Les négociations russo-américains sur les armes chimiques en Syrie: Un remake de la guerre du Biafra entre les Français et les Anglais

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image Sergueï Lavrov et John Kerry

L’on se rappellera toujours de ce vieil adage : « lorsque les éléphants se battent, ce sont les herbes qui en pâtissent ».

En dehors des autres conflits régionaux qui perturbent la quiétude planétaire, celui de la Syrie est plus en vue grâce à une manipulation politico-médiatique sans précédent. Il y a de cela quelques jours presque tous les médias « mainstreams » étaient en alerte générale avec un seul credo « la responsabilité incontestable » du régime de Damas relative au massacre  de la population civile par le gaz sarin. Cet alibi dissimulait un bémol pour justifier  des frappes chirurgicales qui devraient s’abattre sur Damas pour punir Bachar Al Assad  en violant en toute impunité le droit international, selon bien entendu, les propos des « pousse au crime » Barack  H. OBAMA, François Hollande, David Cameron et leurs valets qataris et saoudiens. Du fait que le traitement de l’information ne revêtisse pas un caractère neutre, plusieurs analystes politiques,  stratèges militaires et experts de la région de l’Asie centrale ont émis des observations diverses sur ce conflit sanglant. 

Par ailleurs, la particularité de ce conflit –apparemment – syro-syrien cache ses vrais protagonistes. Contrairement  à ce que l’on imagine et présente souvent dans les médias audiovisuels occidentaux, Bachar Al Assad est peint comme le dernier tyran de l’histoire politique contemporaine en activité. Il y a donc urgence de son éviction de gré ou de force. Jusque-là, on ne démontre pas les visées économiques, encore moins géostratégiques et ethniques. Sur ce, les puissances occidentales  ne vont pas lésiner sur les moyens. Ils vont fournir  à l’opposition syrienne une logistique militaire sophistiquée avec des experts militaires européens et américains pour la formation des hommes et l’utilisation des matériels de guerre. Des bases arrière vont pousser dans le désert –  Jordanie, Arabie Saoudite- comme des champignons pour coordonner les opérations au sol. En réalité, malgré les efforts consentis et les stratégies concoctés l’objectif fixé à court terme s’est soldé par un fiasco dans la mesure où les forces gouvernementales syriennes n’ont subi aucune déconfiture, sans compter les prisonniers de guerre dans les deux camps.    A chaque échec, un nouveau plan. Comme l’échec amène toujours un goût amer, les « maîtres-systèmes » ont changé de stratégie pour réussir leur plan belliciste – le gazage de la population par le régime de Damas résultant d’une manipulation-  contre Bachar Al Assad. Cependant, ils ont sous-estimé la sagesse et le savoir-faire   politique des dirigeants  syriens. 

En décidant d’engager la guerre contre la Syrie sans l’aval de l’ONU, Barack OBAMA  comptait réitérer le plan de son prédécesseur Georges W. Bush en Irak en 2003 ; et la France à peine de rétablir son économie en crise et la sécurité dans ses quartiers populaires, cherche à se faire le justicier dans le monde  dans une perspective de la reconquête de son symbole de puissance écornée.

De toute évidence le conflit syrien connaît deux protagonistes majeurs qui se cachaient derrière les déclarations des bonnes intentions. Il y a d’un côté les Etats-Unis d’Amérique qui incarnent la ligne dure, celle de la guerre dans une optique économique et géostratégique;  de l’autre côté la Russie de Poutine qui revient en force sur la scène internationale en résistant aux adeptes du monde unipolaire. 

Se basant sur l’aspect économique de ce conflit, les Américains et leurs alliés ne veulent pas perdre leur suprématie planétaire. Celle-ci est toujours basée sur le contrôle de la réserve mondiale des matières premières qui servent à leur technique industrielle (électronique, aérospatiale, ferroviaire, maritime, etc…). La Syrie est donc victime de son gaz  dont elle détient en elle seule presque la quasi-totalité de la réserve mondiale dans son espace maritime. Il ne faut surtout pas oublier que dans quelques décennies le pétrole sera remplacé par le gaz. Donc le pays de l’Oncle Sam s’entiche à ce qu’on dit : « Qui veut vivre le futur, doit forger le présent ». En ce sens il ne faut pas entendre longtemps pour perdre ce sésame. Il y a, à cet effet, la  nécessité d’anticiper pour que la société Nabucco trouve aussi sa part. La Russie quant à elle, digère mal que  les Américains viennent empiéter dans son pré carré exploité par l’entreprise Gazprom. Il n’est donc pas question  d’abandonner son fidèle allié de Damas. Suite à ce statu quo sur le terrain, l’opinion internationale ne peut que voir les vrais visages des protagonistes du drame syrien découverts à travers les pourparlers de Genève auxquels les esprits avertis louent l’initiative russe.   

Etant donné que les mêmes causes produisent les mêmes effets, la victimisation du peuple exsangue syrien nécessite un regard sur le radar de notre passé récent afin de remonter la machine du temps jusqu’aux années soixante-dix pour réaliser ce qui s’est passé au Nigeria. La fameuse « guerre du BIAFRA », un conflit décrit par les historiens comme ethnique avec des visées et reflexes séparatistes du peuple Igbo souhaitant s’affranchir de la tutelle fédérale du Nigeria. Mais dans son livre  « La haine de l’Occident », Jean Ziegler dépeint clairement les dessous de ce conflit meurtrier ayant emporté plus d’un million d’âmes. Selon lui, il s’agit d’un conflit économique qui opposait deux grandes puissances occidentales à travers leurs firmes  pétrolières, respectivement la société pétrolière française ELF/TOTAL et le SHELL / le British Petroleum (BP). Au regard de statu quo entre les belligérants pendant trois ans, les deux Etats s’étaient conviés autour d’une table pour enterrer la hache de guerre  via leurs antennes relais, c’est-à-dire la diplomatie parallèle après tant de dégâts collatéraux. 

C’est dans la même optique que le feuilleton syrien s’est offert à Genève devant les caméras du monde entier pour trouver une issue négociée à la souffrance du peuple syrien. 

In fine, les deux conflits (syrien et nigérian) conservent en théorie le même style, ils s’inscrivent sans fausse modestie dans une vision des faits politique, économique, ethnique et religieuse. Les grandes puissances mondiales ne veulent pas admettre la fin de leur cycle. Dans leur quête de la toute-puissance, ils oublient délibérément qu’à un moment de l’histoire le rapport des forces peut basculer dans un camp comme dans l’autre. Si hier, ils avaient dupé le monde entier sur l’Irak, l’Afghanistan, la RD Congo, la Somalie, la Côte d’Ivoire et la Libye, aujourd’hui la Syrie est devenue un os en travers leur gorge. Le peuple arabe qui tue ses frères et sœurs au nom de « Allah Akhbar », entend-on  « Dieu est grand » doit impérativement se remettre en question à travers une prise de conscience patriotique qui sonnera comme une décolonisation mentale vis-à-vis de la culture jugée dominante. La justification et les conséquences des actes que posent les Occidentaux aujourd’hui aux nations qui ne demandent que la paix dans leur système gouvernemental doivent constituer une sérieuse analyse dans leurs universités et gouvernements respectifs pour l’avènement d’un monde meilleur basé sur le respect des textes de droit international. C’est cela la vraie démocratie ! 

Jean-Lucien NGUENI 


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