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France : Un 1er Mai pris en otage par les politiques

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image 1er Mai en France - SARKO les drapeaux rouges te disent DEGAGE.

Des centaines de milliers de personnes ont défilé en France pour dire non à l'austérité imposée selon eux par l'Union européenne et, très souvent, manifester leur rejet de Nicolas Sarkozy à cinq jours du second tour de la présidentielle. En dépit des consignes syndicales, nombre de manifestants portaient des fanions du PS, du PCF ou du Parti de gauche et ne se privaient pas de fustiger Nicolas Sarkozy avec des pancartes proclamant "Cass'toi pauvre con !" Le slogan "Nous sommes tous des Grecs, des Espagnols et des Tunisiens" revenait souvent dans la bouche des manifestants.

Près de 290 cortèges étaient annoncés par la CGT, dont le plus important à Paris, où les marcheurs ont été précédés par une manifestation du Front national et où ils ont défilé pendant un meeting géant organisé par le président sortant.

La CGT a compté 750.000 manifestants dans toute la France. La police ne fait pas de décompte national mais l'addition de tous les cortèges porte le total à plusieurs centaines de milliers de personnes sans doute encouragées par le beau temps.

L'intersyndicale (CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa), avait promis qu'il n'y aura pas de message politique sur les banderoles des défilés du 1er-Mai.

La CGT, à la différence des autres organisations, a toutefois appelé à "battre Nicolas Sarkozy" et ce mot d'ordre a été largement relayé dans la plupart des cortèges.

A Paris, les délégations du Parti socialiste et du Front de gauche sont restées en queue du défilé pour ne pas gêner les syndicalistes et François Hollande a choisi de rendre hommage à Nevers (Nièvre) à Pierre Bérégovoy, le Premier ministre de François Mitterrand qui s'est suicidé il y exactement 19 ans.

Les leaders syndicaux ont vu comme une "provocation" la décision de Nicolas Sarkozy d'organiser son propre rassemblement sur le travail après avoir dénoncé depuis le début de la campagne "ces corps intermédiaires" que sont les syndicats.

POLITISATION

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a en revanche confirmé qu'il appelait à voter pour François Hollande.

"C'est la première fois qu'un président de la République cherche à s'emparer du 1er-Mai à des fins politiques", a-t-il déclaré au départ du cortège par allusion au rassemblement sur le travail organisé au même moment par le président-candidat.

La manifestation parisienne, à laquelle avaient pris part plus de 100.000 personnes, avait des airs de retrouvailles du "peuple de gauche", chacun étant venu avec sa pancarte, son mot d'ordre et marchant au son de tambours et de fanfares.

En dépit des consignes syndicales, nombre de manifestants portaient des fanions du PS, du PCF ou du Parti de gauche et ne se privaient pas de fustiger Nicolas Sarkozy avec des pancartes proclamant "Cass'toi pauvre con !"

Le slogan "Nous sommes tous des Grecs, des Espagnols et des Tunisiens" revenait souvent dans la bouche des manifestants.

Tout au long du cortège, la plupart des ONG défendant les droits des immigrés, comme SOS Racisme et la Ligue des droits de l'homme, distribuaient des tracts, de même que toute une mosaïque d'organisations d'extrême gauche.

A Marseille, 20.000 personnes , selon les syndicats, ont manifesté pour un des rares défilés plus social que politique.

"Cela lui donne un parfum particulier, mais nous ne mettons pas pour autant nos exigences revendicatives dans la poche", a affirmé la déléguée départementale de la CGT, Mireille Chessa.

Les salariés de Fralib, qui depuis presque deux ans s'opposent à la fermeture du dernier site en France à fabriquer les tisanes L'éléphant, ont ouvert le cortège. 

Les slogans hostiles à Nicolas Sarkozy ont été peu nombreux. Seules quelques pancartes disséminées dans le cortège ont ouvertement demandé son départ sur un ton autoritaire - "Sarko, les drapeaux rouges te disent dégage !"

Mais dans les autres grandes villes, la politique était bien présente dans des défilés plus fournis que les autres années.

MOBILISATION À TOULOUSE ET LYON

A Toulouse, ils étaient 40.000 selon les organisateurs et 10.000 selon la police, plus que les années précédentes.

"Je suis surprise par l'ampleur de la manifestation. C'est plus politique que syndical. Je crois que tous ces gens veulent tout simplement que Nicolas Sarkozy quitte le pouvoir", a dit Hélène, ancienne professeur de lycée.

A Lyon, la mobilisation a également été d'une ampleur inédite, rassemblant 20.000 personnes selon les organisateurs et 10.000 selon la police.

Baptiste Colin, 17 ans, a dit descendre pour la première fois dans la rue "contre Sarkozy et son vrai travail" en référence aux déclarations du président sortant.

Natacha Robin, 40 ans, intermittente du spectacle au chômage, dit ne pas avoir manifesté depuis 2002.

"Pour moi, c'est l'histoire du 'vrai travail' qui a fait déborder le vase, quand on est dans ma situation et on est de plus en plus nombreux, c'est dur à entendre", a-t-elle dit. 

A Bordeaux, ils étaient 10.000 selon la police et 15.000 selon les syndicats, dont le candidat NPA à la présidentielle Philippe Poutou, entouré de salariés de l'usine Ford de Blanquefort en Gironde où il reprendra le travail mercredi.

A Strasbourg, 4.500 manifestants ont défilé, une participation importante pour l'Alsace, alors que la région est au mitan des vacances de printemps et que la CFDT ne participait pas, en tant qu'organisation, à la manifestation.

1er Mai : pari réussi pour Sarkozy

A cinq jours du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a réussi mardi son pari de mobiliser ses troupes pour un 1er-Mai inédit et revendiqué l'héritage du général de Gaulle pour prôner un nouveau modèle social.

Le beau temps aidant, au moins 100.000 personnes, 200.000 selon le président-candidat, avaient envahi la place du Trocadéro face à la tour Eiffel pour ce rassemblement en forme de défi lancé à la gauche et aux syndicats, qui défilaient au même moment sur l'autre rive de la Seine.

Après des semaines d'escarmouches avec les syndicats, Nicolas Sarkozy, face à une marée de drapeaux tricolores, les a exhortés à abandonner la "vieille lune de la lutte des classes" : "Posez le drapeau rouge et servez la France!"

"Votre rôle n'est pas de faire de la politique, de défendre une idéologie, votre rôle est de défendre les salariés et le travail", a-t-il ajouté.

Dans un discours d'une demi-heure, qui portait la marque de son conseiller Henri Guaino, il a invoqué à plusieurs reprises le général de Gaulle et sa conception de la politique sociale pour stigmatiser les "insulteurs" qui lui ont dénié "le droit de parler aux Français le 1er mai".

"Nous nous considérons comme acteurs du progrès social autant que vous et sans doute même davantage", a-t-il lancé à l'adresse de l'opposition socialiste, qu'il a accusée d'avoir "appauvri les travailleurs en prétendant les protéger" avec la semaine de 35 heures et la retraite à 60 ans.

Il a réaffirmé que la question du travail était "centrale" dans son projet et dit vouloir se battre pour un "nouveau modèle social où les syndicats, au lieu d'être une force de conservation, seront une force de transformation sociale (...) où chacun prendra sa responsabilité et où enfin on se fera confiance."

SOUPLESSE NEGOCIÉE

Avec ce modèle, qu'il entend mettre en place via les accords de compétitivité-emploi modulant salaires et durée du travail en fonction de l'activité, "la négociation collective descendra jusque dans l'entreprise".

Il sera "possible avec l'accord de tous de déroger aux règles générales quand le carnet de commandes l'exigera", a-t-il expliqué. "Parler de souplesse ne sera plus un crime (...) Une souplesse négociée permettra d'éviter bien des drames."

Son discours a été interrompu à plusieurs reprises par des acclamations et le slogan "Hollande en Corrèze, Sarkozy à l'Elysée" repris par une foule peu habituée à manifester le 1er mai et venue plus pour soutenir son champion donné battu dans les sondages que pour entendre parler du travail.

"Sarko on t'aime, Sarko on t'adore. Reste à l'Elysée, on t'aimera plus fort", scandaient des jeunes venus en nombre, en attendant les premier orateurs.

Les centristes Jean-Christophe Lagarde et François Zocchetto - qui a voté François Bayrou au premier tour -, ont eu les honneurs de la tribune dans un geste à l'adresse des électeurs du président du MoDem.

S'il a invoqué une nouvelle fois les racines chrétiennes de la France, Nicolas Sarkozy n'a évoqué qu'en passant des thèmes comme l'immigration, la protection des frontières et la lutte contre l'assistanat sur lesquels il revient largement à chacune de ses interventions et qui sont considérés comme autant de signes en direction de l'électorat du Front national.

Et il a conclu par une nouvelle référence historique en proposant de "refonder la République du mérite, celle de Jules Ferry et du général de Gaulle", avant de lancer :

"Il reste trois jours! Trois jours pour expliquer! Trois jours pour convaincre! Trois jours pour entraîner! Trois jours pour que chacun comprenne que dimanche il ne votera pas pour un candidat mais pour lui-même, pour son avenir et pour celui de ses enfants! Trois jours pour gagner!".

Hollande défend la valeur travail

François Hollande a défendu mardi la valeur travail et le syndicalisme à l'occasion du 1er-Mai, jour de la fête du Travail qu'il a accusé Nicolas Sarkozy de vouloir dévoyer.

Le candidat socialiste a passé la journée à Nevers (Nièvre) pour marquer le 19e anniversaire de la mort de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy, qui fut ouvrier et syndicaliste avant d'entamer sa carrière politique.

"Je n'accepterai pas que le candidat sortant s'arroge la valeur travail. C'est celle que nous défendons, c'est notre bien commun", a-t-il déclaré devant un millier de personnes réunies devant le palais ducal de Nevers.

"Quand il y a cinq millions de chômeurs (...) quand le chômage a augmenté de plus d'un million, qui défend la valeur travail, et qui l'abîme?", a-t-il demandé, prenant la foule à témoin.

François Hollande a dénoncé les propos de Nicolas Sarkozy laissant entendre qu'une partie des syndicalistes seraient politisés.

"Les syndicalistes mènent leur combat indépendamment de la politique", a dit François Hollande.

"Je veux rendre hommage, moi, à tous les syndicalistes de France, à celles et ceux qui humblement, modestement, défendent les travailleurs, ont le plus beau des mandats - souvent éviter aux plus faibles le licenciement, donner de la dignité à ces travailleuses, ces travailleurs", a aussi souligné l'élu socialiste.

"Oui, la fête du Travail, c'est la fête du syndicalisme et je ne peux pas accepter qu'ici, en France, il puisse y avoir une bataille le 1er mai contre le syndicalisme" a-t-il ajouté en référence aux critiques du chef de l'Etat. "Cette fête ne doit pas être dévoyée". 

Le président sortant devait donner dans l'après-midi un meeting au Trocadéro, à Paris. Il avait initialement parlé d'une fête du "vrai travail" avant de reconnaître que l'expression n'était pas "heureuse".

"UN PAYS BRUTALISÉ"

A quatre jours d'un second tour pour lequel il part favori, François Hollande a décrit "un pays fatigué par ce qui lui a été fait depuis cinq ans, un pays brutalisé, par des phrases des mots, des politiques"

"Ce pays demande réconciliation apaisement, respect, considération, honneur", a-t-il estimé, saluant au passage le souvenir de François Mitterrand, seul président socialiste de la Ve République dont la base électorale était dans la Nièvre, à Château-Chinon.

Le député de Corrèze a salué la mémoire de Pierre Bérégovoy, ouvrier et fils d'ouvrier ayant accédé aux plus hautes fonctions de l'Etat avant de mettre fin à ses jours le 1er mai 1993.

"Et pourquoi donc en France un ouvrier ne pourrait pas aussi devenir ministre de l'Economie et des Finances?", a-t-il dit.

En luttant contre l'inflation, en modernisant la France, Pierre Bérégovoy "devint parmi les argentiers de la planète, une référence, l'homme qui savait gérer, l'homme qui savait la valeur de la monnaie".

"Quand on a été syndicaliste, un ouvrier (....), on sait ce qu'est la valeur d'un franc, aujourd'hui d'un euro", a encore souligné le candidat PS.

François Hollande est revenu sur le "choc" du suicide de Pierre Bérégovoy. A l'époque, François Mitterrand avait estimé que "l'honneur" de son Premier ministre avait été "livré aux chiens". 

"C'est parce qu'il n'a pas supporté le dénigrement, le mensonge, la violence -toujours aujourd'hui présente dans le débat public- qu'il pris la décision dont nul n'a oublié la gravité, le choc dans sa mémoire", a dit le candidat socialiste.

En fin de matinée, les amis et la famille de Pierre Bérégovoy étaient présents au cimetière où François Hollande a déposé une gerbe tricolore sur la tombe de granit rose, avant d'observer une minute de silence.

Marine Le Pen fustige le "mépris" affiché par les candidats UMP et PS

Marine Le Pen a annoncé mardi qu'elle voterait "blanc" au second tour de la présidentielle, refusant de choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande dont elle a raillé la "danse du ventre" pour séduire ses électeurs.

La présidente du Front national, qui a obtenu 17,9% des voix au premier tour et détient en partie les clés du second, a laissé ses sympathisants libres de leur choix tout en fustigeant le "mépris" affiché par les candidats UMP et PS.

"Je n'accorderai ni confiance, ni mandat à ces deux candidats", a-t-elle dit à l'issue du défilé de son parti en l'honneur de Jeanne d'Arc, à Paris.

"Dimanche, je voterai blanc et en juin, bleu Marine", a-t-elle ajouté en évoquant les prochaines législatives, où la dirigeante du FN espère transformer l'essai du 22 avril.

Marine Le Pen, qui a dénoncé le "système UMPS", a réservé ses attaques les plus virulentes à Nicolas Sarkozy, auquel elle reproche de "tenter désespérément de sauver sa réélection" en reprenant ouvertement des thèmes et idées du FN.

"Il y a là une escroquerie suprême que les Français ne peuvent ignorer", a-t-elle dit, fustigeant le refus du président sortant d'appeler à voter pour un candidat "mariniste" en cas de duels entre le FN et la gauche au second tour des législatives.

Marine Le Pen, qui a d'ores et déjà engagé la campagne des législatives, a estimé que son parti était devenu "le centre de gravité de la vie politique française" et s'est félicitée de son "extraordinaire réussite" à la présidentielle.

"À 20%, ILS PARLENT COMME NOUS"

Elle prédit une défaite de Nicolas Sarkozy et estime que son échec lui permettrait de profiter d'une probable "guerre des chefs" à l'UMP pour provoquer une recomposition à son profit.

Devant plusieurs milliers de sympathisants rassemblés place de l'Opéra, elle a insisté sur "l'extraordinaire puissance du vote", qui a vu, grâce à ses 17,9%, la classe politique changer de ton, voire de discours envers le FN.

"A près de 20%, ils parlent comme nous. A 30%, 35% ou 40%, nos idées seront au pouvoir", a-t-elle prédit.

Marine Le Pen mise sur son "Rassemblement bleu Marine" des législatives, qui associe des ex-chevènementistes et des villiéristes, pour faire entrer des élus "marinistes" à l'Assemblée nationale, ce qui serait une première depuis 1986.

Elle dénié tout droit à ses adversaires de mettre en doute le caractère républicain du FN, affirmant être la seule à défendre des valeurs comme la laïcité et à respecter le vote des Français. "Nous sommes les seuls à défendre la République française dans ce paysage politique", a-t-elle assuré.

Selon elle, l'élection présidentielle s'est achevée au soir du 22 avril, car le vainqueur sera un président fantoche.

"Le 6 mai, ce ne sera pas un président de la République qui sera élu mais un simple employé de la Banque centrale européenne (BCE), un sous-gouverneur des finances de Bruxelles", a-t-elle ironisé.

"UN DE NOS PLUS GROS DÉFILÉS"

Compte tenu du score élevé de la présidentielle, les discours de Jean-Marie Le Pen, qui a pris le premier la parole pour célébrer Jeanne d'Arc, et de sa fille ont été prononcés pour la première fois depuis des années place de l'Opéra.

Le Front national n'a pas chiffré dans l'immédiat la participation au rassemblement en l'honneur de Jeanne d'Arc, dont c'est le 600e anniversaire de la naissance. "Mais c'est un de nos plus gros défilés", a dit un responsable à Reuters.

Outre le traditionnel défilé syndical de la Fête du Travail, ce 1er-Mai très politique était marqué par le rassemblement sur le travail organisé au Trocadéro par Nicolas Sarkozy, que les syndicalistes considèrent comme une "provocation."

"Sarko, Hollande, c'est pareil", scandaient les sympathisants "marinistes", dont de plus en plus de jeunes, défilant de la place du Palais-Royal jusqu'à celle de l'Opéra.

La position de la présidente du parti, qui circulait depuis lundi au sein du parti, n'était une surprise pour personne.

Bien que portant un masque de Nicolas Sarkozy sur lequel on pouvait lire "c'est pas un bilan, c'est un dépôt de bilan", un militant a indiqué qu'il ne voterait pas pour le candidat PS. "On ne choisit pas entre la peste et le choléra", a-t-il dit.

Un autre, venu de Brest, a indiqué qu'il voterait Nicolas Sarkozy. "Mais ça me fait mal au coeur", a-t-il confié.

Dans les délégations venues de toute la France, les militants arboraient des drapeaux tricolores, des pancartes "Marine présidente" et des T-shirts "Français fier et fort".

[Reuters]


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