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Tragédie congolaise : Grande Bretagne, un pays pyromane et sapeur-pompier

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image Millennium dom blue diamond - diamant volé en RDC par les services secrets britanniques

Personne n’ignore le rôle de la Grande Bretagne et ses multinationales dans la guerre de pillages dans les provinces de l’Est de la RDC. Pyromane, la Grande-Bretagne, avec l’appui  des multinationales anglo-saxonnes, a armé l’Ouganda et le Rwanda pour faire les guerres de pillages et d’occupation de la Rdc. Bilan : plus de 6 millions de morts, un génocide oublié; 40 mille femmes violées; plus de 2.7 millions de déplacés internes avec en sus d’un projet de la balkanisation (ou de l’implosion) de la Rdc. Ces guerres d’agression et d’occupation ont  permis aux sociétés anglo-saxonnes de vendre des armes aux rebelles congolais, rwandais, ougandais et burundais pour piller les matières premières de la RDC  que leurs entreprises (bien identifiées par les Nations Unies) écoulent sur le marché international en toute impunité. Comme leur économie est  en crise depuis 2008 et surtout que leur économie est basée sur l’industrie d’armement, la guerre reste  la solution pour la relance économique. En d’autres termes, l’économie occidentale,  en général et britannique en particulier, ne peut pas être relancée sans faire la guerre (lire « La crise et après » du Français Jacques Attali).

Lors de la présentation des vœux de l’année 2016 aux congolais, l’Ambassadeur de la Grande-Bretagne  en RDC, Sir Graham Zebedée, a relevé que  le gouvernement congolais a abandonné son peuple à son triste sort.  12 % de dépenses sur financement interne en 2014 sont allées à la  présidence, à la primature et au parlement.

Et son gouvernement dépense 550 millions de dollars par an pour le bien des congolais. Son souhait est de voir l’année 2016 consacrée à un recentrage  sur l’édification de l’Etat.

Ce discours a été applaudi par la plupart des élites congolaises et la presse congolaise en avait fait large écho.  En lisant attentivement son discours, l’ambassadeur tient à masquer la grande responsabilité de son gouvernement et des multinationales dans la tragédie congolaise.  (lire   Gérard Prunier, Africa’s World War, Congo, The Rwandan Genocide and The Making of a continental catastrophe, Oxford university press, 2009 et ).   Décryptage.

Les déclarations de l’Ambassadeur Britannique ont frappé certains congolais qui sont restés lucides.   Si ces propos étaient tenus par des Congolais et d’ailleurs la presse congolaise en parle chaque jour, passerait encore. Mais quand c’est tenu par un diplomate en poste à Kinshasa, cela pose problème.  Loin de disculper le gouvernement congolais, ces propos révoltent du fait qu’ils sont tenus par un pays pyromane et sapeur-pompier.

PYROMANE

A titre de rappel, personne n’ignore le rôle de la Grande Bretagne et ses multinationales dans la guerre de pillages dans les provinces de l’Est de la RDC. Pyromane, la Grande-Bretagne, avec l’appui  des multinationales anglo-saxonnes, a armé l’Ouganda et le Rwanda pour faire les guerres de pillages et d’occupation de la Rdc. Bilan : plus de 6 millions de morts, un génocide oublié ; 40 mille femmes violées ; plus de 2.7 millions de déplacés internes avec en sus d’un projet de la balkanisation (ou de l’implosion) de la Rdc.

Ces guerres d’agression et d’occupation ont  permis aux sociétés anglo-saxonnes de vendre des armes aux rebelles congolais, rwandais, ougandais et burundais pour piller les matières premières de la RDC  que leurs entreprises (bien identifiées par les Nations Unies) écoulent sur le marché international en toute impunité. 

Comme leur économie est  en crise depuis 2008 et surtout que leur économie est basée sur l’industrie d’armement, la guerre reste  la solution pour la relance économique. En d’autres termes, l’économie occidentale,  en général et britannique en particulier, ne peut pas être relancée sans faire la guerre (lire « La crise et après » du Français Jacques Attali).

La guerre serait un moyen de détruire en grande quantité les capacités de production excédentaires et ce serait tout le bénéfice pour l’industrie de l’armement, le fameux complexe militaro-industriel, relève Henri Houben, dans son livre intitulé « La crise de trente ans, la Fin du capitalisme ? ».

Leçon à tirer : la guerre c’est aussi un  business pour les occidentaux alors que les naïfs africains et congolais estiment que c’est diabolique.

SAPEUR-POMPIER

Si la Grande Bretagne a joué le rôle d’un pyromane en faisant  la guerre par procuration contre la République Démocratique du Congo, le pays de sa Majesté trouve normal de s’investir dans rôle du sapeur-pompier : éteindre le feu et commencer à reconstruire.  Voilà ce qui explique les 550 millions de dollars d’aide à la population congolaise à travers les projets avec les Nations Unies.

L’ONU est la carte juridique qu’utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué, souligne Frantz Fanon dans un article publié en 1961, sous le titre la mort de Lumumba, pouvions-nous faire autrement ?

En effet, après l’échec de la guerre d’agression et d’occupation menée par le Rwanda et l’Ouganda contre la République Démocratique  du Congo, les Nations Unies entrent en danse à travers l’accord de Lusaka signé entre les rebelles et le gouvernement congolais.

C’est à travers les missions des Nations unies au Congo (Monuc et Monusco) que la Grande-Bretagne et les puissances occidentales opèrent à visage masqué. Le prétexte de la refondation de l’Etat ou de State building (concept pseudo-scientifique) va leur donner une occasion en or de s’impliquer dans la gestion de la crise de la République démocratique du Congo. Ceci peut aider à comprendre les propos tenus par l’Ambassadeur de Sa Majesté lors de vœux 2016 aux congolais.

« Son pays » dépense 550 millions de dollars chaque années pour l’édification de l’Etat congolais, en assurant  ainsi les services de santé, d’éducation, de sécurité et d’hygiène au peuple congolais. Nous sommes fiers d’être le deuxième partenaire de développement le plus important de la Rdc, après les Etats-Unis et d’aligner pleinement nos dépenses sur les stratégies et les priorités du gouvernement congolais. Nous sommes ici pour le long terme. Mais aucun pays ne voudrait continuer à débourser de telles sommes importantes pour toujours ».

Cette indignation de Sir Graham Zebedée soulève deux questions. La première, qui sont les bénéficiaires et dans quelles provinces la somme de 550 millions de dollars est dépensée ? La deuxième question qui mérite d’être posée est celle de savoir les raisons cachées de cette aide britannique  parce que nous pensons que les britanniques ne sont pas des pères noël ?

Pour répondre à la première question, il faut signaler que la grande partie de l’aide du gouvernement britannique est orientée vers les provinces de l’Est de la République du Congo après avoir soutenu la guerre d’agression et d’occupation.  Avec la complicité de la Monusco, il a mis en place des « ilots de stabilité » qu’il considère comme une voie vers la restauration de l’autorité de l’Etat dans la partie est de la République démocratique du Congo. 

Dans cette pièce de théâtre, les humanitaires et les missions de maintien de la paix ont le même objectif : la paix, la sécurité et le développement.

La mission apporte son concours  par le déploiement de son personnel dans les ilots de stabilité pour conseiller et appuyer le gouvernement dans le processus de reconstruction des fonctions de l’Etat; les agences et les Ongs assurent un mieux-être aux populations, avec des infrastructures sociales de base minimales, informe le magazine Echos de la Monusco volume VI n°40 du mois de novembre 2014.

Ces îlots se trouvent dans les provinces congolaises  du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Province Orientale et le Nord Katanga. Curieusement, c’est cette partie de l’Est du pays où est concentrée la grande partie des Organisations non gouvernementales occidentales et britanniques qui reçoivent la grande partie de ces 550 millions dollars américains.

Quant à la deuxième question que soulève l’indignation de l’Ambassadeur britannique, on est en droit d’interroger nos consciences.  Peut-on faire confiance d’abord aux partenaires britanniques ou occidentaux qui ont soutenu la guerre d’agression contre la RDC et qui viennent aujourd’hui nous proposer de l’aide pour reconstruire l’Etat congolais ?

Encore faudrait-il aller plus loin : après l’esclavage, la traite négrière, la colonisation et le néocolonialiste peut-on avoir confiance aux occidentaux ?

Voilà les questions que les autorités congolaises et les élites congolaises devraient se  poser. Ce qui est sûr c’est que derrière ces aides occidentales, il se profile un projet que nous avons toujours dénoncé : la balkanisation ou l’implosion de la Rdc.

Les Congolais doivent rester vigilants. Les élites occidentales utilisent ce que Naomi Klein appelle la stratégie  du Choc, la montée d’un capitalisme du désastre en citant  Friedman qui définit le remède universel que  propose le capitalisme moderne : « Seule une crise – réelle ou supposée – peut produire des changements.

Lorsqu’elle se produit, les mesures à prendre dépendent des idées alors en vigueur. Telle est notre véritable fonction : trouver des solutions de rechange aux politiques existantes et les entretenir jusqu’à ce que des notions politiquement impossibles deviennent politiquement inévitables ».

A cet égard, la stratégie mise en place dans l’Est du pays est claire. Dans le cadre de la mise en place des ilots de stabilité dans l’Est dans lequel le gouvernement britannique verse chaque année 550 millions de dollars, on construit des ponts, des routes, des hôpitaux et quelque fois des casernes militaires pour détourner l’attention des populations de l’Est du pays et  leur dire que l’Etat central à Kinshasa les a oubliées et que, par conséquent, elles peuvent s’organiser autrement.

SORTIR DE LA NASSE

Pour mettre fin à la domination du monde occidental et éviter des discours tel que celui tenu par l’ambassadeur britannique, il faut sortir de la nasse. En effet, depuis l’esclavage et la traite négrière jusqu’au néocolonialisme en passant la colonisation, les africains en général et les congolais en particulier  semblent se mouvoir dans une nasse lentement mais surement tissée par les occidentaux.

Sortir de nasse signifie, souligne l’historien camerounais Fabien KangweEwane, dans son essai « Défi aux Africains du IIIème millénaire», publié aux Editions Clé de Yaoundé en 2000, qu’il faut moins d’Occident et plus d’Afrique, spécialement dans nos schèmes mentaux, qu’il s’agisse d’économie ou de politique, de culture ou d’histoire. Libérer l’esprit afin de libérer le futur. La déconnexion commence dans la tête.

Sortir de la nasse, pour le philosophe et théologien congolais Kä Mana, dans son ouvrage ‘’L’Afrique notre projet’’, l’urgence s’impose de couper avec notre invention par l’occident et de procéder à la réinvention de notre destinée selon nos propres quêtes d’humanité, ici et maintenant.

Dans son ouvrage, «Osons dire la vérité à l’Afrique », publié aux éditions du Rocher en 2015, l’écrivain Bernard Lugan relève : «N’est-il pas temps de dire aux africains que leur continent doit prendre son autonomie intellectuelle en cessant de servir de champs d’expérimentation pour des idéologies les plus désincarnées, parfois même les plus folles et les plus antinaturelles sorties des cerveaux des occidentaux ?

Voilà les belles leçons à donner aux élites politiques congolaises aliénées et certains occidentaux qui veulent rééditer les exploits de leurs ancêtres en Afrique. Bref, le temps des aventures de Tintin au Congo est révolu.

[Freddy Mulumba Kabuayi]


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