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Présidentielle 2012 en France : Hollande, un candidat redoutable pour Sarko

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image François Hollande et Martine Aubrey au siege du PS. Photo prise le 16 Oct 2011

Avec les primaires du Parti Socialiste (PS), la France a mis un pas vers les démocraties modernes.

Un gagnant, François Hollande, mais aussi une victoire et un élan pour tout le PS en vue de 2012 : telle est l'analyse que faisait dimanche soir une famille socialiste rassemblée après le succès d'une primaire interne qui a passionné les Français.

Elu avec plus de 56% des voix par quelque trois millions de Français qui se sont rendus aux urnes deux dimanches consécutifs, le député de Corrèze a obtenu le score "clair et net" qu'il appelait de ses voeux.

"Cette victoire me confère la force et la légitimité pour préparer le grand rendez-vous de la présidentielle", a-t-il déclaré dans son premier discours de candidat élu.

"On va gagner, rendez-vous en 2012, le 6 mai", a-t-il promis à ses militants peu après sur le perron du siège parisien du PS, désignant ses deux seuls adversaires, désormais : "l'extrême droite et la droite".

Au terme de trois mois d'une campagne primaire qui a passionné les Français et évité la foire d'empoigne espérée par la droite, les autres candidats, la finaliste Martine Aubry y compris, se sont rangés derrière lui sans attendre la proclamation des résultats définitifs.

"François Hollande est ce soir notre candidat", a dit la maire de Lille. "Je mettrai toute mon énergie et toute ma force et avec moi celles tous les socialistes pour qu'il soit dans sept mois le nouveau président de la République".

A l'image de cette démonstration d'unité sans faille, l'après-primaire devrait être "plutôt un très bon moment pour les socialistes", estime Gaël Sliman, de l'institut BVA.

"Un Nicolas Sarkozy hyperactif et hyper-présent d'ici la mi-décembre, ça rendrait un immense service au PS... mais je ne pense pas qu'il fera cette bêtise", a-t-il commenté.

Le président de la République, dont les récentes activités ont été occultées par la bataille socialiste, devrait redonner prochainement de la voix sur la situation économique, qui s'annonce comme le thème phare de l'élection présidentielle.

Au grand dam d'une partie de la droite, et du chef de l'Etat en particulier, la première gagnante de la primaire est la consultation elle-même.

C'est "un processus irréversible qui s'imposera à toutes les familles politiques", a prédit François Hollande à propos d'un mode de désignation que le Premier ministre, François Fillon, a lui-même qualifié de "moderne", provoquant l'ire du secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé.

LES LIGNES ONT BOUGÉ

Pour l'ancien ministre Jack Lang, "nous avons montré au pays que nous sommes des démocrates, que nous respectons les règles", allusion aux accusations de tricherie qui avaient marqué l'élection de Martine Aubry au poste de première secrétaire du PS en 2008 face à Ségolène Royal.

Le résultat "a dépassé toutes nos espérances", commentait dans l'après-midi le premier secrétaire du PS par intérim, Harlem Désir, qui a cédé dès dimanche soir sa place à Martine Aubry, en retrait le temps de la primaire.

C'est à ce titre qu'elle est allée accueillir François Hollande sur le perron du siège du PS, aux côtés des autres ex-candidats Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Ségolène Royal.

Visiblement déçue au terme d'une campagne très active mais fair-play dans son discours, la maire de Lille s'est rangée sans discuter derrière son rival d'hier.

"Les primaires étaient justement là pour donner l'élan nécessaire au gagnant", a commenté sa porte-parole, l'adjointe au maire de Paris Anne Hidalgo. "Tout le monde s'est battu avec ses idées, ses différences, ses convictions. Maintenant, nous voulons la victoire de la gauche".

Certains ont eu la défaite plus amère, attribuant le raz-de-marée Hollande à l'engouement de la presse à son égard. Tel l'ancien ministre Paul Quilès, dans un message envoyé par erreur dans l'après-midi aux agences de presse.

"Au-delà des arguments publics échangés par les candidats, il est incontestable que l'indication fournie par les sondages du 'mieux placé pour battre Sarkozy' a pesé lourd dans la décision des électeurs", a-t-il écrit.

Pour Arnaud Montebourg, ces primaires ont engendré "un extraordinaire processus de rénovation du Parti socialiste".

"Les lignes ont bougé, les candidats ont bougé, le parti socialiste a changé", a-t-il dit, laissant entendre au candidat Hollande qu'une nouvelle génération dont il se veut le fer de lance comptait imposer ses idées pour la "Nouvelle France".

Le député Julien Dray a demandé pour sa part un rééquilibrage au sein de la direction du PS, indispensable selon lui au regard des bouleversements apportés par la primaire.

Hollande, un homme "neuf" pour porter les espoirs à gauche

Large vainqueur d'une primaire socialiste dont il était le favori depuis la chute de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande engrange les fruits d'une longue campagne menée sur le thème de l'"homme normal qui veut devenir président".

Le député de Corrèze a désormais 180 jours pour faire fructifier son image de gagnant d'un scrutin où il s'est imposé comme l'homme incontournable de la gauche pour 2012.

A 57 ans, ce fils d'un père médecin et d'une mère assistante sociale, premier secrétaire du Parti socialiste pendant dix ans (1997-2008) mais jamais ministre, aborde en "homme neuf" une épreuve préparée de longue date.

Pour François Miquet-Marty, de l'institut Viavoice, sa force réside essentiellement dans "la confiance qu'il inspire". "Dans une situation difficile on a le sentiment qu'on peut aller vers lui et qu'il sera attentif à vos difficultés", dit-il.

Le "Pompidou de gauche", comme il est parfois surnommé pour sa bonhomie, a reçu le soutien de Jacques Chirac, qui l'a qualifié d'homme d'Etat dans ses mémoires, avant de déclarer devant les caméras qu'il voterait pour lui. Ce que son entourage a ensuite présenté comme une boutade.

Ses adversaires de la primaire ne l'ont pas épargné, Martine Aubry l'accusant d'appartenir à "la gauche molle" et son ancienne compagne Ségolène Royal d'être un "notable" au programme soporifique.

Autant d'arguments dont la droite pourrait se servir pour affûter ses attaques de campagne, déjà entamée sur le thème du "candidat du rien".

"Il a été fragilisé par les attaques de Martine Aubry contre son contrat de génération, ses projets pour l'éducation nationale, ou le duel 'gauche molle' contre 'gauche forte', mais je ne pense pas que cela laisse des séquelles préjudiciables pour la suite", estime toutefois François Miquet-Marty.

Pour opérer sa mue, François Hollande a soigné aussi bien le fond - une stratégie, un programme - que la forme - un régime et un discours posé, délesté de l'humour qu'il retrouve en meeting.

GÉRER LE TEMPS ET L'EFFORT

"Normal" jusque dans la simplicité de ses costumes, il arrive souvent à ses rendez-vous en scooter à trois roues, son moyen de transport de prédilection à Paris.

"Il sait qu'il y aura des coups mais il n'a rien à se reprocher. Il a une vie simple, pas de mystère à entretenir ou à protéger", dit un proche, le sénateur André Vallini.

Pour François Miquet-Marty, "l'image de François Hollande est insaisissable pour Nicolas Sarkozy, qui cherche des angles d'attaque". Le président sortant a toutefois "un atout en matière de leadership, le tempérament d'un chef, ce qui est moins le cas pour François Hollande".

La primaire passée, le candidat socialiste va s'engager dans la portion décisive du chemin vers 2012.

"Il ne faut pas se tromper. Le vrai rendez-vous, c'est la présidentielle", dit le politologue Stéphane Rozès. "De la même façon que le pacte entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry a desservi cette dernière, le pacte entre François Hollande et les électeurs de la primaire en amont de la présidentielle ne doit pas être un écran entre lui et l'ensemble des Français".

Pour le député Michel Sapin, un de ses proches, "il faut gérer le temps et les efforts".

"C'est comme l'ascension du Tourmalet, il faut en garder sous le pied pour arriver au sommet", déclarait-il cet été à Reuters à propos de celui qui peut "rassembler à la fois des gens qui votent très à gauche et des déçus de la droite". 

François Hollande sera intronisé samedi prochain lors d'une convention d'investiture halle Freyssinet à Paris.

Après un temps de repos, il devrait voyager pour se forger une stature internationale qui lui fait défaut "comme Barack Obama ou David Cameron au départ, ce qui ne les a pas empêchés d'être élus", soulignent ses amis.

"Il doit montrer que, même à l'international, on peut avoir des relations sincères. Dans le monde tel qu'il est, on a besoin de sincérité avec les gens, y compris les grands chefs d'Etat", dit un proche, l'eurodéputé Stéphane Le Foll.

VOYAGES

Le candidat a d'ores et déjà annoncé une tournée en Europe, qui pourrait être complétée par des séjours aux Etats-Unis et dans au moins un pays émergent. "Les chancelleries veulent le rencontrer. Elles ne comptent pas tellement sur la réélection de Nicolas Sarkozy", ironise un proche.

Au PS, l'heure du rassemblement sera aussi celle de l'élaboration de son programme final, qui prévoit une vaste réforme fiscale et 60.000 emplois en cinq ans dans l'Education nationale, et la formation de nouvelles équipes de campagne.

Celui qui a déjà accueilli une grande partie des "strauss-kahniens" après l'inculpation de l'ancien directeur général du FMI pour tentative de viol à New York, devra faire une place aux idées et aux proches des quatre candidats lui ayant apporté leur soutien après le premier tour - Manuel Valls, Jean-Michel Baylet, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg.

Formé dans l'ombre de Jacques Delors et Lionel Jospin, souvent comparé à son mentor François Mitterrand en meeting, François Hollande aura tout à gagner à cultiver ses différences avec Nicolas Sarkozy.

"Les Français vont tourner la page d'un certain type de présidents associés au 'bling-bling', qui côtoient les puissants et ne se maîtrisent plus eux-mêmes, au profit de candidats plus simples", dit Stéphane Rozès.

Aubry promet de travailler avec Hollande pour gagner en 2012

Martine Aubry a promis dimanche de travailler avec François Hollande, vainqueur de la primaire socialiste pour l'investiture à la présidentielle de 2012.

La maire de Lille n'a pas attendu la proclamation des résultats définitifs pour reconnaître sa défaite au second tour du scrutin interne, où elle a obtenu un peu plus de 43% des voix contre plus de 56% au député de Corrèze.

"Désormais, François Hollande incarne l'espoir des socialistes et de la gauche. L'heure est maintenant au rassemblement", a-t-elle déclaré. "Jusqu'à samedi, c'était le débat, aujourd'hui c'était le vote, ce soir c'est le rassemblement autour de notre candidat. Demain, ce sera l'équipe de France du changement, celle qui tournera la page de dix ans de droite et de cinq ans de sarkozysme."

Dans un discours solennel, Martine Aubry a salué la "grande victoire citoyenne" des primaires.

"Je suis fière de les avoir mises en oeuvre. Elles sont une grande victoire citoyenne et elles marqueront j'en suis sûre durablement et profondément la démocratie dans notre pays", a-t-elle déclaré. "Je retrouve mes fonctions de première secrétaire à la tête de notre parti, levier de l'alternance."

Plus tôt dans la soirée, Nadine Morano, ministre UMP de la Formation professionnelle, avait appelé sur RTL à la démission de Martine Aubry, la jugeant "désavouée par cette élection".

"Je ne vois pas comment Martine Aubry qui a dit que François Hollande était l'homme du système, l'homme flou (...) pourrait faire honnêtement et intellectuellement sa campagne", a estimé Nadine Morano.

Martine Aubry a de son côté appelé au rassemblement derrière François Hollande.

"François Hollande est ce soir notre candidat. Les primaires l'ont rendu plus légitime et plus fort encore pour le combat contre la droite et contre l'extrême droite. Je mettrai toute mon énergie et toute ma force, et avec moi celle de tous les socialistes, pour que dans sept mois il soit le nouveau président de la République", a-t-elle déclaré.

"Avec le projet que nous avons adopté à l'unanimité à la veille des primaires, nous avons donné un sens, un sens à notre combat, mais aussi un sens au changement que nous préparons pour mai 2012. Avec nos primaires, il a un désormais un nom, François Hollande. Désormais, il incarne l'espoir des socialistes et de la gauche", a-t-elle ajouté.

[Reuters]


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