RDC : Il y a un siècle, un pygmée congolais vivait aux Etats-Unis

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image Pygmée congolais

Il s’appelait Ota Benga, ce pygmée congolais d’origine Mbuti dans le Kasaï Occidental d’aujourd’hui. Il avait plus ou moins 23 ans en 1903 lorsqu’un missionnaire protestant américain, anthropologue de formation, le racheta dans un marché d’esclaves et l’amena aux Etats-Unis d’Amérique.

C’est l’histoire qu’a relatée un de nos compatriotes, Ngimbi Kalumvueziko, résidant à Washington aux Etats-Unis, dans un livre publié en 2011 aux Editions l’Harmattan à Paris sous le titre :  » Le Pygmée congolais exposé dans un zoo américain. Sur les traces d’Ota Benga « . Cet ouvrage n’a pas eu l’écho souhaité dans notre pays, alors que son auteur, après de longues recherches, a retracé l’aventure de ce pygmée depuis sa région d’origine jusqu’à sa mort le 20 mars 1916.

En effet, Ota Benga fit partie des descendants des pygmées qui furent, comme nous le savons, les premiers occupants du Congo. Pourchassés par les migrants bantu qui arrivèrent par la suite, ils furent acculés pour la survie de leur race à se retrancher progressivement dans des endroits les plus inhospitaliers de la savane, ou plus généralement dans les profondeurs de la forêt équatoriale. Au début du 20ème siècle, les pygmées sont encore prisés comme produits destinés à l’esclavage. C’est dans ce contexte qu’Ota Benga fut capturé après que son village ait été incendié et sa famille, dont sa femme et ses enfants, dispersée.

Ngimbi relate alors le parcours d’Ota Benga. Racheté par le missionnaire américain, il fut amené aux Etats-Unis et présenté ainsi, en compagnie des quatre congénères et d’autres représentants des races  » autochtones « , à l’Exposition Universelle de Saint-Louis (30 avril – 1er décembre 1904) en Louisiane. Ce fut naturellement un succès à cette époque où les théories de Darwin faisaient autorité surtout qu’il fallait absolument compléter le maillon manquant dans la chaîne de l’évolution entre le singe et l’homme. Mais après l’exposition, l’anthropologue revint au Congo en 1905 avec Ota Benga qui, sevré de sa famille disparue, ne pouvant plus s’y adapter, demanda de retourner en Amérique où les anthropologues adeptes du Darwinisme en particulier considéraient Ota Benga comme représentant d’une race inférieure, les Noirs plus proches des singes que les Blancs d’essence caucasienne formant l’espèce accomplie de l’évolution de l’homme. Ota Benga finit ainsi être exposé au zoo, enfermé dans une case avec des singes. Cette fois-ci, une partie de l’opinion américaine, minoritaire bien sûr, qui le considérait comme un être humain à part entière, s’en émut bruyamment.

Des pasteurs noirs de la BMS de Virginie qui prirent la tête du mouvement des protestations, voyant que c’est toute la race noire qui avait été humiliée, eurent finalement gain de cause en obtenant sa  » délivrance  » et l’amenèrent en 1910 à Lynchburg où il fut accueilli dans une communauté noire en vue de faciliter son assimilation. Il y vécut six ans et y apprit à livre et à écrire. Toutefois, nostalgique de la forêt natale qui lui manquait terriblement, et face aux difficultés d’intégration dans la société américaine, dans l’impossibilité de fonder un foyer à lui à cause de sa morphologie atypique, et désespéré de retourner au Congo, en pleine première guerre mondiale et sans moyens propres, il se suicida sans hésiter en se tirant une balle dans la poitrine. C’était le 20 mars 1916. Sa tombe a été identifiée à White Rock Cimetery de Lynchburg. Tandis qu’aux Etats-Unis, de nombreuses associations ont vu le jour en vue de perpétuer la mémoire d’Ota Benga, et même de faire rapatrier ses restes au Congo, chez nous au pays, l’existence de ce pygmée est ignorée.

La physionomie d’Ota Benga est pourtant connue puisque quelques-unes de ses photos ont été retrouvées. Il est un symbole fort pour la nation congolaise en construction. Son nom mérite d’être célébré et enseigné pour la postérité. (à suivre).

[Thomas Makamu]


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