Etats-Unis : Que laissera Barack Obama à l’Afrique ?

Font size: Decrease font Enlarge font
image Barrack Obama

La date du 20 janvier 2017 marquera la fin du deuxième mandat du président Obama. Premier afro-américain à diriger les Etats-Unis d’Amérique, sa présence à la tête de la plus grande puissance mondiale suscite le débat sur sa capacité de marquer l’histoire africaine.  A cet égard, il faut d’abord analyser les liens affectifs entre Barack Obama avec l’Afrique pour comprendre ensuite sa politique africaine et afin de savoir quel sens de l’histoire veut-il imprimer après son passage à la Maison Blanche.

Le passage à la tête de l’Etat américain a toujours été une opportunité offerte à des présidents pour graver leurs noms dans l’histoire américaine et mondiale. Dans l’histoire africaine, les noms de certains présidents américains sont liés au respect de Droits de l’Homme et à la lutte contre le Sida.  Que laissera Barack Obama à l’Afrique ?

Obama l’africain

Né d’un père kenyan noir et d’une mère américaine blanche, Barack Obama reste un pur produit de la culture américaine : la liberté et le patriotisme. Il n’a rien d’Africain à part le sang de son père qui circule dans ses veines.

Mais, si l’on veut connaître la fibre africaine de Barack Obama, la lecture de son livre Les rêves de mon père, publié en 1995, après son voyage au Kenya, s’impose. Ce livre révèle la véritable nature de Barack Obama et son attachement à l’Afrique. L’image de son père, les lectures faites durant sa vie d’étudiant et ses actions politiques envers l’Afrique démontrent que Barack reste au fond de lui-même un Africain.

Brillant comme son père ayant fait des études d’économie à la prestigieuse Université d’Harvard, Barack a étudié le Droit dans la même université. D’ailleurs, sa mère lui rappelait qu’il tenait de son père, son cerveau et son caractère. Et son grand-père maternel lui disait : « Tu vois, il y a une chose que tu peux prendre chez ton père, c’est la confiance en soi, le secret du succès. »

Cependant, son père tenait à ce que Barack Obama se rapproche plus du continent africain et de son pays, le Kenya. Dans une lettre lui envoyée avant son voyage en Afrique, son père lui signifie que « la chose importante est de connaître ton peuple et aussi de savoir où est ta place ». Apres la mort de son père, Barack voyagera deux fois en Afrique. La première fois, il a rencontré ses plusieurs sœurs et frères au Kenya et a visité la tombe de son père. Devenu sénateur, Obama a fait le deuxième voyage au Kenya et l’Afrique du Sud pour rencontrer le président Mandela.

Le rêve de son père n’est pas le seul phénomène qui a créé chez Obama son attachement à l’Afrique. Il y a aussi certaines lectures sur l’Afrique et le monde noir des auteurs africains, noirs américains et européens. Grand érudit, Obama a dévoré le roman Le cœur des ténèbres de Joseph Conrad, certains ouvrages de Franz Fanon, De Dubois, Martin Luther King, Malcom X, Mandela.  Toutes ces lectures lui ont permis de trouver ce qu’il cherchait. Il écrit : « C’était dans l’image de mon père, de l’homme noir, le fils de l’Afrique,  que j’avais mis tous les attributs que je cherchais en moi, les attributs de Martin Luther King et de Malcom X, de Dubois et de Mandela ».

Quant à sa première action politique, c’est l’Afrique qui est en première ligne. Dans la préface du livre de Mandela, conversation avec moi-même, le président américain Obama souligne : « La première fois que j’ai participé à une action politique, à l’université, ce fut à l’occasion d’une campagne pour l’abolition de l’Apartheid en Afrique du Sud. »  Et il sera présent en Afrique du Sud lors de funérailles du président Mandela pour faire un discours d’adieu devant le monde entier. Un autre symbole.

L’action de politique de Barack Obama envers l’Afrique ne se limite pas à la compagne contre l’Apartheid. Le Sénateur a fait voter une loi au Congrès américain afin de promouvoir l’aide, la sécurité et la démocratie en République démocratique du Congo, le 3 janvier 2006. Elu président en 2008, Barack Obama fera deux voyages sur le continent africain : le Ghana et l’Egypte. Le Ghana reste le symbole du premier pays africain d’accéder à l’indépendance, un pays démocratique et l’Egypte reste le symbole de la grande civilisation africaine.

En tout état de cause, toutes les actions de Barack Obama s’inscrivent dans la parole que son père lui avait dite : « Tu dois participer à la lutte de ton peuple. Réveilles-toi, homme noir. » Par ailleurs, le président américain reconnaît sa fibre africaine devant le parlement à Accra en ces termes : « Après tout, j’ai du sang africain dans les veines, et l’histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l’histoire de l’Afrique dans son ensemble.

Sa politique africaine

Devant le parlement au Ghana, le président déclara que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ». Cette déclaration inaugure une nouvelle politique à l’égard de l’Afrique noire. Il a fallu attendre trois ans et demi après son accession à la magistrature suprême pour que le président Obama définisse sa politique africaine. Pourquoi ce retard ?

Selon certains observateurs, il a pris du temps pour élaborer une politique claire en même temps, demandé de liquider, pour son premier mandat, l’héritage des administrations précédentes : Clinton et Bush fils. Cette mission a été confiée au secrétaire d’Etat Hilary Clinton : mettre fin aux guerres en Afrique et privilégier le développement. D’ailleurs, Mme Hilary Clinton y a consacré tout un chapitre « Armes contre développement » dans ses mémoires : Les temps des décisions publiées en 2014.

A six mois de la fin de son premier mandat, l’administration Obama publie le 25 juin 2012, un document intitulé « La stratégie des USA envers l’Afrique subsaharienne ». Ce document définit la nouvelle politique africaine de l’administration durant son deuxième mandat. La mission est confiée au secrétaire d’Etat John Kerry, son proche ami.  Et sa politique africaine se résume en quatre points :   renforcer les institutions démocratiques ; stimuler la croissance économique, les échanges et les investissements ; faire avancer la paix et la sécurité et promouvoir les possibilités et le développement.

Dans la lettre signée par Obama pour accompagner le document annonçant la nouvelle politique de son administration à l’égard de l’Afrique, le président américain ne passe pas par quatre chemins. Ses idées sont claires. Pour Barack Obama, l’Afrique est plus importante que jamais pour la sécurité et la prospérité de la communauté internationale, et pour les USA, écrit-il. Il va encore plus dans sa détermination. Notre soutien à la démocratie est essentiel aux intérêts des Etats-Unis et c’est une composante fondamentale du leadership américain à l’étranger. A ce propos, dit Obama, « notre message à ceux qui veulent faire dérailler le processus démocratique est clair et sans équivoque : les Etats-Unis n’entendent pas demeurer impassibles quand des acteurs menacent des gouvernements légitimement élus ou qu’ils manipulent l’impartialité et l’intégrité des processus démocratiques, et nous serons les partenaires inébranlables de ceux qui sont acquis aux principes de l’égalité, de la justice et de l’Etat de droit.

La mise en pratique de la nouvelle politique africaine d’Obama se fait sentir au niveau d’en finir avec les guerres civiles et du respect des Constitutions par les présidents africains. Le Secrétaire d’Etat américain, le sous-secrétaire en charge de l’Afrique, les envoyés spéciaux à travers les sous régions africaines n’ont qu’un seul discours : « l’Afrique n’a pas besoin des hommes forts, il a besoin des institutions fortes ».  Obama est convaincu que l’absence de la démocratie et de la liberté est à la base de la misère des peuples africains. Il est également conscient que les guerres en Afrique handicapent la stabilité et le développement des Etats africains.

Pragmatique, le président Obama a organisé, pour la première fois dans l’histoire des Etats Unis, au mois d’août 2014, le sommet USA – Afrique où tous les chefs d’Etat et de gouvernements africains ont été invités pour leur transmettre, à deux ans de fin de son deuxième mandat, un message clair : Etat droit, un gouvernement ouvert, des institutions responsables et transparentes, des sociétés civiles robustes et le respect des droits de l’homme pour tous. En plus, Barack Obama va plus loin en jetant la base d’une coopération future avec l’Afrique. Depuis 2010, cinq cents jeunes leaders africains sont invités aux Usa chaque année pour établir ce nouveau partenariat.

De toute façon, toutes les actions politiques de Barack Obama en l’Afrique ne visent qu’à défendre des intérêts américains dans ce monde en pleine mutation. En plus, l’implication du président américain en Afrique tient à remédier l’indifférence de l’Union européenne et équilibrer une influence croissante de l’Asie, attirée par le potentiel de son marché et l’abondance de ses ressources, souligne Simon Serfaty. Leçon à tirer : les élites africaines doivent défendre les intérêts de leurs Etats au lieu de travailler pour leurs intérêts privés. 

Le sens de l’histoire

Entrant à la Maison Blanche, Barack Obama savait qu’il allait entrer dans l’histoire des USA et du monde. Pour David E. Sanger (2012), ancien correspondant en chef du New Times à la Maison blanche, Obama sera certainement un président historique pour ce qu’il est, pour ce qu’il représente. Mais être le premier africain-américain à accéder à la Maison Blanche ne suffit pas à marquer l’histoire américaine.

Selon Guillaume Debré, dans son ouvrage Obama face au pouvoir (2012), le président américain avait invité discrètement, la première fois, neuf historiens à la Maison Blanche, six mois après son élection en 2008. Barack Obama voulait avoir un éclairage historique sur les enjeux de sa présidence. Ces mêmes historiens étaient encore reçus à la Maison Blanche en 2010. A travers ces rencontres, le président se préparait à laisser son emprunte sur le destin national. 

Démocrate, Barack Obama a l’admiration pour l’ancien président républicain Ronald Reagan d’avoir changé la trajectoire de l’Amérique et placé les Américains sur une trajectoire fondamentalement nouvelle. Un autre symbole de taille, la statue de Winston Churchill a été remplacée par celle d’Abraham Lincoln dès son arrivée à la Maison Blanche. Le Président Abraham Lincoln a le mérite d’avoir aboli l’esclavage aux Etats-Unis d’Amérique. Or, l’histoire de l’esclavage aux USA est liée à celle de l’Afrique. Comme premier président africain-américain, Barack Obama va-t-il marquer l’histoire de l’Amérique et non celle de l’Afrique ? 

Dans son livre Un monde nouveau en manque d’Amérique publié en 2014, Simon Serfaty souligne que, pour chacun des présidents américains de l’après-guerre, le premier mandat a été une longue crise d’apprentissage. Obama n’a pas dérogé à cette règle. Durant son premier mandat, il est resté pragmatique et prudent, souligne Zaiki Laidi dans son ouvrage le Monde, selon Obama (2012). Un homme qui doit, en raison de la couleur de sa peau, prouver en permanence qu’il est patriote américain, car son élection n’a pas levé l’hypothèque raciste aux USA. Dans ces conditions, s’occuper de l’Afrique serait un sacrilège.

Pour son deuxième et dernier mandat, le président Obama a des mains libres pour s’impliquer personnellement dans la politique africaine et laisser son nom dans l’histoire.

Formidable machine intellectuelle, un homme extrêmement méthodique, minutieux et exigeant, un calculateur froid, accro aux normes, aux processus et à l’analyse, discipliné, Barack ne dévie pas de son objectif : formuler une décision politique efficace, relève Guillaume Debré. Pour Justin Vaisse, l’homme ne doute pas de ses qualités intellectuelles, de son jugement ni de sa bonne étoile. Cette confiance a un effet très important sur sa conduite de la politique étrangère : c’est lui, et personne d’autre, qui prend les décisions, à un point sans doute inégalé par le passé. 

C’est dans ce contexte qu’il faut prendre au sérieux les recommandations de Barack Obama aux chefs d’Etat africains, à savoir le respect des constitutions de leurs pays et des mandats présidentiels. Une chose est certaine : avant la fin de son deuxième mandat présidentiel, il réglera des comptes aux chefs d’Etats africains qui s’accrocheront au pouvoir. Barack est conscient que les générations africaines futures retiendront que son passage à la Maison Blanche non seulement a mis fin à l’Afrique des hommes forts et des présidents à vie mais aussi lui a permis de réaliser les rêves de son père. Barack Obama laissera son nom dans l’histoire de l’Afrique.

Freddy Mulumba Kabuayi

Politologue, IVLP « US Foreign Policy »

Président de la “Conscience Nationale Congolaise”


Cet article a été lu 5794 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0