OBAMA décide de consulter le Congrès : HOLLANDE isolé internationalement sur la crise syrienne

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image François HOLLANDE et Barack OBAMA

En première ligne dans la perspective d'une action militaire contre la Syrie aux côtés des Américains, le président français voit s’intensifier la pression de l'opposition qui réclame désormais un vote inédit au Parlement. Alors que le Congrès doit se prononcer à partir du 9 septembre sur une action militaire limitée en Syrie, Barack Obama, le vice-président Joe Biden et le secrétaire d’État John Kerry entament une campagne de lobbying auprès des élus.

Alors qu’une action militaire internationale semblait imminente contre le régime syrien, tenu pour responsable de l'attaque chimique meurtrière du 21 août, le président américain Barack Obama a finalement annoncé samedi qu'il consulterait le Congrès. Une volte-face qui place dans l’embarras François Hollande, devenu son principal allié après le forfait britannique et le refus de l’Allemagne d’y participer.

C'est dans ce contexte que des personnalités de droite et du centre, qui ont exprimé leur hostilité à toute décision hâtive d'intervenir militairement au côté de Washington contre le régime de Bachar Al-Assad, sans feu vert de l’ONU, l’appellent désormais à organiser un vote au Parlement. Mais contrairement à David Cameron, qui a décidé de se plier à un vote qui n'était que consultatif, le président français, en tant que chef des Armées, a le pouvoir d'intervenir en Syrie sans solliciter le consentement des parlementaires

"Un vote formel"

Ainsi, après avoir dans un premier temps approuvé la démarche du chef de l’État dans le dossier syrien – la qualifiant mercredi de "juste sur la forme comme sur le fond", le président de l'UMP Jean-François Copé a fait marche arrière. Il a en effet nettement pris ses distances avec François Hollande, ce dimanche, en affirmant que "le syndrome irakien est présent dans tous les esprits", dans un entretien à "Sud Ouest". La veille, il avait demandé d'"attendre les conclusions des inspecteurs de l'ONU" avant de passer à l'action militaire.

De son côté, le centriste Jean-Louis Borloo (UDI) a demandé samedi soir un "vote formel" des parlementaires français, immédiatement après la déclaration de Barack Obama annonçant son intention de solliciter l’avis du Congrès américain. Un vote également réclamé par François Bayrou (MoDem), André Chassaigne, au nom des députés du Front de gauche, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) et Christian Jacob, patron des députés UMP, pour qui le gouvernement devrait même aller jusqu’à engager sa responsabilité dans un vote de confiance.

Toutefois, l'exécutif français semble peu enclin à organiser un tel vote, comme ce fût le cas en Grande-Bretagne, où le Premier ministre David Cameron s’est heurté au veto des parlementaires. En outre, selon un sondage BVA, 64% des Français sont hostiles à une intervention armée contre Damas. Conformément à la Constitution française, le président de la République est le chef des Armées, et en tant que tel, ce dernier a le pouvoir d'intervenir en Syrie sans solliciter le consentement des parlementaires. Pour l'heure, une session extraordinaire du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) consacrée au dossier syrien doit se tenir mercredi 4 septembre. Seul un débat, sans vote, est prévu.

Matignon convoque les principaux responsables politiques

Élisabeth Guigou, présidente (PS) de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a expliqué dimanche sur I-télé, que le chef de l'État a "la responsabilité de décider" et peut se passer de l'accord du Parlement pour engager les forces armées à l'étranger. "Il le peut absolument, c'est la lettre et l'esprit de la Constitution", a souligné l'ancienne garde des Sceaux.

Par ailleurs, les services de Jean-Marc Ayrault ont annoncé, dimanche, que le Premier ministre recevra lundi à Matignon les principaux responsables parlementaires pour les informer de la situation en Syrie avant le débat au Parlement prévu mercredi.

Seront reçus, en présence des ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères) et Jean-Yves Le Drian (Défense), les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, Jean-Pierre Bel et Claude Bartolone, ainsi que les présidents des commissions de la Défense et des Affaires étrangères des deux chambres et tous les chefs des groupes politiques (majorité et opposition) de l’Assemblée et du Sénat, précise le communiqué de Matignon.

HARLEM DÉSIR FUSTIGE "L'ESPRIT MUNICHOIS" DE LA DROITE

Le premier secrétaire du Parti socialiste Harlem Désir a dénoncé, dimanche sur Radio J, "l'esprit munichois" de l'opposition qui émet des réserves au sujet d'une action militaire éventuelle de la France en Syrie.

"Je ne voudrais pas que les mêmes qui recevaient M. (Bachar) al-Assad un 14 juillet montrent aujourd'hui un esprit munichois face à ces atrocités", a-t-il lancé en allusion à la visite controversée en France du président syrien au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy en 2008.

Des propos qui ont provoqué l'ire de Christian Jacob, chef de file des députés UMP, qui les a qualifiés "d'ignobles et d'une extrême gravité". Il a également demandé à François Hollande et Jean-Marc Ayrault de les condamner "avec vigueur".

L'administration Obama entame une campagne de lobbying

Alors que le Congrès doit se prononcer à partir du 9 septembre sur une action militaire limitée en Syrie, Barack Obama, le vice-président Joe Biden et le secrétaire d’État John Kerry entament une campagne de lobbying auprès des élus.

Une attaque américaine limitée contre le régime syrien dépend désormais de l’approbation du Congrès. En prévision des débats qui auront lieu à partir du 9 septembre, le président américain, Barack Obama, a donc lancé une intense campagne de lobbying pour tenter de convaincre les élus sceptiques du Congrès de voter en faveur des frappes contre la Syrie.

Lundi et mardi, le président, le vice-président, Joe Biden, et le chef des services de la Maison Blanche vont multiplier les appels téléphoniques à destination de membres de la Chambre des représentants et du Sénat, selon un haut responsable de la présidence.

"Ne rien faire encouragerait Assad et ses alliés"

"Dans tous les appels et réunions d'information, nous martèlerons le même argument fondamental : si on ne fait rien contre [le président syrien Bachar al-] Assad, l'impact dissuasif de la règlementation internationale contre l'usage des armes chimiques sera affaibli et cela risque d'encourager Assad et ses principaux alliés - le Hezbollah et l'Iran - qui verront qu'une aussi flagrante violation des normes internationales n'entraîne aucune conséquence", a indiqué le haut responsable.

Mais convaincre les élus du bien-fondé d’une intervention n’est pas chose facile tant les réticences apparaissent nombreuses, jusque dans le camp des démocrates. "Dans mon esprit, c'est loin d'être réglé. La tendance dans mon camp c'est plutôt ‘n’y allons pas’ et je n'ai rien entendu qui puisse me faire croire que je devrais avoir une position différente" a déclaré Michael Burgess, représentant républicain du Texas.

"Je suis toujours très sceptique quant à la proposition du président. Les résultats que nous pouvons attendre de cette attaque ne sont pas clairs. Sera-t-elle efficace ? Je ne sais pas non plus quelle pourra être la réponse envisagée par l'Iran, par les Syriens contre Israël et contre nous en matière de terrorisme", a énuméré Jim Himes, représentant démocrate du Connecticut. "Je ne sais pas non plus si nous avons un réel soutien international," a-t-il ajouté.

Barack Obama a précisé que la riposte militaire occidentale serait limitée dans sa durée et son ampleur et qu'elle n'impliquerait pas de troupes au sol.

John Kerry certain du soutien du Congrès

Sur la chaîne de télévision CNN, le secrétaire d'État, John Kerry, a prédit que le président américain obtiendrait le soutien qu'il demande, mais s’est refusé à envisager un éventuel feu rouge du Congrès. Dans les faits, Barack Obama a le droit de mener cette action militaire sans autorisation spécifique.

La Chambre des représentants et le Sénat américains, en vacances jusqu'au 9 septembre, débattront chacun en séances plénières à partir de cette date, et les sénateurs voteront dans la semaine, s'est engagé Harry Reid, chef de la majorité démocrate.

[Avec dépêches]


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