Corée du Nord : Kim Jong-un, un personnage qui suscite des interrogations

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image Kim Jong-un - Lors de la cérémonie commémorative pour son père, le défunt leader nord-coréen Kim Jong Il, à Pyongyang.

Kim Jong-un est désormais le "chef exceptionnel de notre parti, de notre armée et de notre peuple", selon l'expression employée par l'agence officielle de presse KCNA. Mais qui est vraiment le troisième fils de Kim Jong-il, petit-fils de Kim Il-sung, père fondateur de la République populaire démocratique de Corée en 1953 ? Les informations restent rares.

 Au dernier jour du deuil national en hommage à Kim Jong-il, Kim Jong-un a été proclamé ce jeudi "leader suprême" de la Corée du Nord devant un parterre de militaires à Pyongyang. Il succède à son père à la tête de l'armée et du parti unique.

"Le grand coeur du camarade Kim Jong-Il a cessé de battre", a déploré Kim Yong-Nam, qui exerce la fonction honorifique de chef de l'Etat, lors d'un discours devant des dizaines de milliers de soldats, du haut d'un balcon surplombant la vaste place Kim Il-Sung de la capitale.

De nombreux civils étaient aussi visibles de part et d'autre de l'esplanade au sol recouvert de la neige tombée la veille, d'après les images diffusées par la télévision d'Etat.

"Un départ aussi inattendu et précoce est la plus grande et inimaginable perte pour notre parti et la révolution", a poursuivi Kim Yong-Nam, soulignant la contribution du leader décédé à "la paix et à la stabilité mondiale au 21e siècle".

Aux côtés de l'orateur était visible Kim Jong-Un, fils cadet et successeur de Kim Jong-Il au pouvoir.

"Le respecté camarade Kim Jong-Un est le leader suprême de notre parti et de l'armée, qui a hérité de l'intelligence, de la capacité à commander, du caractère, du sens moral et du courage de Kim Jong-Il", a ajouté Kim Yong-Nam.

Plusieurs hauts responsables militaires étaient aussi présents sur l'estrade, dont le chef d'état-major, Ri Yong-Ho, et le ministre des Forces armées, Kim Yong-Chun.

Le rassemblement sur la place Kim Il-Sung a été clos par l'interprétation de "L'Internationale" par un orchestre militaire et par le tir d'une vingtaine de coups de canon.

Trois minutes de silence ont ensuite été observées, selon des images de la télévision officielle, ponctuées par une sonnerie simultanée des sirènes des bateaux et des locomotives du pays. 

Elles ont marqué la fin du deuil national de treize jours en hommage à Kim Jong-Il, dirigeant du pays pendant 17 ans décédé le 17 décembre, pour lequel un défilé d'obsèques avait été organisé mercredi à Pyongyang devant des centaines de milliers de personnes.       

Lors de cette procession où Kim Jong-Un avait marché à côté du corbillard, de hauts gradés étaient aussi apparus en bonne place.      

L'armée joue un rôle essentiel en Corée du Nord, dirigée au nom de la doctrine du "songun" ("l'armée d'abord"), amorcée dans les années 1990 par Kim Jong-Il pour maintenir son régime fragilisé par la chute du bloc communiste en Europe de l'Est et en URSS.

Les forces armées nord-coréenne comptent 1,2 million d'hommes sur une population totale de 24 millions d'habitants. Les militaires sont favorisés pour l'approvisionnement en nourriture, énergie et matériel, alors que le pays reste confronté à d'importantes pénuries.

En dehors de l'armée, l'autre principal centre de pouvoir est le Parti des Travailleurs de Corée, le parti unique du pays.

Agé de moins de 30 ans, le jeune Kim Jong-Un avait déjà été appelé "leader suprême du parti, de l'Etat et de l'armée" par les médias du régime, bien qu'il n'occupe pas ces postes officiellement pour l'instant.

Il perpétue la dynastie débutée par son grand-père Kim Il-Sung, le fondateur de la Corée du Nord communiste, auquel Kim Jong-Il avait succédé en 1994, menant le pays d'une poigne de fer.

Reprenant les outils de propagande paternels et jetant des dizaines de milliers d'opposants avérés ou supposés dans des camps d'emprisonnement, Kim Jong-Il a réussi à sauvegarder son régime, mais de terribles famines ont tué des centaines de milliers de Nord-Coréens dans les années 1990.

Sous son règne, le pays s'est doté de l'arme nucléaire, aussi la stabilité de la Corée du Nord inquiète-t-elle les puissances régionales.              

La Corée du Sud, les Etats-Unis, la Chine et le Japon ont multiplié les consultations diplomatiques afin d'éviter un bouleversement à la tête de la Corée du Nord susceptible d'embraser la péninsule coréenne.

Portrait de Kim Jong-un

Inconnu jusqu’à peu, Kim Jong-un a été désigné pour succéder à son père, le dirigeant Kim Jong-il. Portrait du troisième fils du "Dirigeant bien-aimé", un personnage qui suscite des interrogations quant à sa légitimité.

Kim Jong-un est désormais le "chef exceptionnel de notre parti, de notre armée et de notre peuple", selon l'expression employée par l'agence officielle de presse KCNA. Mais qui est vraiment le troisième fils de Kim Jong-il, petit-fils de Kim Il-sung, père fondateur de la République populaire démocratique de Corée en 1953 ? Les informations restent rares.

Même son âge est difficile à définir, commente l’historien et spécialiste de la Corée du Nord, Pierre Rigoulot. "Il serait né en 1984 ou 1983", indique-t-il à FRANCE 24. Selon le "Time", les fiches des services sud-coréens décriraient un homme de taille moyenne : 1,75 m pour 90 kg.

Taillé pour le pouvoir

Car peu d’images circulent sur le troisième fils de Kim Jong-il. Il y a encore deux ans, la seule photo connue de lui était un portrait noir et blanc d’un enfant âgé de 11 ans. Depuis septembre 2010 – date à laquelle il a été officieusement désigné pour succéder au dirigeant nord-coréen après une promotion au rang de général quatre étoiles et de vice-président de la commission de défense nationale –, l’agence de presse officielle du régime nord-coréen KCNA a diffusé de nouvelles images de Kim Jong-un, aujourd’hui âgé de 28 ou 29 ans. Il apparaît notamment dans une photo de groupe du Parti communiste assis à deux places de son père, mais aussi lors d’une parade militaire à Pyongyang. En mai 2011, le "jeune général" est photographié lors d’une visite officielle en Chine.

Pour le reste, les quelques éléments à son sujet proviennent des services secrets américains et sud-coréens. En surpoids, Kim Jong-un serait diabétique et souffrirait de plusieurs maladies suite à un grave accident de voiture. Il aurait suivi ses études en Suisse. Il parlerait l’anglais, l’allemand et le français et se serait passionné pour le basket-ball. Selon le magazine suisse, "L’Hebdo", il aurait été inscrit sous le nom de Pak Chol à l’International School of Berne (ISB), et était présenté comme le fils du chauffeur de l’ambassadeur de la Corée du Nord. "Il intervenait souvent pour séparer deux copains qui se battaient. Il avait beaucoup d’amis parmi les enfants de diplomates américains", se rappelle David Gatley, ancien directeur de l’établissement.

L’ancien chef cuisiner de Kim Jong-il, Kenji Fujimoto, a aussi sa petite idée sur le personnage. Dans son livre consacré à ses dix ans passés auprès du "Cher leader" ["I was Kim Jong-il's Cook", de Kenji Fujimoto], il décrit un adolescent taillé pour le pouvoir : "Il a été gâté physiquement par la nature, c’est un gros buveur et il n’admet jamais la défaite." Le portrait qu'il dresse des deux autres frères est moins flatteur. Kim Jong-chol, né en 1981, serait considéré comme trop efféminé par son père et l’aîné, Kim Jong-nam, né en 1971, trop immature et trop fêtard pour prendre le relais. Ce dernier aurait même suscité le courroux de Jong-un qui, d’après une enquête de "Libération", aurait tenté de l’éliminer en 2009 après une énième frasque.

Affirmer sa légitimité

Par ailleurs, la relation entre Jong-un et son père serait privilégiée à en croire "Le Figaro". Le "cher dirigeant" serait fou de son rejeton. Un népotisme qui serait, à l’origine, le fruit d’une ressemblance frappante entre le père et le fils. De son côté, sa mère, Ko Young-hee, une danseuse, aurait été le grand amour de Kim Jong-il. Fut-elle sa maîtresse ou sa femme officielle, les avis divergent. La propagande officielle la présente comme une "mère de la patrie", une façon d’affirmer la légitimité du jeune et inexpérimenté Kim Jong-un.

Maintenant que la succession ne fait guère de doute, plusieurs interrogations subsistent sur sa légitimité. “La plupart des Nord-Coréens ne savent rien sur ses qualités de dirigeant, commente Andrew Salmon, spécialiste de la région basée en Corée du Sud sur FRANCE 24. Il est difficile de connaître son expérience et de savoir s’il dispose du soutien de l’armée.”

Au printemps dernier, Kim Jong-un a accompagné son père en voyage à Pékin, un des rares alliés de Pyongyang. Les spécialistes du régime communiste nord-coréen, l'un des plus fermés au monde, y ont vu confirmation de son investiture au poste d'héritier.

Pour les experts du régime de Pyongyang, il devrait rester dans le sillon militaire tracé par ses prédécesseurs, maintenant un contrôle serré sur l'une des armées aux effectifs les plus importants de la planète et un régime qui poursuit son programme nucléaire militaire.

Mais pour Michael Green, du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, interrogé par Reuters, "le plus grand danger à présent, c'est que Kim Jong-un ressente le besoin de démontrer sa légitimité par des essais nucléaires ou des provocations militaires".

[avec Afp et France24]


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