Nucléaire iranien : 13 années de crise et de négociations

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image Kerry AND zarif

Téhéran et les grandes puissances ont mis un terme à un très long feuilleton politico-diplomatique, en signant un accord historique sur le programme nucléaire iranien. L'accord prévoit un maintien pendant cinq ans de l'embargo des Nations unies sur le commerce d'armes avec l'Iran et sur les missiles pendant huit ans. L'Iran autorise par ailleurs une enquête sur son programme nucléaire passé.

13 années de crise et de négociations

2002 - 2005 : L'Occident découvre le programme nucléaire iranien

2002 : Le monde entier découvre, le 14 août, que l’Iran possède deux sites nucléaires à Natanz et à Arak à la suite des révélations du dissident iranien Alireza Jafarzadeh. L’administration Bush accuse alors Téhéran de mettre au point "des armes de destruction massive".

2003 : En août, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France (UE3) proposent à l'Iran des négociations sur le nucléaire. Au terme d’une visite inédite des chefs des trois diplomaties européennes, un accord est conclu en octobre. Téhéran signe le Traité de non-prolifération (TNP) qui permet notamment des inspections inopinées de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

2004 : Directeur de l’AIEA, Mohamed el-Baradeï estime, en juin, que la coopération iranienne avec ses agents sur place a été "moins que satisfaisante" et jette un doute sur les conclusions précédentes de ses agents. Ceux-ci avaient affirmé ne pas détenir de preuves de l'existence d’un programme de développement d’une bombe atomique par l’Iran.

Le 14 novembre, sous la pression de l'UE3, le responsable iranien des négociations sur le nucléaire annonce une suspension temporaire et volontaire de son programme d'enrichissement d'uranium.

2005 - 2011 : L’Iran durcit le ton, les sanctions pleuvent

2005 : L’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui s’inscrit dans une logique de confrontation avec l’Occident, remporte l'élection présidentielle en août. Téhéran annonce son intention de reprendre l'enrichissement d'uranium.

2006 : Le 10 janvier, l’Iran lève des scellés placés par l'AIEA sur plusieurs centres de recherche nucléaire. L'AIEA transmet début février le dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU. En avril, Mahmoud Ahmadinejad annonce que "l'Iran a rejoint les pays nucléaires". Fin juillet, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1696 qui "rend obligatoire la suspension des activités sensibles" de la République islamique.

Fin décembre, le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution 1737, qui interdit de vendre à l'Iran tout matériel dans le domaine nucléaire et balistique.

2007 : Le 24 mars, le Conseil de sécurité alourdit les sanctions. En réaction, Téhéran limite sa coopération avec l'AIEA. Le 7 novembre, la République islamique affirme avoir franchi le cap des 3 000 centrifugeuses, étape cruciale qui permet théoriquement d'obtenir suffisamment d'uranium hautement enrichi pour produire une bombe atomique en moins d'un an.

2008 : Le Conseil de sécurité vote début mars une résolution prévoyant un nouveau train de sanctions contre l’Iran et l'inspection de toutes "les cargaisons en provenance et à destination de ce pays".

D’après l’AIEA, les recherches secrètes sur les différents aspects de la conception d'une arme nucléaire se seraient poursuivies "après 2003" en Iran.

2009 : Barack Obama, nouvellement élu à la présidence des États-Unis, décide de tendre la main à l’Iran, en privilégiant la carte diplomatique. Alors que le P 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie, plus l’Allemagne) propose le 8 avril de reprendre les discussions, l'Iran inaugure le lendemain à Ispahan sa première usine de combustible nucléaire. Les Occidentaux révèlent le 25 septembre l'existence d'un site secret d'enrichissement à Fordo (centre du pays).

Le 1er octobre, les six grandes puissances et l’Iran reprennent les négociations à Genève après 14 mois d'interruption. Elles débouchent sur un accord de principe pour enrichir à l'étranger (à 20 %) l'uranium iranien à des fins civiles. Mais le 7 novembre, un responsable du Parlement iranien annonce le refus de Téhéran d’envoyer son uranium enrichi à l’étranger.

2010 : Le 9 juin, le Conseil de sécurité inflige de nouvelles sanctions économiques et diplomatiques à l'Iran, pour la quatrième fois depuis 2006. En juillet, des sanctions sont également votées par les États-Unis et l'Union européenne (UE). En décembre, le régime iranien annonce sa première production d'uranium enrichi jusqu'à 20 %, se rapprochant encore du seuil militaire. Entre 2009 et 2010, un puissant virus informatique nommé Stuxnet, que Téhéran attribue "à la CIA et au Mossad" parvient à ralentir le programme iranien.

2011 - 2013 : De l'embargo à l'élection de Rohani

2011 : L’Occident prend des mesures contre les intérêts iraniens : embargo pétrolier, gel d'avoirs de certaines sociétés ou organisations iraniennes, suppressions de visas.

Craignant pour sa sécurité, Israël évoque la possibilité de mener des frappes préventives pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. L'AIEA publie de son côté, le 8 novembre 2011, un rapport sur une "possible dimension militaire" du programme iranien.

2012 : L'UE décide, en janvier, de geler des avoirs de la banque centrale iranienne et met en place un embargo pétrolier applicable au 1er juillet.

Après quinze mois d'interruption, les pourparlers entre l’Iran et les 5+1 reprennent. Mais aucune avancée notable n’est enregistrée. De son côté, l'Iran a doublé ses capacités d'enrichissement d'uranium sur son site de Fordo, selon un rapport de l'AIEA.

Le 27 septembre, devant l'ONU, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, demande l'établissement d'une "ligne rouge claire" à l'Iran, tout en illustrant son propos avec une pancarte représentant schématiquement une bombe.

2013 : Barack Obama annonce en mars que l’Iran disposera de l’arme nucléaire, "dans un peu plus d’un an". Washington renforce les sanctions en prenant des mesures contre la monnaie iranienne.

En juin, un vent d’espoir souffle à nouveau en faveur de la solution diplomatique, après l'élection surprise du candidat modéré Hassan Rohani à la présidentielle. Ce dernier se dit prêt à des "négociations sérieuses".

Le 26 septembre à New York, le secrétaire d’État, John Kerry, rencontre pour la première fois depuis 1979 et la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, un président iranien. Un appel téléphonique historique est passé le lendemain entre Barack Obama et Hassan Rohani.

Réunis à Genève, les négociateurs de l'Iran et ceux du 5+1 s'entendent fin novembre sur un accord intérimaire (six mois) qui gèle les activités les plus sensibles du programme iranien en échange de la levée partielle de certaines sanctions.

2014 -2015 : De la dernière ligne droite à l’accord historique

2014 : Les négociations pour un accord définitif devant garantir la finalité exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien débutent le 18 février. Les discussions techniques vont se multiplier tout au long de l’année avant que les 5+1 et Téhéran, constatant leur échec en novembre, conviennent toutefois de poursuivre les pourparlers jusqu'au 30 juin 2015, en prolongeant une nouvelle fois l'accord de Genève. Entre-temps, l'Iran avait annoncé, en août, modifier son futur réacteur d'Arak pour limiter la production de plutonium.

2015 : Le 2 avril à Lausanne, l'Iran et les puissances internationales enregistrent un succès diplomatique, obtenu au terme d'un marathon de huit jours, en signant un accord-cadre historique visant à encadrer les activités nucléaires de l'Iran pendant dix ans au moins. Les négociateurs iraniens, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif en tête, sont accueillis en héros à Téhéran.

La prochaine échéance, alors fixée au 30 juin 2015, devait permettre la conclusion d'un accord définitif mettant fin à une crise en cours depuis treize ans, en réglant les questions les plus difficiles.

Entrées dans une phase aussi cruciales qu’intenses, les discussions entamées à Vienne le 27 juin débouchent, deux semaines plus tard, le 14 juillet, sur la conclusion d’un accord définitif et historique. Selon le texte, la République islamique s'engage à limiter ses activités nucléaires en contrepartie d'une levée progressive des sanctions économiques visant Téhéran.

Kerry - zarif : duo atipique 

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif ont joué un rôle décisif dans la conclusion de l'accord historique entre Téhéran et les grandes puissances.

Ils n’ont pas grand-chose en commun, mais ils ont marqué ensemble l’histoire de leurs empreintes. La signature de l’accord historique entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne (qui constituent le groupe 5+1) et l’Iran sur son programme nucléaire, n’aurait pu se faire sans le chef de la diplomatie américaine John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.

Sans faire injure aux autres protagonistes des pourparlers, le ministre de la République islamique et l'ex-candidat démocrate à la présidentielle de 2004 ont joué un rôle décisif qui a contribué à ce succès diplomatique majeur.

"John" et "Javad"

Cette relation est née aux yeux du grand public à l'ONU en septembre 2013, où leur poignée de main historique a signé le début d’un dégel entre l’Iran et les États-Unis, deux pays ennemis depuis la prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979. Au fil de plus de 21 mois de négociations acharnées pour solder douze ans de crise internationale, ils ont appris à se connaître au fil d'une cinquantaine de réunions et ne s'appellent plus que par leurs petits noms, "John" et "Javad".

Jovial, n'hésitant pas à plaisanter avec les journalistes, Mohammad Javad Zarif présente un profil particulier pour un haut dirigeant de la République islamique. Il a en effet étudié sur le sol américain et y a travaillé de nombreuses années comme diplomate aux Nations unies, y devenant ambassadeur entre 2002 et 2007. "Il a la capacité de vendre des politiques qui sont fondamentalement problématiques du point de vue américain d'une manière qui les rend totalement convaincantes et attrayantes", souligne l'analyste Suzanne Maloney de la Brookins Institution, cité par l’AFP.

Pour autant, "c'est une erreur de croire qu'il est plus américain qu'iranien", ajoute-elle. Malgré un doctorat en droit international passé aux États-Unis, Mohammad Javad Zarif "est un pur produit de la République islamique, et ce n'est pas un hasard s'il a réussi à acquérir une position de très haut niveau à un moment aussi crucial", rappelle Suzanne Maloney, qualifiant de "brillant" le chef de la diplomatie iranienne.

Ces années passées chez le "grand Satan", ont valu à Zarif d'être attaqué par les ultraconservateurs et d'être mis à l'écart par l'ex-président Mahmoud Ahmadinejad en 2007. Il doit son retour en grâce à la faveur de l'élection du président modéré Hassan Rohani en 2013, mais sa "diplomatie du sourire" reste contestée par les faucons de son pays, qui l'accusent d'avoir accordé trop de concessions à l'Occident et lui reprochent même de s'être affiché dans les rues de Genève avec son homologue américain.

Deux croyants au service de la diplomatie

De son côté, John Kerry, 71 ans, est sans doute le diplomate qui a eu le plus de contacts avec les Iraniens à l'exception de la sous-secrétaire d'État Wendy Sherman. Dès 2012, il a fait partie des diplomates qui ont négocié dans le plus grand secret avec l'Iran, à Oman, la possibilité d'ouvrir des négociations sur le nucléaire. Les deux hommes partagent un point commun : ils sont profondément croyants. Kerry le catholique et Zarif le chiite ont ainsi tous les deux ponctué les négociations viennoises par des visites à l'église et à la mosquée.

Après l’annonce de l’accord, John Kerry n'a d'ailleurs pas manqué d'exprimer mardi son "respect" pour celui qui a été son interlocuteur durant de si longs mois, qu'il a qualifié de "négociateur opiniâtre, compétent, patriote (et) cherchant toujours des solutions aux problèmes". Et d’ajouter : "Même si les discussions ont parfois été enflammées - et il sera d'accord avec moi -, nous avons ri à la fin de chaque réunion", a-t-il confié à la presse.

Mais si l’entente et la courtoisie règnent entre ces deux personnages, leur relation est restée essentiellement professionnelle, sans donner naissance à une amitié plus profonde. Fins diplomates et rusés, ils n’ignorent pas que la méfiance reste de mise entre leur pays respectifs. Nul ne peut effacer 35 ans d’animosité d’un trait de plume.

D'ailleurs, Washington et Téhéran ont encore une longue liste de désaccords sur une série de questions clés, dont le soutien de Téhéran au régime syrien, et à des groupes qualifiés par les États-Unis de terroristes et accusés de semer le trouble au Moyen-Orient.

Accord historique

Après plus de deux semaines d'intenses discussions à Vienne, Téhéran et les grandes puissances ont signé un accord historique, mardi, sur le programme du nucléaire iranien. Ce qui a, en revanche, provoqué la colère de Benjamin Netanyahou.

• Mardi 14 juillet, l'Iran et le P5+1 (États-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine) ont scellé un accord historique sur le nucléaire iranien. Il rend quasi impossible la construction d'une bombe atomique par Téhéran et ouvre la voie à une normalisation de ses relations avec la communauté internationale.

• Le président iranien Hassan Rohani a considéré que l’accord nucléaire était "un point de départ" pour rétablir la confiance entre Téhéran et les grandes puissances. "Si cet accord est mis en place de manière juste, on pourra briser étape par étape le mur de la méfiance entre nous", a-t-il déclaré.

• "Aujourd’hui est un jour historique et un honneur de pouvoir annoncer que nous sommes parvenus à un accord", a déclaré Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères avant d’assurer que Téhéran "n’ira jamais vers la création d’un nucléaire militaire".

• Barack Obama a salué un pas vers un monde "plus ouvert à l'espoir". Le président américain a annoncé qu’il opposerait un veto au Congrès si celui-ci tentait de saborder l’accord.

• À Paris, le président François Hollande s'est réjoui d'un accord "très important" qui démontre que "le monde avance", appelant Téhéran à en profiter pour "aider" la coalition internationale sur le dossier syrien. La chancelière allemande, Angela Merkel, a salué un "succès important de la diplomatie internationale", et a appelé à une "application rapide" de l'accord.

• L'UE, l'ONU, l'Otan, Téhéran ou encore Londres ont salué un accord "historique", tandis que Moscou poussait "un soupir de soulagement". En Syrie, le président Bachar al-Assad, allié de Téhéran, a adressé une lettre au guide suprême iranien, Ali Khamenei, pour le féliciter d'une "grande victoire".

• L’Arabie saoudite et Israël ont, en revanche, élevé leur voix contre cet accord que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a qualifié "d'erreur historique". Ce dernier a précisé qu'"Israël n'est pas lié à cet accord avec l'Iran car l'Iran continue à vouloir notre destruction. Nous saurons toujours nous défendre".

• Le texte d’une centaine de pages prévoit le maintien, pendant cinq ans, de l'embargo des Nations unies sur les importations d'armes par Téhéran. L'embargo qui vise le transfert de technologies pour les missiles balistiques ne pourra être levé pendant huit ans. Il prévoit également une restauration des sanctions économiques visant la République islamique dans un délai de 65 jours si elle ne se conforme pas aux termes de l'accord.

• En contrepartie, les sanctions économiques pesant sur la banque centrale iranienne, la société pétrolière iranienne, les lignes de transport maritime, la compagnie aérienne Iran air et d’autres institutions, seront levées à partir du début de l’année 2016.

L'accord n'engage pas Israel

Le Premier ministre israélien a rejeté l’accord conclu, mardi, à Vienne sur le programme nucléaire de Téhéran. "L'Iran continue à vouloir notre destruction. Nous saurons toujours nous défendre", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a prévenu, mardi 14 juillet, que son pays n'était pas lié à l'accord historique conclu sur le nucléaire iranien à Vienne. "L'Iran continue à vouloir notre destruction. Nous saurons toujours nous défendre", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse avant de rejoindre une réunion du cabinet de sécurité israélien. Nous nous sommes engagés à empêcher l'Iran de se doter des armes nucléaires et cet engagement est toujours d'actualité."

Quelques heures plus tôt, le chef du gouvernement israélien avait estimé que l'accord de Vienne était une erreur historique et qu'Israël ferait tout en son pouvoir pour empêcher qu'il ne soit ratifié.

"C’est un accord basé sur la confiance à un régime auquel on ne peut pas faire confiance, a de son côté déploré le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, sur l’antenne de France 24. Nous craignons que dans une dizaine d’années, lorsque l’accord viendra à son terme, nous nous retrouverons face un Iran beaucoup plus puissant, beaucoup plus riche, mais avec les mêmes ambitions nucléaires." Et d’ajouter : "Nous souhaitions que l’Iran renonce clairement à son programme nucléaire militaire, malheureusement ce n’est pas le cas. Le seul garant de la sécurité d’Israël, c’est le gouvernement israélien et nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que la sécurité de nos concitoyens ne soit pas atteinte par cet accord."

"La voie vers les bombes nucléaires"

Pour les experts, l'État hébreu devra toutefois apprendre à vivre avec l'arrangement entériné par les grandes puissances. Notamment, souligne Yossi Mekelberg, chercheur à Chatham House, parce que l'accord va être avalisé par le Conseil de sécurité de l'ONU. Si Israël décide de passer outre, alors "ce ne sera plus qu'une agression contre l'Iran, ce sera aussi une violation d'une résolution de l'ONU".

Ces dernières semaines, alors que la date butoir se rapprochait, à chacun de ses discours ou presque, Benjamin Netanyahou a inlassablement critiqué les termes d'un accord encore en négociation, l'accusant d'ouvrir à l'Iran "la voie vers les bombes nucléaires".

En mars, il était allé jusqu'à défier - et à s'attirer les foudres - de Barack Obama en faisant un discours devant le Congrès à Washington pour dénoncer l'accord en gestation. Mardi, le président américain a annoncé qu'il allait appeler le chef du gouvernement israélien.

Obama : une "nouvelle direction " avec l’Iran

De fait, pour Barack Obama, l'accord de Vienne permet d’aller dans une "nouvelle direction " avec l’Iran. Le président américain a annoncé qu’il opposerait un veto au Congrès si celui-ci tentait de saborder l’accord.

"Aujourd’hui est un jour historique et un honneur de pouvoir annoncer que nous sommes parvenus à un accord", a pour sa part déclaré Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères.

Le président iranien, Hassan Rohani, a considéré que l’accord nucléaire était "un point de départ" pour rétablir la confiance entre Téhéran et les grandes puissances. "Si cet accord est mis en place de manière juste, on pourra briser étape par étape le mur de la méfiance entre nous", a-t-il déclaré. Et de conclure : "L'Iran ne cherchera jamais à avoir l'arme nucléaire".

Maintien pendant cinq ans de l’embargo sur les armes

L’accord que l'Iran et le P5+1 (États-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine) ont scellé prévoit le maintien, pendant cinq ans, de l'embargo des Nations unies sur les importations d'armes par Téhéran. Les restrictions qui visent le transfert de technologies pour les missiles balistiques ne pourront, quant à elles, être levées pendant huit ans.

En contrepartie, les sanctions économiques pesant sur la banque centrale iranienne, la société pétrolière iranienne, les lignes de transport maritime, la compagnie aérienne Iran air et d’autres institutions, seront levées à partir du début de l’année 2016.

Le texte prévoit toutefois une restauration des sanctions économiques visant la République islamique dans un délai de 65 jours si elle ne se conforme pas aux termes de l'accord.

Les israniens celebrent

Les Iraniens sont descendus dans les rues de Téhéran, mardi soir, pour célébrer l'accord historique sur le nucléaire iranien qui prévoit la levée des sanctions économiques. L'espoir d'une vie meilleure pour toute une population.

Concert de klaxons, V de la victoire, danses improvisées. Mardi, les Iraniens sont descendus dans les rues de Téhéran pour célébrer l’accord historique sur le nucléaire, synonyme pour eux d’optimisme et d’espoir. D'abord, de petites célébrations après la conférence de presse finale des négociations de Vienne, retransmise en direct à la télévision d’État comme - chose impensable la veille encore  -  le discours du président américain Barack Obama. Puis les festivités ont gagné en intensité dans la soirée. Peu après la rupture du jeûne du ramadan, des centaines de personnes ont commencé à se rassembler sur la plus longue avenue de Téhéran, Valiye Asr.

"Ici, il y a de la joie et beaucoup d’optimisme. Car pour les Iraniens, cet accord est synonyme d’une vie meilleure, de la fin de sanctions, de la fin de l’inflation car les prix ont flambé depuis quelques années. Le prix du pain a triplé en moins d’un an", rappelle Mariam Pirzadeh, correspondante de France 24 à Téhéran.

Rêves d’une vie moins chère

L'Iran et les grandes puissances sont parvenus à finaliser, mardi, un accord sur le nucléaire iranien, un dossier qui empoisonne les relations internationales depuis douze ans. Cet accord rend quasi impossible la construction d'une bombe atomique par Téhéran pendant plusieurs années, en échange d'une levée progressive et réversible à partir du premier semestre 2016 des sanctions internationales qui étouffent l'économie iranienne.

"Chacun se met à rêver d’une vie plus facile et moins chère. Un jeune homme me confiait qu’il allait enfin pouvoir s’acheter une voiture étrangère et qu’avec la fin des sanctions, il pourrait enfin trouver les pièces détachées en cas d’accident", poursuit Mariam Pirzadeh.

L'Iran, pays de plus de 77 millions d'habitants, a subi de plein fouet l’effet des sanctions, notamment ces trois dernières années, depuis que Téhéran n’a plus accès au système bancaire international. Alors, quand leur président Hassan Rohani a salué "la fin des actes de tyrannie contre notre pays et le début de la coopération avec le monde", ils ont laissé éclater leur joie.

L’Iran "n’a pas été humilié"

Même si les conservateurs, qui contrôlent l’appareil sécuritaire, sont loin de partager cet enthousiasme, la police a indiqué qu’elle n’empêcherait pas les Iraniens de faire la fête tant que les lois et la morale religieuse sont respectées.

L’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, qui s’était livré ce week-end à une violente charge contre les États-Unis. Après avoir soutenu du bout des lèvres les négociations, il ne s’est toujours pas exprimé sur l’accord. En revanche, les dirigeants réformistes, marginalisés depuis la répression de la "révolution verte" de 2009, ont fait part de leur satisfaction.

"L’important, à mes yeux, c’est que l’Iran ait réussi à s’entendre avec le reste du monde, et qu’il n’ait pas été humilié", a déclaré à Reuters Abbas Abdi, qui avait été de ceux qui, en 1979, avaient attaqué l’ambassade des États-Unis à Téhéran, prenant 52 diplomates en otages pendant 444 jours, mais qui a depuis rejoint le camp réformateur.

Chez certains, la prudence reste cependant de mise tant que les sanctions n’ont pas été levées et, surtout, disent-ils, que cela ne se traduit pas de manière réellement positive sur la vie des Iraniens. "On dirait qu’on a gagné la Coupe du monde mais ce n’est pas ce que je ressens", a expliqué Nassim, un graphiste qui peine à joindre les deux bouts. "Les rues de Téhéran sont pleines de voitures hors de prix. C’est ça l’effet des sanctions. Ceux qui avaient de l’argent se sont enrichis et les pauvres sont restés pauvres et le resteront."

[avec AFP, Reuters]


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