Etats-Unis : Racisme, le moteur de la politique étrangère américaine

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image George Walter Bush

Neuf Afro-américains ont été assassinés le 17 juin 2015 dans une église à Charleston aux Etats-Unis. Un entretien donné par l’actuel président américain sur cet assassinat nous semble être de nature à remettre en question ‘’la mission morale’’ assumée par ‘’la nation exceptionnelle’’ depuis plusieurs années pour apporter au monde, unilatéralement, ‘’la démocratie’’, ‘’la liberté’’ et ‘’les droits’’ de l’homme’’. L’entretien de Barack Obama nous pousse à poser cette question : « Et si la racisme (avec la cupidité et mépris des gens) était le moteur de la politique étrangère américaine ? » Inscrit dans l’ADN US après plus de 300 ans d’histoire, il serait devenu pathogène pour le monde entier. 

Hier, lundi 23 mars 2015, dans un entretien organisé après l’assassinat de neuf Afro-américains à Charleston (Caroline du Sud) dans une église, le président Obama a soutenu que malgré l’amélioration des relations interraciales dans son pays, « la vérité est que la discrimination existe toujours dans chaque domaine de notre vie, cela fait partie de notre ADN (…). Nous ne sommes pas encore guéris de cela. » 

A ses yeux, « ce n’est pas simplement la question de ne pas dire "nègre" en public parce que c’est impoli, ce n’est pas à cela que l’on mesure si le racisme existe toujours ou pas ». Et il est d’avis que « la société ne peut pas effacer du jour au lendemain ce qui s’est passé durant 200 ou 300 ans. [1]» (Hillary Clinton a demandé une fois aux Congolais(es) d’oublier le passé récent de leur ‘’génocide’’…)

En effet, la preuve de l’inscription du racisme dans l’ADN US est donnée par le jeune homme qui, le 17 juin, a tué ces neufs Afro-américains. Agé d’une vingtaine d’années, il a avoué que la haine raciale était au fondement de son acte.

Quand Obama affirme qu’ils ne sont pas encore guéris de la discrimination raciale, il dit la vérité. Une vérité dont la manifestation ne peut pas être réduite à l’acte individuel posé par le jeune Dylann Roof le 17 juin 2015. Même si ce n’est pas un acte isolé. Plusieurs actes du même genre sont commis fréquemment aux USA.

Cette vérité à une dimension structurelle et structurante très prononcée. Elle est un élément majeur la matrice organisationnelle de la politique étrangère US ansi que celle des projets d’extermination de plusieurs peuples autochtones du monde pour s’emparer de leurs terres, de leurs matières premières stratégiques et les dominer. Cette vérité a structuré les cœurs et les esprits US au point de permettre à certaines têtes pensantes américaines d’élever leur pays au rang de ‘’la nation indispensable’’, de ‘’la nation exceptionnelle’’ chargée de ‘’la mission morale’’ d’apporter les valeurs de ‘’liberté’’, ‘’démocratie’’ et de ‘’droits de l’homme’’ au reste du monde ; à n’importe quel prix. Et surtout en recourant unilatéralement à la loi de la force brute. Le fondement racial de cette ‘’mission morale’’ a produit, au cours de l’histoire, ‘’du délire’’ et ‘’de la mégalomanie insensée’’ dans le chef des élites dominantes américaines à l’exemple de George Kennan, Z. Brzezinski, Dick Cheney, G.W. Bush, George Friedman, Paul Wolfowitz et plusieurs autres néoconservateurs liés au CFR (Conseil des Affaires Extérieures). 

Le fondement racial de cette ‘’mission morale’’ disqualifie d’autres peuples et/ou les classifie parmi ‘’les vassaux’’ et ‘’les barbares’’. 

Prenons l’exemple de Brzezinski. Conseiller du président Carter à la sécurité vers les années 1961, il soutient que, « dans la terminologie abrupte des empires du passé, les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions avec les vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives. »[2] 

A ses yeux, ‘’les barbares’’ et ‘’les vassaux’’ sont des simples pièces d’un jeu d’échec, facilement manipulables par un seul et unique pouvoir. ‘’Sa mégalomanie insensée’’ et déshumanisante l’aveugle au point d’oublier que « ce sont des êtres humains dotés de raison ; et il est probable pour ne pas dire certain, qu’un excès de pouvoir ressenti comme injuste provoquera non seulement du ressentiment, mais également une résistance efficace. »[3]

Deux intellectuels de renom, Noam Chosmky et André Vltchek, donnent raison à Barack Obama en parcourant l’histoire des USA et de certains de leurs alliés depuis ‘’Hiroshima’’ jusqu’à ‘’la guerre des drones’’[4]. Meneur de cette dernière guerre, Barack Obama atteste, lui aussi, qu’il n’est pas guéri du racisme. D’un racisme producteur de terrorisme et de l’humiliation des autres peuples.

Ce racisme, en tant qu’élément majeur de la matrice organisationnelle de la politique étrangère US, a des incidences négatives sur les relations internationales. Il les rend pathogènes. Il pousse les humiliés à prendre leur revanche. Sur cette question, l’une des dernières publications de Bertrand Badié mérite d’être lue[5]. Elle montre entre autres comment l’humiliation, signe manifeste du rejet de l’altérité et du respect qui doit lui être manifesté impose la loi de la force sur l’échiquier international. A ce point nommé, il serait possible que la promotion du multilatéralisme et du solidarisme faite par ‘’les humiliés’’ sonne le glas de l’unilatéralisme délirant US. Même s’il n’est pas exclu que ‘’la mégalomanie insensée’’ de l’empire US déclinant puisse le conduire, à tout moment, à embraser le monde en y mettant du feu nucléaire.

Oui, Barack Obama dit aussi la vérité quand il avoue que 200 ou 300 d’histoire ne peuvent pas s’effacer du jour au lendemain. 

Ceci est aussi vrai, mutatis mutandis, pour les peuples ayant subi l’esclavage, la colonisation et la néocolonisation pendant plus de 500 ans. Parmi eux, plusieurs sont tombés dans la résignation, l’esclavage volontaire et le larbinisme.

Leurs cœurs et leurs esprits ont été ravagé par la soumission et la peur. Certains parmi eux sont mêmes devenus les défenseurs acharnés de leurs esclavagistes et autres colons. Il n’est pas rare de les entendre faire l’éloge et chanter les louanges de ces paradigmes négatifs et d’indignité que sont l’esclavage, la colonisation et la néocolonisation. Certains parmi eux, fatigués de sa battre pour leur liberté diront : « Nous étions bien sous la colonisation. Nous pouvions manger deux fois par jour. » 

Non, il n’est pas facile d’effacer l’histoire de plus de 500 ans d’esclavage, de colonisation et de néocolonisation du jour au lendemain. Cette histoire doit être réécrite par les dignes filles et fils de tous ‘’les damnés de la terre’’ et leurs alliés.

Elle devra être riche de tous ces apports de Barack Obama et d’autres penseurs ayant découvert un peu tôt ce qui faisait ‘’la matrice organisationnelle’’ des guerres de l’empire. Elle doit être étudiée et transmise aux générations futures afin qu’elles se libèrent de la peur, de la soumission aux diktats racistes, du larbinisme et de toute sorte de domination. 

Ailleurs, en Chine, en Russie, au Brésil et dans plusieurs autres pays d’Amérique latine, les gouvernants et les peuples épris du sens de la liberté et de la dignité sont en train de poser les jalons du ‘’commencement d’un autre monde’’. Barack Obama vient d’apporter une pierre à leur édifice. 

Oui, Barack Obama a dit la vérité. Mais il n’ira pas jusqu’à lutter aux côtés des peuples ayant compris assez tôt que le racisme est dans l’ADN US. Il appartient à ces peuples de pouvoir en tirer toutes les conséquences et de rester vigilants. Souvent, ce racisme est caché sous les beaux principes comme ceux de ‘’l’aide au développement’’, du ‘’droit d’ingérence’’ ou ‘’responsabilité de protéger’’. Il est souvent caché sous ‘’les bombes humanitaires’’ apportant ‘’la démocratie’’ et ‘’la liberté’’ aux ‘’ peuples opprimés par leurs propres gouvernants’’.

Serons-nous plusieurs à tomber dans l’amnésie et à oublier rapidement cette vérité sortie de la bouche de Barack Obama : « Nous ne sommes pas guéris du racisme» ? Comment traiterons-nous avec ces ‘’malades du racisme’’ et leurs alliés dans l’édification d’un monde pluricentré ?

[Mbelu Babanya Kabudi]

[1] http://fr.sputniknews.com/international/20150623/1016665372.html Les extraits précédents sont tirés de ce même texte.

[2] P.D. SCOTT, La machine de guerre américaine. La politique profonde, la CIA, la drogue, l’Afghanistan…, Paris, Demi-Lune, 2012, p. 262. Lire aussi N. CHOMSKY, La doctrine des bonnes intentions, Paris, Fayard, 2005, p. 61.

[3] Ibidem, p.263.

[4] N. CHOMSKY et A. VLTCHEK, L’Occident terroriste. D’Hiroshima à la guerre des drones, Montréal, Ecosociété, 2015.

[5] B. BADIE, Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales, Paris, Odile Jacob, 2014.


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