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Fri, 05 Sep 2008 07:52:00
La flambee des prix du brut et la recherche d'alternatives aux placements americains depuis le 11 Septembre ont favorise les produits financiers « halal».
 » Description
S'il est un créneau prospère dans la finance aujourd'hui, c'est bien celui de la finance islamique. Avec une croissance estimée à prés de 15 % par an, soit cinq fois celle des banques conventionnelles, l'activité progresse de façon impressionnante depuis 2002. Parmi les facteurs qui expliquent le phénomène, il y a le constat d'une nouvelle ferveur religieuse dans le monde musulman, exacerbée par la guerre américaine en Irak.



Afrique : Finance islamique, Le crédit et le Coran


Par KongoTimes!

S'il est un créneau prospère dans la finance aujourd'hui, c'est bien celui de la finance islamique. Avec une croissance estimée à prés de 15 % par an, soit cinq fois celle des banques conventionnelles, l'activité progresse de façon impressionnante depuis 2002.

Parmi les facteurs qui expliquent le phénomène, il y a le constat d'une nouvelle ferveur religieuse dans le monde musulman, exacerbée par la guerre américaine en Irak. Quelques éléments conjoncturels aussi, comme la flambée du brut, qui remplit les caisses des pétromonarchies et la recherche par les investisseurs moyen-orientaux d'alternatives a leurs placements américains depuis les attentats du 11 septembre 2001...

Que recouvre le concept de finance islamique? Tout d'abord un objectif: faire coller la finance aux principes inscrits dans le Coran pour répondre aux besoins de financement de musulmans mal a 1'aise avec le système bancaire conventionnel. Les textes encouragent en effet volontiers le commerce et le profit, mais interdisent strictement la pratique des taux d'intérêt, considérée comme de l’usure (riba). L'argent ne doit pas servir à faire de 1'argent, la richesse doit provenir du travail.

Le système bancaire mondial heurte d'autres principes religieux comme le partage équitable des gains et des pertes ou 1'interdiction de la spéculation sur des éléments d'incertitude (puisque seul Dieu est censé maitriser l’avenir). Sont notamment concernes les contrats d'assurance traditionnels, les jeux de hasard et les paris avec mise. Certaines activités économiques sont également déclarées illicites, la commercialisation d'alcool, entre autres. Investir son argent dans ces secteurs est donc prohibe. L'interdiction peut aller loin et couvrir le secteur de l'hôtellerie (lieu de consommation d'alcool), les casinos ou les medias (ceux qui appartiennent a 1'industrie de l'armement ou proposent des publicités pour des produits illicites). Investir dans des entreprises endettées est également interdit.

Alors comment rester compétitif sans facturer ses financements par de l'intérêt? Ces mécanismes complexes sont élaborés avec 1'aide de spécialistes religieux: ainsi, au lieu de proposer un crédit immobilier classique, une banque islamique achètera elle-même le bien immobilier, puis le revendra a son client par petits bouts, en lui facturant des «loyers »tous les mois avec, au passage, une jolie marge bénéficiaire... Elle est donc copropriétaire. Le cout final de l'opération n'est pas nécessairement inferieur a celui d'un crédit classique, mais le recours a l’intérêt a été contourné, puisque la banque a effectue une opération commerciale, et non un prêt.

Des acteurs de la finance ont flaire le marche et, dans les années 1970, ont développé une niche devenue aujourd'hui très lucrative. C'est au Proche et au Moyen-Orient que Ton trouve la plus forte concentration de ce type de banques. La première à avoir concrètement vu le jour a été Mit Ghamr Savings Bank, en 1963, en Egypte (devenue Nasser Social Bank). En 1975, après la création de la Banque islamique du développement (BID), des banques islamiques commerciales ouvrent, comme Dubaï Islamic Bank, Kuwait Finance House et Bahrain Islamic Bank. Les Philippines s'y convertissent, puis la Malaisie et l'Indonésie. Certains pays vont encore plus loin, en décrétant leur secteur financier entièrement islamique. C'est notamment le cas au Pakistan en 1979, puis au Soudan et en Iran en 1983.

II existerait actuellement plus de 280 institutions islamiques (contre 34 il y a vingt-cinq ans), banques et fonds d'investissement confondus, rapporte 1'agence Moody's, pour un total d'actifs estime a 300 milliards de dollars (500 milliards de dollars selon Standard & Poor's). Bahreïn compte 50 institutions, et fait preuve de la plus grande inventivité en matière de produits et de services, en concurrence accrue avec Dubaï et le Qatar. Autre pôle : la Malaisie, dont la part de finance islamique est passée à plus de 12 %. Dans les pays du Golfe, 20 % à 30 % des dépôts sont « islamiques ». La National Commercial Bank (Arabic Saoudite), première banque arabe du monde, envisagerait de faire passer de 16 % a 80 % la part de ses crédits islamiques.

Leurs financements s'adressent essentiellement aux gros investisseurs et aux institutionnels. Fin 2005, la société portuaire de Dubaï, DP World, a fait une offre pour le rachat de 1'armateur britannique P&O NedLloyds via un montage financier islamique: 3,5 milliards de dollars sous forme de sukuks (obligations conformes à la charia). Les bénéfices ont été adossés à ceux de la Société des ports et zone franche de Dubaï (PCFC), impliquée dans le deal. En 2005, le gouvernement pakistanais a émis un emprunt de 600 millions de dollars pour construire une autoroute, les pieux investisseurs se rémunérant sur l'activité future des péages. Enfin, en 2004, le Land allemand de Saxe-Anhalt à émis des sukuks a hauteur de 100 millions d'euros pour attirer des investisseurs du Moyen-Orient. Pour ce faire, il céda une partie de son pare immobilier a une fondation créée pour 1'occasion, et installée aux Pays-Bas pour des raisons de fiscalité. Celle-ci le commercialisa sous forme de leasing auprès des investisseurs intéresses.

En Europe, ou 1'on compte 14 millions de musulmans (clients potentiels), le marché suscite des convoitises. Le Royaume-Uni a franchi le pas. Depuis bientôt trois ans, le pays possède sa propre banque islamique, l'Islarmic Bank of Britain (IBB). « C'est la première banque 100 % islamique en Europe, se félicite Farrukh Raza, directeur des ventes d'IBB. Nous avons mis deux ans à convaincre les autorités britanniques de la nécessité du projet. Mais aujourd'hui, le gouvernement fait preuve de beaucoup de compréhension a l'égard de la communauté musulmane. » Plus que ca, l'actuel Premier Ministre, Gordon Brown, a déclaré en juin 2006, alors qu'il était encore aux Finances: « Nous avons 1'ambition de faire du Royaume-Uni le centre mondial de la finance islamique. »

Avec un capital de 20,6 millions d'euros environ, IBB propose déjà des comptes courants, des comptes d'épargne, des cartes de débit, des prêts immobiliers et a la consommation, ainsi que des services de téléphonie et de banque par Internet. IBB compte un réseau d'une dizaine d'agences, et envisage de lancer des opérations dans d'autres pays européens d'ici a deux ans. « Le plan commercial prévoit des pertes pour les trois premières années d'exploitation. Les actionnaires ne touchent donc pas de bénéfices, mais les dépositaires en percevront a partir de la quatrième année de notre activité », reconnait Farrukh Raza. Au nom du principe de partage des pertes et des profits, 1'argent place sur un compte d'épargne ou d'investissement islamique peut, en effet, générer des pertes pour le client si les résultats de l'établissement sont mauvais. « Nous avons pris beaucoup de précautions pour que cela n'arrive pas, mais pour avoir Faval des autorités islamiques, nous devions maintenir un élément de risque de pertes dans les comptes », confie Farrukh Raza.

S'il n'existe pas d'autre banque islamique en tant que telle en Europe, les banques occidentales ont, pour la plupart, développé des fenêtres ou des filiales spécialisées. En 1996, Citibank a été la première à ouvrir sa filiale a Bahreïn, suivie, en 1998, de HSBC, qui a implante Amanah Finance a Dubaï. Le groupe UBS a crée sa filiale Noriba Bank a Bahreïn en 2002 et en juin 2003, la française BNP Paribas a lance une unité de banque islamique a Bahreïn, et vend ses produits aux institutions financières islamiques. D'autres banques conventionnelles consacrent un département a ce créneau: Standard Chartered, Goldman Sachs, Dresdner Bank, ABN Amro, Barclays, Société Générale, Deutsche Bank et, plus récemment, Calyon. L'essentiel étant de trouver les bons experts religieux pour valider les produits.

« En Grande-Bretagne, explique Farrukh Raza, les banques ont seulement ouvert des fenêtres: leurs produits sont pour la plupart limites aux prêts immobiliers, et elles ne font pas de retail. Si certaines ont commence à proposer des comptes courants, aucune n'offre de produits d'épargne ou ne finance le commerce. » En France, la création d'une banque islamique n'est pas pour demain. « C'est un problème de réglementation », explique le consultant Zoubeir Ben Terdeyet, de Isla-Invest, entité franchise spécialisée dans le conseil en investissement islamique. Entre autres obstacles: 1'impossibilité pour les banques d'exercer une activité marchande (achat immobilier et mise en location), la double taxation puisqu'un prêt immobilier islamique consiste en une double opération (achat par la banque, rachat par le client), crédit-bail réserve aux professionnels, etc. « Les fonds islamiques d'investissement commencent cependant à être très actifs dans l’immobilier en France, car c'est simple à mettre en place aujourd'hui», poursuit Zoubeir Ben Terdeyet.

Gulf Finance House aurait ainsi investi près de 400 millions d'euros en passant par Centuria, filiale de Dexia et conseiller des banques du Golfe en France sur ce créneau. La filiale de la Société Générale, Fimat International Banque, vient de lancer trois fonds de 20 millions de dollars. « Notre ambition est de créer un indice boursier pour les valeurs halal (licites) tirées d'Euronext », continue Zoubeir Ben Terdeyet. Pour guider l’investisseur musulman, il existe déjà le Socially Aware Muslim Index (SAMI), lance en novembre 1998, qui classe 500 sociétés aux activités conformes a la charia, mais aussi le Dow Jones Islamic Market, lance en 1999, qui regroupe 600 entreprises, majoritairement américaines, ainsi que des indices en Malaisie et en Indonésie. Mais rien en zone euro.

Le business est donc florissant. Pour Ibrahim Warde, professeur a la Fletcher School of Law & Diplomacy du Massachusetts, « l’attrait actuel pour la finance islamique s'explique aussi par les excès de la finance globale » et la recherche de financements plus éthiques. Mais les critiques ne manquent pas. Certains pointent du doigt la mauvaise gestion, au vu des échecs et faillites des années 1970-1980 au Pakistan et en Egypte. « Les banques islamiques ont appris a leurs dépens que le partage des risques ne pouvait fonctionner dans des pays ou les entreprises tiennent des comptes falsifies », explique le professeur d'économie Timur Kuran. Par la suite, pour s'adapter aux normes internationales, certains savants ont accepte « d'actualiser » quelques principes et pratiques islamiques. Les instruments qui rencontrent aujourd'hui le plus grand succès sont parfois ceux qui, dans les années 1970, étaient considérés comme illicites. C'est le cas des produits d'assurance, spéculation par excellence sur la volonté de Dieu. On les appelle des « takaful », et ils totalisaient plus de 2 milliards de dollars en 2005, avec une croissance de 30 % par an, concentres essentiellement dans le Moyen-Orient et en Malaisie. Sans parler de la réassurance, appelée « re-takaful». Même les compagnies d'assurances occidentales, comme AIG, Allianz et Aviva, présentes dans ces pays, s'y sont mises. Aujourd'hui, il est également permis d'investir dans des valeurs endettées, dans la limite de 33 % de la capitalisation boursière.

La finance islamique est devenue un lieu d'innovation, avec une gamme de produits de plus en plus vaste. Nés il y a dix ans, les sukuks, obligations version islamique, commercialises auprès d'investisseurs internationaux, connaissent un succès fulgurant depuis deux ans. Pour diversifier leurs risques, les banques islamiques recourent au marché des capitaux d'une façon plus élaborée. Au lieu de s'adosser uniquement à leurs comptes de dépôts ou au marché immobilier, elles se tournent vers des fonds spéculatifs islamiques.

Outre la faible capitalisation des institutions, la finance islamique va devoir répondre à plusieurs défis. Un problème de ressources humaines d'abord: sa légitimité repose fortement sur le rôle des religieux, qui émettent lesfatwas nécessaires à tout nouveau produit - au Royaume-Uni, IBB consulte trois cheikhs reconnus. Or il est difficile de trouver des spécialistes à la fois en théologie et en finance, et qui soient aussi polyglottes. II existe une douzaine d'anglophones, souvent surbookés, mais aucun francophone.

Ensuite, les positions différent d'un pays a 1'autre, d'un conseil des sages a 1'autre: il y a nécessité de standardiser les avis des divers comites de charia. Seule la Malaisie dispose d'un bureau national unique de la charia, supervise par l'autorité de tutelle et non par des banques. Enfin, les mesures de contrôle doivent être renforcées, notamment la transparence. II y a très peu d'études statistiques ou de répertoires, ne serait-ce que pour comparer les marges appliquées par les banques islamiques et les taux d'intérêt. Il n'y a souvent même pas d'organismes de régulation de ces marges, contrairement a l'environnement réglementé des taux d'intérêt classiques. Seuls le Koweït et Bahreïn ont émis une réglementation pour le secteur, le second disposant d'un Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI).

L'Afrique, nouveau marche ?

II n'existe pas de banque 100 % islamique au Maghreb. Mais la pression monte. En février, la Tunisie a autorise la création de la première banque islamique pour le développement du commerce interarabe. Malgré ses réticences, en mars, la Banque centrale marocaine a finalement autorise les banques classiques à commercialiser, a partir de juillet, trois types de produits islamiques (mousharaka, mourabaha etijara).

Ils sont toutefois appelés « alternatifs », et l’autorisation d'ouvrir une banque islamique n'est pas a l'ordre du jour. Sur le reste du continent aussi les choses bougent. Le Kenya, qui espère bien attirer les liquidités du Golfe, vient d'ouvrir sa première banque islamique en avril 2007, Gulf African Bank, qui appartient a un consortium: BankMuscat International (55 %), lstithmar (appartenant au gouvernement de Dubai', 30 %), International Finance Corporate (10 %) et PTA Bank (5 %).

L'Afrique de l'Est pourrait en accueillir une deuxième, Abu Dhabi Islamic Bank ayant annonce, en avril, son intention de créer Great Lakes Islamic Bank à Kampala, qui couvrira toute la région. Enfin, les reformes engagées depuis trois ans par le Nigeria dans le secteur bancaire ont aussi permis des opportunites de banque islamique.

African Alliance Insurance, depuis 2003 le principal fournisseur de takaful, ou produits d'assurances islamiques, est en train de fusionner avec African Alliance Realty, Fire Equity et General Insurance. Cette année, le pays devrait également voir naître sa première banque islamique, avec le lancement de BankJaiz International par un nouveau holding.

Un autre établissement devrait proposer des produits islamiques au Nigeria: PlatinumHabib Bank (PHB), née de la fusion de deux institutions, américaine et pakistanaise. Enfin, en Afrique du Sud, Absa Bank a lance Absa Islamic Banking en mars dernier.


 
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