya. Ce code a mis sur pied une clé de répartition des postes dans l’ordre de 60 % pour l’ethnie Hutu ayant la majorité numérique tandis que les 40 % restants étaient attribués au groupe ethnique tutsi.
Dans le cas d’espèce, l’opposition redoute , selon la source, que ce recensement ne puisse révéler le non respect du prescrit du code susmentionné. Cependant ce qui est inquiétant, relève, un analyste, c’est le fait que le recensement se fait d’une manière clandestine, ouvrant ainsi la voie à plusieurs spéculations.
INSTABILITE DANS LES GRANDS LACS
Or, ce clivage ethnique a toujours été source d’âpres tensions dans ce pays de l’Afrique centrale peuplé des deux principales ethnies Hutu et Tutsi. Encore faudra-t-il souligner que la redistribution des cartes présente un danger permanent d’explosion étant donné qu’actuellement les Hutu sont majoritaires sur le plan politique mais la minorité tutsi tient de main de fer l’armée nationale burundaise.
A noter également qu’ à l’instar des autres pays africains dont les limites territoriales issues de la colonisation n’ont pas tenu compte des appartenances ethniques , le Burundi a des ethnies qui se retrouvent dans certains pays de la région des Grands Lacs,particulièrement au Rwanda et en Ouganda. Ainsi, quelles que soient les raisons cachées de ce recensement ethnique et politique au Burundi, des analystes redoutent que le débordement y relatif ne se transporte dans les pays voisins notamment en République démocratique du Congo où la nationalité des Tutsi congolais a fait, dans un passé proche, l’objet d’un débat houleux.
Tel qu’on peut le constater, exhumer ces vielles querelles d’ethnicité risquera d’avoir un impact politico-militaire négatif au sein des Etats de la région des Grands Lacs.
Or, le temps des conflits armés semble évolué, parce que la confrontation à cette ère de la mondialisation est beaucoup plus économique. Et fort malheureusement, ces Etats des Grands Lacs accusent un retard de développement. Ce qui signifie que ces Etats, devront, à l’heure actuelle, travailler durement et déployer de nombreux efforts pour réussir l’intégration économique régionale et promouvoir le développement socio-économique de leurs Etats.