Affaire David PETRAEUS : Un scandale pour la CIA et les États-Unis

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image David Petraeus - Ancien patron de la CIA

Portrait des principaux acteurs du scandale qui a éclaboussé le patron de la CIA, David Petraeus, contraint à la démission le 9 novembre 2012, après la divulgation d’une relation extraconjugale qu'il a entretenue avec sa biographe Paula BroadwellQue cache cette affaire et cette femme qui passionnent l'Amérique ?

David Petraeus - Héros de la guerre en Irak, le général a été nommé directeur de la CIA en 2011. Réputé pour ses compétences, il est considéré comme un professeur de guerre émérite, notamment pour sa stratégie de contre-insurrection. Il a démissionné vendredi 9 novembre à la suite de la divulgation d’une relation extraconjugale qu’il entretenait avec sa biographe, Paula Broadwell. Petraeus a avoué avoir eu une "conduite inacceptable à la fois comme mari et comme dirigeant d'une organisation" telle que la CIA. 

Paula Broadwell – Co-auteur d'une biographie "All In" du général parue début 2012, elle se serait rapprochée de Petraeus alors qu’ils faisaient du jogging ensemble à Kaboul, en Afghanistan. Lundi soir, des agents du FBI ont effectué une perquisition à son domicile, à Charlotte, en Caroline du Nord.

Jill Kelley – Cette femme de 37 ans serait une amie du couple Petraeus. Elle dit avoir reçu des e-mails de menace de la part de Paula Broadwell qui la considérait comme une rivale. Selon le New York Post citant un responsable gouvernemental, les e-mails comprenaient des phrases comme : "Je sais ce que tu as fait, va-t-en, éloigne-toi de mon mec". C’est à la suite de ses plaintes pour harcèlement au FBI qu’une enquête a été lancée et que la relation entre David Petraeus et Paula Broadwell a été découverte.

John Allen – Le commandant des forces de l'Otan en Afghanistan, remplaçant de David Petraeus après sa nomination à la CIA, est visé par une enquête. Selon un responsable du Pentagone, le FBI a découvert 30 000 pages de correspondance entre lui et Jill Kelley. Son éventuelle implication dans l’affaire Petraeus pourrait remettre en cause sa nomination, annoncée le 10 octobre, au poste de commandant suprême des forces de l'Otan en Europe. 

Comment le FBI a cyber-traqué David Petraeus et sa maîtresse

Le FBI a pu révéler la relation adultère du patron de la CIA David Petraeus grâce à des e-mails et à un compte Gmail peu sécurisés. L’enquête démontre les énormes pouvoirs du bureau du renseignement américain en matière de cyber-investigation.

Tout a commencé par des courriels menaçants envoyés il y a quelques mois à une jeune Américaine, Jill Kelley, et a abouti à la démission, la semaine dernière, du patron de la CIA, le général David Petraeus, et à la mise en cause du chef des forces de la coalition en Afghanistan, John Allen. 

Entre ces deux moments, le FBI a déployé tout son cyber-savoir-faire pour remonter la piste des mails compromettants. L’agence américaine de renseignements a, en bout de course, pu mettre en évidence la relation adultère entre David Petraeus et sa biographe, Paula Broadwell. 

Tout ça grâce à quelques comptes mails mal sécurisés. Le récit de cette cyber-traque en dit long sur les pouvoirs du FBI pour mettre son nez dans les conversations en ligne et sur la sécurité toute relative qu’offrent des services de messagerie électronique tels que Gmail (qui appartient à Google).

La plainte de Jill Kelley portait sur quelques courriels anonymes qui pouvaient s’apparenter à du cyber-harcèlement. Comme l’affaire impliquait le général David Petraeus, le FBI a sorti les grands moyens. D’après un compte-rendu très détaillé des étapes de l’enquête publié dans plusieurs médias américains comme le Wall Street Journal et le New York Times, les enquêteurs ont pris plusieurs semaines pour mettre un nom sur cette cyber-harceleuse.

Des mails à l’hôtel

Paula Broadwell a, en fait, été trahie par ses tentatives maladroites pour brouiller les pistes. Elle n’a certes pas envoyé les mails de chez elle, mais n’a pas pour autant protégé son accès à Internet en utilisant des services permettant d'être anonyme sur la Toile. Ainsi, l’analyse des métadonnées (informations cachées) des mails incriminés a révélé les adresses IP (identifiant sur le Net des ordinateurs) permettant de savoir d’où les courriels ont été envoyés.

Le FBI a pu récupérer une liste de plusieurs hôtels. Les enquêteurs ont ensuite vérifié quels autres comptes internet (messagerie électronique et autres services nécessitant une identification) ont été consultés depuis ces ordinateurs publics. En recoupant ces données avec la liste des personnes présentes dans ces hôtels et en vérifiant les déplacements de ceux qui pouvaient connaître le général David Petraeus, ils sont tombés sur Paula Broadwell. 

Commence alors la deuxième phase de l’enquête. Le FBI a demandé et obtenu l’accès à tous les comptes e-mails de la biographe du chef de la CIA. Le Bureau américain d’investigation s’est alors intéressé à un compte qu’elle partageait avec David Petraeus. En fait, les deux amants ne s’envoyaient pas de courriels mais communiquaient en rédigeant des brouillons stockés sur une boîte de messagerie Gmail à laquelle ils avaient tous les deux accès.

Une technique pour ne pas laisser de traces de courriels envoyés connue depuis le début des années 2000. Elle a, en effet, été utilisée par certains terroristes d’Al-Qaïda comme Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11-Septembre. Problème : si le contenu des messages envoyés est protégé par la loi américaine, les brouillons ne le sont pas. Le FBI a donc pu tranquillement les lire sans avoir besoin de l’autorisation d’un juge et sans avoir à en avertir Paula Broadwell ou David Petraeus. C’est ainsi que les enquêteurs ont pu comprendre la nature des relations entre ces deux personnes.

Législation archaïque

C’est aussi lors de ces recherches que le FBI est tombé sur les quelque 20 000 pages de courriels échangés entre Jill Kelley et le général John Allen. Si les contenus de ces messages ne seront probablement jamais rendus publics, le Pentagone les a jugé, mardi, “inappropriés”. Une découverte collatérale qui a entraîné la suspension de la nomination de John Allen au poste de commandant suprême des forces alliées de l’Otan en Europe.

Au-delà de l’enquête en elle-même, ce sont les pouvoirs dont dispose le FBI pour fouiller dans la vie numérique des gens qui commencent à poser question aux États-Unis. “Si le directeur de la CIA peut se faire avoir, personne ne peut dire aux États-Unis que sa vie privée sur l’Internet est protégée”, a souligné, mardi 13 novembre, dans le New York Times, Marc Rotenberg, président du Electronic Privacy Information Center (Centre d’information sur la vie privée électronique).

Car, à aucun moment, le service américain de renseignement n’a eu à informer les personnes impliquées des cyber-recherches en cours. “L’enquête ne devrait pas tant porter sur les agissements de David Petraeus que sur les méthodes utilisées par le FBI”, estime pour sa part Anthony D. Romero, directeur de l'American Civil Liberties Union (Association des libertés civiles américaines).

Pour cette ONG américaine, le scandale Petraeus démontre l’urgence de “moderniser la législation qui encadre les communications électroniques”. Aux États-Unis, la loi censée protéger les citoyens américains contre la cyber-curiosité des autorités remonte à 1986, une époque où les messageries électroniques n’en étaient qu’à leur balbutiement et où l’utilisation d'Internet n’était pas encore aussi sophistiquée et répandue qu’aujourd’hui.

Les zones d'ombre de l'affaire Petraeus

Après la divulgation du scandale d'adultère de David Petraeus, de nombreuses zones d'ombre subsistent autour de cette affaire.

Pourquoi le scandale n’éclate-t-il qu’aujourd’hui ? 

Au courant de la liaison entre David Petraeus et Paula Broadwell depuis l’été dernier, le FBI n'en a informé la commission du renseignement du Sénat américain que la semaine dernière, après la réélection de Barack Obama. "Nous aurions dû être informés, il s'agit de quelque chose qui aurait pu avoir un effet sur la sécurité nationale", a affirmé la présidente de la commission au lendemain de la démission du général. Les républicains, quant à eux, se sont indignés de cette absence de communication en pleine campagne électorale. Le Congrès américain auditionne ce mardi des responsables du FBI et de la CIA sur le déroulement de l'enquête.

Que savait Paula Broadwell sur l’attaque du consulat de Benghazi ? 

Au cours d’une conférence donnée le 26 octobre à l’université de Denver, Paula Broadwell déclarait : "L’annexe de la CIA à Benghazi détenait plusieurs miliciens libyens prisonniers, je pense que l’attaque de l’ambassade américaine [qui a coûté la vie à l’ambassadeur Christopher Stevens en septembre, NDLR] avait pour objectif de les libérer". Une affirmation en contradiction avec la première explication donnée par le gouvernement américain, selon laquelle l'attaque était dûe à une réaction à la diffusion du film "L'innocence des musulmans." Jeudi 15 novembre, la commission du renseignement du Sénat doit commencer des auditions sur l'attaque du consulat de Benghazi. Ayant démissionné, David Petraeus ne fera pas partie des responsables appelés à répondre aux questions.

Quel rôle a joué le mystérieux agent du FBI ? 

Jill Kelley aurait déposé plainte auprès d’un agent du FBI avec lequel elle avait, par le passé, noué une relation d’amitié. L’homme en question, dont l’identité n’a pas été révélée, lui aurait d’ailleurs fait parvenir des photos de lui torse nu. Bien qu’il était censé n'être qu’un intermédiaire au moment de l'enregistrement de la plainte et n’ait pas de compétence particulière en cybercriminalité, il serait resté très proche du dossier, selon un officiel américain, jusqu’à ce que sa direction l’écarte finalement de l’affaire.

Quel est le lien entre Jill Kelley et John Allen ? 

L’actuel commandant des forces de l’Otan en Afghanistan a échangé quelque 30 000 pages de correspondance avec Jill Kelley, une amie du couple Petraeus. L’impressionnant volume de documents échangés entre les deux personnes a pu être "déplacé" et constituer une violation du code militaire et une "conduite inconvenante pour un officier", a expliqué, sous le couvert de l'anonymat, un officiel américain de haut rang cité par l’AFP. Jill Kelley, une bénévole travaillant avec des anciens combattants blessés et des familles de soldats à Tampa, aurait été harcelée par Paula Broadwell, qui la soupçonnait d’entretenir une relation avec l’ancien patron de la CIA.

Le commandant de l'Otan en Afghanistan impliqué dans l'affaire Petraeus

Le général américain John Allen, commandant des forces de l'Otan en Afghanistan, est l'objet d'une enquête pour avoir envoyé des courriels "inappropriés" à une femme liée au scandale sexuel dans lequel l'ex-chef de la CIA David Petraeus est impliqué, a indiqué mardi un haut responsable américain de la Défense.

Cette information constitue un nouveau coup de théâtre dans le scandale qui a éclaté quelques jours après la réélection du président Barack Obama.

Un responsable du Pentagone a dit à des journalistes que le FBI avait découvert 30.000 pages de correspondance entre le général John Allen et Mme Jill Kelley, l'un des personnages-clés du scandale qui a mené l'ancien général et directeur de la CIA David Petraeus à une démission brutale la semaine dernière en raison d'une liaison adultère.

Mme Kelley avait informé le FBI qu'elle avait reçu des courriels de menaces. Après enquête il s'est avéré que Paula Broadwell, biographe et maîtresse de Petraeus, avait envoyé ces courriels. Le FBI est ensuite tombé sur les courriels entre Paula Broadwell et le directeur de la CIA qui ont fait éclater le scandale.

Ces informations ont été données aux journalistes qui voyageaient à bord d'un avion où se trouvait le secrétaire à la Défense Leon Panetta.

[avec Sébastian SEIBT/France24/Afp]


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