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RDC : Le compte à rebours de l’après «Joseph KABILA» a commencé

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Au cours de son point de presse de ce jeudi, Russ Feingold est allé plus loin en clamant haut et fort que le calendrier électoral tel que présenté par la Commission électorale nationale indépendante était de nature à susciter de remous socio-politiques. Premier contributeur au budget de la Mission de l’Onu au Congo, l’Amérique semble désormais considérer «Joseph Kabila» comme un «homme du passé». Un homme qui n’a surtout pas été capable de restaurer la stabilité du pays en dépit des appuis extérieurs multiformes dont il a pu bénéficié. «Des élections contestées pourraient nous coûter encore plus chères», a-t-il souligné. "La Ceni veut commencer le cycle électoral par les locales, alors que c’est bien l’élection présidentielle qui demeure le pivot du processus". «Si le président de la Ceni ne peut pas organiser toutes les élections, nous voulons connaître la date de la présidentielle dans les délais constitutionnels», a-t-il tambouriné.

Au cours d’un point de presse qu’il a animé, jeudi 5 juin, à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Kinshasa, l’envoyé spécial du président Barack Obama pour la Région des Grands lacs, le sénateur Russ Feingold, a réitéré l’exigence formulée à l’endroit de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), mardi 3 juin, par les envoyés spéciaux (ONU, UA, Etats-Unis, Union européenne) et le chef de Mission onusienne au Congo - d’élaborer un «calendrier global» des élections jusqu’en 2016. L’envoyé spécial américain a créé l’événement en ajoutant : «Si la Céni ne peut pas organiser toutes les élections, qu’elle fasse connaître au moins la date de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels». A Kinshasa, des observateurs - trop enthousiastes ? - estiment que le «compte à rebours» de l’«après-Joseph Kabila» a commencé.

Arrivé à Kinshasa, lundi 2 juin, les envoyés spéciaux de la «communauté internationale» ont rencontré plusieurs autorités congolaises avant de s’entretenir avec, le mardi 3 juin, avec «Joseph Kabila». L’entrevue a duré deux heures chrono. Soixante-douze heures auparavant, le chef de l’Etat congolais s’était cru en droit de tancer les chefs des missions diplomatiques en poste à Kinshasa. Il a accusé ceux-ci de s’immiscer sans titre ni droit dans les affaires «domestiques» du Congo démocratique. Il leur a rappelé que le pays est un «Etat souverain» et «qu’il n’est pas sous-tutelle».

La stabilité du Congo-Kinshasa 

Mercredi 4 juin, Russ Feingold a poursuivi son séjour dans la capitale congolaise. Il a rendu visite au président de l’Assemblée nationale, le PPRD Aubin Minaku, ainsi qu’à son collègue du sénat Léon Kengo wa Dondo. A l’un comme à l’autre, il a sans doute insisté sur la nécessité pour la Commission électorale de «produire» un «calendrier global» des élections allant des élections locales à la présidentielle. Et ce, en conformité avec le délai constitutionnel, soit entre 2014 et 2016. «Les kabilistes semblent minimiser ce qui ressemble bien à un avertissement, commente un observateur kinois. Ils croient que c’est une simple question d’argent et que Joseph Kabila pourrait desserrer l’étau en renonçant à l’aide extérieure pour le financement des élections. Les kabilistes sont aveuglés au point de ne pas voir que la puissante Amérique lie désormais la stabilité du Congo au départ effectif de Kabila à la fin de son mandat». 

Jeudi 5 juin, Feingold s’est entretenu avec plusieurs représentants des forces politiques et sociales « acquis au changement ». Il a par la suite animé une conférence.

Dans son point de presse, l’envoyé américain a rappelé le « strict respect de la Constitution ». Aussi, selon lui, il ne peut y avoir de prolongation du mandat présidentiel censé prendre fin le 19 décembre 2016. De même, il a exclu toute idée de révision de l’article 220 de la Charte fondamentale pour permettre au président sortant de briguer un troisième mandat. 

Cette disposition prohibe tout amendement constitutionnel touchant à la durée ainsi qu’au nombre de mandat présidentiel. Pour mémoire, le premier alinéa de l’article 70 de la Constitution stipule que « le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ». «Elu» en 2006 et en 2011, « Joseph Kabila» achève donc son second et dernier mandat.

Imbu de ses certitudes, le président de la Céni a rendu publique le calendrier des élections urbaines, municipales et locales. C’était le lundi 26 mai dernier. Aux termes de ce chronogramme, les consultations politiques devraient avoir lieu durant la période comprise entre le 10 juin 2014 et le 5 novembre 2015. Ouf! Dans cette logique, les élections provinciales, sénatoriales, présidentielle et législatives devraient se dérouler au cours de l’année 2016. Un pari impossible. Des analystes ont ainsi flairé la volonté de la mouvance kabiliste d’user des subterfuges pour retarder la date de "la mère de toutes les élections" sous le prétexte d’achever le recensement de la population. Ainsi, disposer d’un fichier électoral «plus fiable». 

Mardi 3 juin, l’envoyée spéciale des Nations Unies, Mary Robinson avait, au nom de ses collègues, sonné le tocsin en déclarant : « On a déjà le calendrier pour les élections locales, nous voulons vraiment avoir un calendrier global pour les élections jusqu’au mois de décembre 2016 ». Et de souligner qu’il importe que «nous voyions très clairement comment les différentes élections, locales, provinciales, législatives et présidentielle seront engagées, et comme ça nous, en tant que partenaire, on peut travailler avec la Céni ».

« Joseph Kabila », un homme du passé

Au cours de son point de presse de ce jeudi, Russ Feingold est allé plus loin en clamant haut et fort que le calendrier électoral tel que présenté par la Commission électorale nationale indépendante était de nature à susciter de remous socio-politiques. Premier contributeur au budget de la Mission de l’Onu au Congo, l’Amérique semble désormais considérer «Joseph Kabila» comme un «homme du passé». Un homme qui n’a surtout pas été capable de restaurer la stabilité du pays en dépit des appuis extérieurs multiformes dont il a pu bénéficié. «Des élections contestées pourraient nous coûter encore plus chères», a-t-il souligné. "La Ceni veut commencer le cycle électoral par les locales, alors que c’est bien l’élection présidentielle qui demeure le pivot du processus". «Si le président de la Ceni ne peut pas organiser toutes les élections, nous voulons connaître la date de la présidentielle dans les délais constitutionnels», a-t-il tambouriné.

Interrogé par des journalistes sur ce qui ressemble à un «acharnement» sur le Congo de « Joseph Kabila » alors que personne n’ose faire la leçon à un pays tel que l’Angola, « Russ » ne s’est pas laissé compter. « En Angola, a-t-il répondu, les choses bougent. Alors que, si on laisse faire, le Congo peut exploser à tout moment». 

Fin avril dernier, l’ancien sous-secrétaire d’Etat US aux Affaires africaines, Herman Cohen, avait été interrogé, par la Voice of America, dans le même sens en ce qui concerne le Rwanda. «Joseph Kabila n’a pas bien travaillé, il doit partir », avait-il réagi. Ajoutant : «Paul Kagamé n’est certes pas un démocrate mais a permis à son pays de progresser au plan économique et social». Devrait-on parler de prime au "despotisme éclairé"? 

Accord d’Addis-Abeba et la résolution 2098

A l’instar du secrétaire d’Etat américain John F. Kerry, Russ Feingold a estimé que « le président Joseph Kabila a déjà joué un rôle important dans l’histoire de la RDC en organisant en 2006 des élections acceptées par toute la communauté internationale comme étant démocratique». «Joseph Kabila et les faucons de son entourage semblent ignorer que la communauté internationale agit en toute légitimité sur la base notamment de l’Accord-Cadre sur la paix et la sécurité au Congo signé le 24 février 2013 à Addis Abeba et de la résolution 2098 du Conseil de sécurité», commente un juriste congolais.

En février dernier, les représentants des onze signataires dudit Accord s’étaient retrouvés à Addis-Abeba. Un plan d’action prioritaire était adopté pour s’assurer que les Etats tiennent les engagements pris lors de la signature de cette convention parrainée par les Nations unies.

Dans une interview - passée inaperçue - accordée le 24 février dernier à RFI, le chef de la Monusco, Martin Köbler, ne cachait pas un certain dépit. «Nous avons le mandat du Conseil de sécurité, pas seulement de combattre les groupes armés, mais aussi de travailler d’une manière constructive sur cette part de l’accord-cadre des engagements nationaux, par exemple sur la réforme de la sécurité». Pour lui, il s’agit d’une réforme essentielle. «C’est très important d’avoir une police qui est bien payée, qui est bien entraînée, une armée qui est réformée et qui va sécuriser la stabilité du pays». 

Les acteurs de la communauté internationale ont constaté que depuis le 24 février 2013, «Joseph Kabila» n’a guère amorcer la moindre réforme au niveau des forces de sécurité. Il concluait en ces mots : « (…). Notre priorité c’est la lutte contre les FDLR. Après la défaite militaire du M23, on a consacré deux tiers de notre force pour combattre les FDLR. Mais ça veut pas dire que l’on néglige le combat contre les ADF-Nalu. Le reste de la brigade d’intervention est consacré pour assister les FARDC dans leur combat contre les ADF-Nalu au Nord. (…). (...). Et notre priorité ce sont ces trois organisations : M23, FDLR, ADF-Nalu. Il faut d’abord régler les problèmes avec eux parce que plus tard, ce sera plus facile de régler ceux posés par les Maï-Maï. Mais j’admets qu’on a des cas de violations des droits de l’homme par les groupes Maï-Maï.»

Que va faire « Joseph Kabila » face à la ferme résolution de la « communauté internationale » de ne plus le voir même en photo au sommet de l’Etat congolais après le 19 décembre 2016 ? Va-t-il suivre les «super faucons» de son entourage en engageant une épreuve de force aux conséquences imprévisibles? Une chose paraît sûre : les jours, les semaines et mois à venir seront riches en rebondissement...

Baudouin Amba Wetshi