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Mondial 2014 - CAN 2013 : Les Léopards de RDC confrontés à de graves difficultés financières

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Manque de planification, insuffisance d’infrastructures sportives, improvisations, absence de politique de développement…, le Congo démocratique est loin d’être un pays qui a des ambitions sur les plans africain et international. Pire, le gouvernement des «surdoués» ne fait pas montre d’une ligne de conduite claire de la gestion du sport, particulièrement le football. Alors qu’au-delà des clivages politiques et ethnico-tribaux, le sport est le seul secteur dans lequel l’identité nationale congolaise trouve encore un sens. Les «surdoués» du gouvernement sont interpellés.

A moins d’une semaine de juin, mois décisif pour les Léopards dans la course pour la qualification à la Coupe du monde «Brésil 2014» et à la Coupe d’Afrique des Nations (Afrique du Sud 2013), la sélection congolaise se trouve confrontée à de graves difficultés financières qui l’empêchent de mieux préparer ses échéances. Le mercredi 23 mai, dernière date prévue pour le début du stage de préparation à Lubumbashi (Katanga), le gouvernement, le principal bailleur de fonds de la sélection, n’avait pas toujours encore débloqué le moindre sou pour permettre à la sélection d’aller affûter ses armes.

Le sélectionneur Claude Le Roy est sorti de sa réserve en début de semaine pour fustiger les mauvaises conditions dans lesquelles l’équipe travaille. A côté du manque de moyens pour la préparation de la sélection nationale, ses adjoints congolais sont toujours impayés. De peur de travailler avec un groupe qui n’est pas motivé, le technicien a menacé de rendre le tablier. Les esprits se sont calmés après la rencontre entre le ministre Baudouin Banza Mukalayi Nsungu et le sélectionneur. Initialement prévu pour deux semaines, le stage de Lubumbashi ne sera finalement que d’une semaine environ. Les Léopards auront ainsi perdu sept jours de travail dans les négociations pour l’obtention du décaissement des fonds.

Mais l’incident a permis de révéler à la face du monde comment est organisé le sport en RDC et surtout l’importance que lui accorde le gouvernement. En dehors de discours tenus en public par les uns et les autres, rien n’est fait en profondeur. Manque de planification, improvisations, absence de politique de développement…, le Congo démocratique ne dispose même pas d’infrastructures sportives dignes d’un pays qui a des ambitions sur le plan africain et international. Pour une population de plus ou moins de 70 millions d’habitants dont une bonne partie s’intéresse au sport, le pays ne dispose que de deux stades de niveau «acceptable» : le stade des Martyrs à Kinshasa et le stade Frédéric Kibasa Maliba à Lubumbashi (Katanga). Pour les autres disciplines, la situation est de plus que catastrophique. Il y en a, tout en étant agréés par le ministère de tutelle, ne disposent même pas d’infrastructures. Tout ceci rend quasi impossible le développement d’une activité sportive de haut niveau sur l’étendue de la République.

ABSENCE D’UNE VISION CLAIRE

Le programme quinquennal du gouvernement, adopté le 9 mai 2012 par l’Assemblée nationale, continue à alimenter la chronique. Avec le temps, l’on cherche à en pénétrer l’intelligence pour comprendre les profondes motivations de l’Exécutif. Avec un peu de recul, des analystes tentent également de décrypter les actions proposées par l’équipe Matata dans sa quête de consolider l’unité nationale. Ce qui aurait justifié, commente-t-on dans certains milieux, l’ajout au sein du ministère en charge des Médias d’une branche chargée de l’initiation à la nouvelle citoyenneté. Qu’en est-il alors ? Comment le gouvernement pense s’y prendre pour enraciner dans les mœurs congolaises ce nouveau concept de la citoyenneté ?

Si dans son programme, l’Exécutif national ne propose pas de définition claire du concept citoyenneté, il y a cependant des secteurs de la vie nationale qui, avec le temps, ont donné la preuve d’être le socle de l’identité nationale.

Sans doute, le sport, particulièrement le football, fait l’unanimité lorsqu’il faut s’affirmer comme congolais. Car, quand il s’agit de défendre les couleurs nationales dans une quelconque discipline sportive, les Congolais préfèrent taire leurs divergences. Tous, de Boma à Goma, de Kasumbalesa à Zongo, se retrouvent unis pour une seule cause : la défense de la patrie. Ce qui, apparemment, n’est pas de l’avis du gouvernement qui n’accorde à ce secteur qu’un rôle tertiaire.

Dans ses réponses aux préoccupations des députés nationaux, le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, a clairement reconnu que «la problématique de la cohésion et de l’unité nationales telle que rappelée dans les interventions de quelques honorables députés nationaux est une question de grande importance». C’est dans l’initiation à la nouvelle citoyenneté que le chef du gouvernement pense recréer cet élan. Aussi a-t-il relevé que «les exigences de la nouvelle citoyenneté congolaise à diffuser et qui ont été prises en compte au niveau de la structure du gouvernement sont envisagées, notamment dans le sens du renforcement des valeurs de patriotisme et de civisme dans tous les domaines de la vie nationale».

Ne pourrait-il pas explorer la fibre sportive pour recréer ce nouvel élan patriotique ? A court d’inspiration, le l’équipe Matata a négligé cette piste.

Limité dans ses choix stratégiques, le gouvernement ne trouve pas de mot pour étaler ses ambitions dans le domaine sportif. Pour Kinshasa, le sport passe pour un secteur à «charges et pertes diverses». Pas la peine de s’y attarder.

Pourtant, l’histoire récente de la RDC prouve à suffisance que le sport, seul secteur à avoir résister au vent de division, passe pour la dernière fibre de l’unité nationale. Quand il s’agit du sport, tous les Congolais parlent le même langage : le triomphe de l’emblème national.

Pire, le gouvernement ne fait pas montre d’une ligne de conduite claire de gestion des matières qui relèvent du sport. Ce qui laisse libre cours aux aventuriers de tous bords d’envahir ce domaine comme moyen d’enrichissement facile. Le ministère de Sport a été transformé en agence de voyage. Personne n’est sanctionné même en cas d’échecs à répétition.

LE GOUVERNEMENT EST AVERTI

Le football en a donné l’illustration. Après trois absences successives (2008, 2010, 2012) des Léopards des phases finales de la CAN, aucune initiative n’a été prise dans le sens de demander des comptes à ceux qui ont géré le football. On a privilégié le clientélisme et le copinage. On reprend les mêmes et on continue, sûrement pour les mêmes résultats. On se contente du strict minimum.

L’équipe nationale senior de football, particulièrement, est le symbole par excellence qui unit tous les Congolais aux quatre coins du pays quelle que soit leur couleur politique. Même pendant les périodes de guerres qui ont endeuillé la RDC, les matches des Léopards ont toujours été suivis avec beaucoup de passion. Le dernier trophée remporté par les Léopards «locaux» en Côte d’Ivoire en 2009 à l’issue de la 1ère édition du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) a été fêté avec faste à travers toute la RDC.

Au-delà de la performance sportive, ce succès avait, pour une des rares fois, permis aux Congolais de se sentir fiers d’appartenir à une nation. Les Léopards avaient montré à la face du monde que la RDC n’était pas seulement un pays de guerres, où les femmes sont, au quotidien, violées par des hommes en arme. Le Congolais, soit-il fan ou non du football, suit toujours avec intérêt les prestations des Léopards à travers le continent. Les résultats dans un sens comme dans l’autre influence sur la vie de tout un pays.

Le chef de l’Etat Joseph Kabila l’a compris. Il s’implique à fonds pour que l’équipe se prépare dans les meilleures conditions afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles. Après les trois absences en phase finale de la CAN, le chef de l’Etat a pesé de tout son poids pour faire revenir Claude Le Roy à la tête de l’équipe. Le technicien est le dernier qui a réussi à qualifier les Léopards à la phase finale d’une CAN en 2006 en Egypte.

L’Etat congolais a consenti d’énormes sacrifices pour s’offrir les services de cet entraîneur réputé pour son expérience dans le football africain. Il s’est fait malheureusement qu’en dehors des efforts du président de la République, rien n’est fait pour aider le sélectionneur des Léopards à mener à bien ses missions. C’est, à n’en point douter, une étrange contradiction. D’une part, on débourse des sommes colossales pour la rémunération du sélectionneur, d’autre part on prive à l’équipe les moyens pour sa préparation.

Les Congolais ont envie de retrouver leur fierté d’appartenir à un pays qui gagne et qui rayonne sur le continent. Le gouvernement est averti.

[Le Potentiel]