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Indécision, chaos, lenteur, la réponse de l'UE à l'épidémie d'Ebola en Afrique est arrivée trop tard !

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La gestion chaotique de la crise Ebola a poussé l'Union européenne, sous impulsion allemande, à travailler à la mise en place d'un groupe médical d'intervention pour combattre les futures épidémies dans les pays en développement.

Indécision, chaos, lenteur, la réponse européenne à l'épidémie d'Ebola dans l'ouest de l'Afrique est arrivée trop tard. Un constat partagé par les ONG, les politiques européens et le gouvernement allemand.

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, a insisté sur la nécessité de trouver une réponse commune face à de futures flambées épidémiques.

« Sur la base des expériences vécues lors de l'épidémie du virus Ebola, l'UE et les États membres travaillent sur la mise en place d'un groupe d'experts médicaux et logistiques possédant une expérience en situation de crise. On les appelle les casques blancs », a expliqué Frank Walter Steinmeier à EurActiv Allemagne.

« Ce groupe d'experts doit permettre aux États membres de réagir efficacement à l'avenir grâce à une action commune, coordonnée et rapide et notamment de réduire le plus possible le laps de temps entre l'apparition de la maladie et le déploiement des experts », a indiqué le ministre.

En gage de sa bonne volonté, le gouvernement allemand a mis a disposition son avion d'évacuation sanitaire « Robert Koch ». Unique au monde, cet Airbus de la Lufthansa a été transformé en un service volant d'isolement des contagieux. Il peut traiter et transporter en toute sécurité des patients malades à n'importe quel stade de la maladie.

Les partenaires européens pourront avoir accès au Robert Koch pour les futures opérations des casques blancs. « Nous faisons là une véritable contribution pour la mise en place de notre initiative commune » a rappelé le ministre des Affaires étrangères.

L'initiative des casques blancs sera menée à bien dans le cadre du mécanisme de protection civile de l'UE. C'est le Centre de suivi et d'information, basé à la DG environnement de la Commission européenne qui coordonnera les opérations.

Un total de 31 pays devraient participer à ce projet : les 28 États membres et l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège, qui devront fournir des experts, des équipements, des véhicules de transport et des modules d'intervention.

Les ministres des Affaires étrangères des autres pays membres de l'UE soutiennent également le projet de Frank-Walter Steinmeier.  Lors du  Conseil des ministres du 17 novembre  2014, ces derniers ont décidé de mettre en place ces missions avec la Commission européenne dès que « la phase aiguë de la crise » aura été surmontée.

Merkel demande l'intervention de forces de l'ONU

Parallèlement à ce déploiement de forces européennes, la chancelière allemande, Angela Merkel, travaille sur la mise en place d'une force internationale de casques blancs.

Avec l'appui de l'actuel président de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président ghanéen John Dramani Mahama, et de la première ministre norvégienne, Erna Solberg, Angela Merkel espère amener l'initiative devant les Nations Unies. La CEDEAO comprend des pays actuellement touchés par l'épidémie du virus Ebola comme le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée.

Pour Tankred Stöbe, directeur de Médecins Sans Frontières (MSF) en Allemagne, le terme de « force de casques blancs » n'est pas adapté. Selon lui, le nombre d'organisations privées ou publiques qui luttent déjà contre les épidémies est suffisant.

« Je doute qu'une unité supranationale puisse apporter une aide humanitaire de meilleure qualité, plus rapide et plus efficace », a-t-il expliqué.

MSF : La formation doit être améliorée

Les crises Ebola ont révélé le manque d'experts pour lutter contre les maladies hautement infectieuses et risquées dans les pays en développement, a indiqué le directeur de MSF Allemagne.

Olaf Müller, professeur de santé publique, salue quant à lui l'initiative du gouvernement allemand, mais rappelle que les pays en développement devraient être équipés pour être capables de se défendre eux-mêmes contre les flambées épidémiques.

« Ces pays ont besoin d'un système électronique d'alerte précoce en ligne. Toutes les informations concernant les cas d'épidémie, même dans les régions les plus isolées, doivent être collectées dans un centre », insiste Olaf Müller. L'UE doit proposer une formation adaptée aux populations locales car ces systèmes sont compliqués, a-t-il expliqué. Au Ghana, un tel « système de surveillance », fonctionne déjà très bien, a rappelé le professeur.

Les casques blancs nécessitent une formation en anthropologie

Selon Olaf Müller, les troupes des casques blancs devraient recevoir une formation en anthropologie. « Il est important d'analyser la culture des pays dans lesquels nous voulons agir » a-t-il expliqué.

Le point de vue biomédical de l'Occident n'est pas répandu dans les pays africains, a-t-il rappelé, notamment dans les régions rurales. Là-bas, les populations attribuent souvent l'émergence d'une maladie à un acte fautif ou à de la magie, estime l'expert santé de l'Université d'Heidelberg.

« Prenez le Burkina Faso par exemple. Lorsque le patient est atteint d'une maladie bénigne, il s'oriente souvent vers des guérisseurs, mais aussi vers des médecins formés à l'occidentale. Lorsque le malade est atteint d'un neuropaludisme grave et qu'il souffre de crampes, il ne voit plus les choses de la même manière.

De nombreuses personnes pensent que les symptômes sont causés par un oiseau qui survole le village pendant la nuit et qui leur provoque des crampes. Dans ces cas, les malades se tournent presque exclusivement vers des guérisseurs traditionnaux », a expliqué Olaf Müller. « Les volontaires occidentaux doivent se rapprocher des guérisseurs traditionnaux et les leaders religieux. »

[EurActiv]