Home | RDC | Elections | RDC : « Joseph KABILA » n’a pas dit son dernier mot

RDC : « Joseph KABILA » n’a pas dit son dernier mot

image

3ieme mandats, le grand maître de l’antre de Kingakati n’a pas dit son dernier mot et a certainement une (ou deux) cartouche dans sa présidentielle arme. Et pourrait, cette fois, bien taper dans le mille. Avec ce que cela occasionnerait dans le pays, de meilleur comme de pire.

« Tu ne modifieras pas l’article 220, car le jour où tu le modifieras, tu subiras les présidences à vie ». Tel est, humoristiquement dit, le salutaire avertissement adressé au peuple congolais par le Constituant de 2005. Mise en garde qui rappelle aux chrétiens la divine interdiction faite à Adam en d’autres temps et lieu. « Tu ne mangeras pas le fruit…, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain”. La comparaison est certes osée mais tient : les deux admonitions ont du sacré en elles.

Déverrouiller, « désacraliser » l’article 220 de la Constitution qui limite à deux les mandats successifs du chef de l’Etat. C’est bien à cela que s’activent, depuis quelque temps, le président Joseph Kabila et tous les bons et mauvais génies qui l’entourent. La camarilla présidentielle ne fait pas reposer ses méninges et va d’idée en idée, d’une stratégie à une autre. Au commencement a été un livre au titre alarmiste: « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation ». Son auteur ? Le juriste et professeur d’université Evariste Boshab, inoxydable kabiliste et actuel ministre national de l’Intérieur. Par sa volumineuse prose, ce dernier estime – le croît-il sincèrement lui-même ? – que sans la révision de « quelques » articles de l’actuelle Constitution, le fonctionnement du pays devra inévitablement connaître un blocage. Ses arguments sont aussitôt battus en brèche par ses collègues de la faculté et moqués par les Congolais. L’ouvrage fait flop.

Surgira à son tour sieur Mashala, membre actif du Pprd et autre chantre de la révision de la Constitution. Sa démarche et son discours ont tout du burlesque. Son argument massue ? « L’actuelle Constitution est l’œuvre des anciens mouvements armés et faite à leurs avantages. Il faut une nouvelle ». L’homme déclare avoir obtenu le nombre de signatures nécessaires à sa pétition exigeant une révision constitutionnelle. Sa croisade tourne court faute de crédibilité auprès de l’opinion.

Le camp présidentiel ne s’estime pas vaincu et fait preuve d’inventivité. Naîtra ainsi l’idée de la révision non de l’article 220 mais de la loi électorale. Le gouvernement propose que toutes les élections ne doivent être organisées qu’après le recensement de la population. Un organisme (Office national d’identification de la population) est créé à cet effet. L’ancien ministre de l’Intérieur et directeur de Cabinet de…Joseph Kabila est nommé à sa tête. Le travail de l’Onip doit prendre 3 ans – d’après les estimations minimalistes - et démarrer à partir de…2015. L’élection présidentielle est prévue pour 2016. L’intention du « glissement » est avérée et fait réagir l’opposition qui actionne la rue. Le projet de modification de la loi électorale est retoqué au Sénat lors d’une mémorable séance plénière retransmise en directe par la télévision nationale, dans une ambiance insurrectionnelle en dehors de l’hémicycle. Une trentaine de morts sont dénombrés durant les 3 jours d’émeute (19, 20 et 21 janvier 2015) qui ont secoué le pays, particulièrement Kinshasa. Le pouvoir réalise l’ampleur de la “bouderie” des Congolais et recule. Une énième occasion ratée pour les kabilistes de contourner le « 220 ». 

L’approche de la fatidique échéance constitutionnelle du 19 décembre 2016 donne des insomnies à l’establishment congolais. Quitter le pouvoir ? On se refuse à y penser. Il faut le « glissement », à tout prix. Multiples et diverses stratégies n’arrêtent ainsi de s’ébaucher dans la majorité présidentielle où ministres, sénateurs et députés ne réfléchissent et n’agissent plus en hommes d’Etat – qui, bien qu’étant d’un camp, voient d’abord l’intérêt général et se préoccupent de la bonne application des lois et du bon fonctionnement de l’Etat – mais plutôt en « militants », embués par la logique sectaire, n’émettant et ne défendant que les idées de leurs camps et ne voyant que leurs intérêts personnels et ceux de leurs partis ou regroupements politiques. Avec le risque de plonger la nation dans la division et le chaos. Le souhaite-t-on?

Joseph Kabila a-t-il épuisé toutes ses cartouches ? Apparemment non. Il lui en reste certaine une ou deux. Le « dialogue », vainement réclamé jadis par une frange de l’opposition et aujourd’hui bien enfourché par le président de la République, serait, pour certains analystes politiques, la voie par laquelle ce dernier pourrait obtenir son très rêvé « glissement ». Les supputations vont bon train. Qu’est-ce qui va y être dit qui n’ait pas été soulevé et débattu aux dernières concertations nationales ? Y a t-il du nouveau sous le soleil en RDC?

Regardons la boule de cristal et conjecturons. Le dialogue sera un rassemblement d’un petit nombre de Congolais triés sur le volet, bien « conditionnés », contrôlables, préalablement briffés sur les grands sujets à débats. Le pouvoir démontrera, non sans se contredire, que les moyens financiers font défaut – malgré la prétendue croissance économique répétitivement claironnée par Matata Ponyo – et qu’il ne sera ainsi pas possible d’organiser les différentes élections aux échéances prévues, conformément au calendrier de la Commission électorale. Le gouvernement proclamera toutefois sa volonté de les organiser toutes. « Il faut apurer tous les arriérés électoraux car toutes les élections se valent… », entend-on déjà dire. Le conseiller communal et le président de la République sont sans doute tous les deux élus au suffrage universel direct. Mais les deux fonctions se valent-elles en importance ? Pourra-t-on organiser « toutes » les élections quand, entre-temps, on déclare que les caisses de l’Etat sont vides ?

Le « grand » argument du manque d’argent sera le facteur justificateur des résolutions du Dialogue. On décidera de se donner du temps pour « bien » organiser les différents scrutins pour lesquels un large consensus national est souhaitable. On annoncera pour cela la nécessité d’une nouvelle période de transition avec un gouvernement d’union nationale d’une durée minimum de deux ans et auquel participeraient quelques « grands » noms de l’opposition. On donnera au nouveau gouvernement la mission de mobiliser les moyens pour l’organisation de toutes les élections.

Le « consensus national » qui sortira du Dialogue devra obliger la Céni à revoir son calendrier. Les élections communales et provinciales devront être renvoyées à plus tard, le temps, dira-t-on, d’enrôler les mineurs d’hier devenus aujourd’hui adultes. Le renvoi sine die de l’élection provinciale est d’ailleurs vivement souhaité par les sénateurs, les gouverneurs et les députés provinciaux qui veulent voir leur « glissement » - qui dure depuis 4 ans - se perpétuer afin qu’ils continuent de jouir de leurs (anormalement) « longs » mandats. Peuvent-ils, eux, psychologiquement refuser à Joseph Kabila d’obtenir, lui aussi, son « glissement » ? Un tacite « deal » n’existerait-il pas entre eux et le président de la République? Et Dieu seul sait combien de sénateurs, gouverneurs et députés provinciaux prendront part au Dialogue. Ne peut-on pas déjà et aisément présager des résolutions de celui-ci ? Ces derniers tiennent l’interminable prolongation de leurs mandats du principe démocratique qui veut qu’une charge reçue du suffrage universel ne soit mise fin que par le suffrage universel et, aussi, du principe de l’impératif de la continuité du fonctionnement de l’Etat. Si l’élection présidentielle n’est pas organisée à l’échéance constitutionnelle, Joseph Kabila pourra légitimement se prévaloir des mêmes principes et obtenir son "glissement", la prolongation de son mandat. Avec l’accord des Congolais?

Le grand maître de l’antre de Kingakati n’a pas dit son dernier mot et a certainement une (ou deux) cartouche dans sa présidentielle arme. Et pourrait, cette fois, bien taper dans le mille. Avec ce que cela occasionnerait dans le pays, de meilleur comme de pire.

[Wina Lokondo]