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Primature : Aux tshisekedistes ou aux kabilistes ?

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Cette fois-ci, son analyse part de la «crise post-électorale» en Rd Congo qui semble pousser certains candidats malheureux à afficher ouvertement leurs ambitions pour la Primature. L’ancien ambassadeur de la RDC en Italie scrute d’abord les trois tendances qui se dessinent au sein de la classe politique congolaise. La première, indique-t-il, est constituée des partis de la Majorité et de ceux de l’Opposition ayant adhéré à la vision de Joseph Kabila. Ce camp se dit prêt à oeuvrer au sein de différentes institutions de la République et ne juge pas nécessaire de chercher le Premier ministre en dehors de la plate-forme politique.

Deux autres tendances se retrouvent au sein de l’Opposition. Il y a celle des modérés qui, tout en saluant l’esprit d’ouverture et la main tendue du chef de l’Etat, réclament un dialogue inclusif pour un Gouvernement d’union nationale dirigé par opposant et celle (tendance) des radicaux de l’Opposition qui estime que sa victoire électorale a été confisquée et qui s’oppose à la tenue d’un dialogue et invite même le peuple à une insurrection civique. Ce qui, d’après l’analyste politique, suscite quelques interrogations au sein de l’opinion quant à l’effectivité de la crise post-électorale en Rd Congo.

Pour mieux répondre à cette préoccupation, Umba Ilunga juge nécessaire d’identifier au préalable ce qui distingue réellement la présidentielle des législatives nationales. «Personne, à ma connaissance, ne nie le fait que le processus électoral du 28 novembre 2011 ait été entaché d’irrégularités déplorables tant à la présidentielle qu’aux législatives», prend-t-il soin de relever de prime abord. Mais, la différence essentielle entre les deux scrutins, poursuit-il, c’est qu’à la présidentielle, aucune contestation, preuve en main, des résultats provisoires publiés par le pouvoir organisateur des élections n’a été enregistrée ni à l’interne, ni à l’externe.

Sur le plan interne, explique-t-il, en dehors des protestations de Tshisekedi qui s’est autoproclamé président de la République, Vital Kamerhe est le seul des dix candidats de l’Opposition à la présidentielle à avoir déposé une requête en contestation des résultats publiés par la Ceni. Mais, malheureusement, sa requête a été déclarée recevable dans la forme, mais non fondée par la Cour suprême de justice. Au plan extérieur, indique Umba Ilunga, révèle-t-il, «il n’échappe à personne que les accréditations des ambassadeurs des pays membres de la Communauté internationale continuent à être assurées auprès du chef de l’Etat, Joseph Kabila, dont la réélection n’est contestée par aucun pays étranger».

Ce qui sous-entend que le débat au niveau du scrutin présidentiel est déjà clos sur la validité des résultats provisoires publiés par la ceni et rendus définitifs par un arrêt de la Cour suprême de justice. Ce qui, déduit-il, prive de pertinence l’argument en faveur de la constitution d’un Gouvernement d’union nationale dirigé par un membre de l’Opposition.

A cette faiblesse, soutient-il, s’ajoute la crise politique interne qui secoue l’UDPS du fait que les mots d’ordre d’Etienne Tshisekedi connaissent de plus en plus de sérieux problèmes au niveau de leurs applications. Ainsi, sur les 42 députés élus de ce parti, 3 seulement (des membres de la famille biologique de Tshisekedi, à savoir son fils, sa soeur et son oncle) ont accepté de se plier aux injonctions des instances dirigeantes de l’UDPS. Et c’est à un membre de la direction politique du même parti que revient la présidence du bureau provisoire de la nouvelle Assemblée nationale. C’est cette faiblesse que l’Opposition traînerait comme un boulet au pied et qui justifierait les appréciations de l’Informateur.

Quant à la responsabilité de la crise post-électorale attribuée à la Ceni, Umba Ilunga trouve juste de parler de responsabilité partagée. Car, en dehors des reproches des uns et des autres, il importe de relever aussi les tergiversations du Parlement qui ont fait perdre à la Ceni un temps précieux au point d’être incapable de la doter d’un bureau constitué de manière à la placer au-dessus de la mêlée et à garantir sa neutralité face aux acteurs politiques en lice aux différents scrutins.

Enfin, notre analyste politique en arrive à examiner les raisons qui militent en faveur d’un Premier ministre issu de la majorité.  Et les arguments ne manquent pas pour soutenir cette thèse: recherche de la cohérence démocratique, respect des règles de la justice distributive ... Sur ce chapitre, l’ambassadeur Umba renoue avec son credo mettant au devant de la scène les trois provinces de la RDC qui ont offert à Joseph Kabila 62,17% du capital électoral: il y a d’abord le Katanga avec 2.823.234 voix, ensuite le Bandundu avec 1.419.619 voix et, enfin, la Province orientale avec 1.279.219 voix. A l’une des trois provinces, la Primature et aux autres deux vice-primatures sur les trois existantes. Mais, prend-t-il soin de préciser, le Bandundu est désavantagé dans la course vers la Primature pour avoir déjà eu la chance d’occuper la Primature à deux reprises.

En dehors de la préséance de deux provinces, le Katanga et la Province orientale, dans le choix du Premier ministre, pour Umba Ilunga, les choses sont claires: «Il est donc parfaitement juste que le futur Premier ministre puisse être issu du camp de ceux qui ont bataillé dur, tout au long de la législature précédente et pendant la campagne électorale qui vient de s’achever, pour que le chef de l’Etat puisse être reconduit dans ses fonctions à la tête du pays. Il ne s’agit ici ni d’exclusion, ni d’intolérance politique, mais plutôt de principe de justice à respecter dans le cadre du Gouvernement d’ouverture tel que voulu par le chef de l’Etat, Joseph Kabila».           

La  Primature doit-elle revenir à l'Opposition politique ou à la Majorité présidentielle ?

1. A propos de la  " crise politique post - électorale "

A écouter ce qui se dit ici et là,  cette " crise politique post - électorale " proviendrait de l'actuel Bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui serait, de l'avis de presque tous ceux qui en ont fait les frais et même de tant d'autres observateurs impartiaux, l'unique responsable des irrégularités qui ont émaillé les élections couplées du 28 novembre dernier.

Si toutes ces graves irrégularités n'avaient pas été commises en faveur du camp du pouvoir en place, l'ordre d'arrivée des candidats à la présidentielle aurait, disent-ils, été différent et bon nombre de députés proclamés n'auraient jamais eu l'honneur de siéger à l'hémicycle. Ce qui aurait épargné au pays cette crise politique qui couve et qui ne dit pas encore son mot, marquée par d’innombrables contentieux électoraux, la non reconnaissance des résultats provisoires publiés par la CENI et la mise en marche d'une diplomatie souterraine afin d'obtenir un Gouvernement, sinon d'union nationale, du moins de large ouverture. Lequel étant, de ce point de vue, considéré comme un mécanisme d'atténuation des effets du préjudice subi. Dans cette perspective et ce, paraît-il, pour anticiper  l'éventuelle impasse politique, certains candidats malheureux à la présidentielle affichent ouvertement leurs ambitions pour la Primature, abondamment relayées dans les médias. Cette prétention à ravir celle-ci à la Majorité présidentielle constitue d'ailleurs l'une des trois tendances révélées la semaine dernière par l'informateur au terme de sa mission de 19 jours sur les 30 du délai constitutionnel.

La première tendance est celle des partis membres de la Majorité présidentielle et de ceux issus des rangs de l'Opposition ayant adhéré à la vision du Président KABILA. Parmi eux, l'ADR de François MWAMBA, ex - Secrétaire Général du MLC, l'ATD de José MAKILA SUMANDA, ex - Gouverneur MLC de la province de l'Equateur et le RCD/KML d'Antipas MBUSA NYAMUISI, candidat malheureux à la présidentielle du 28 novembre dernier. Ces partis politiques, répondant favorablement à l'ouverture prônée par le Chef de l'Etat non sans suggérer des amendements sur certains axes du programme du futur Gouvernement, se disent prêts à œuvrer au sein des différentes Institutions de la République. Pour eux, il n'est pas envisageable de chercher le Premier ministre en dehors de leur plateforme politique. En revanche, au sein de l'Opposition se dégage deux tendances. D'une part, celle des modérés qui, tout en saluant l'esprit d'ouverture et la main tendue du Chef de l'Etat, réclament, cependant, de vive voix, un dialogue inclusif destiné à mettre en place un Gouvernement d'union nationale dirigé par un Premier ministre de l'Opposition. D'autre part, une autre représentée essentiellement par les radicaux de l'Opposition qui, estimant que leur victoire électorale est, à ce jour, confisquée par les ennemis du réveil congolais, exigent le respect de la volonté du changement telle qu'elle s'est récemment exprimée dans les urnes. Ils prétendent, par conséquent, n'avoir aucun intérêt à concevoir un dialogue républicain avec des gens qui veulent diriger le pays par défi. Ils invitent, en réaction contre ces dirigeants véreux, le peuple à une insurrection civique. Ces ambitions, somme toute légitimes, qui se manifestent à travers ces deux dernières tendances, suscitent, néanmoins, des interrogations au sein de l'opinion quant à l'effectivité de la crise politique post - électorale dont les ténors de l'Opposition parlent à longueur des journées. Cette crise est-elle réelle ou, au contraire, fictive et créée artificiellement pour les besoins de la cause ? On ne peut répondre à cette question fondamentale sans identifier préalablement les éléments qui distinguent la présidentielle des législatives nationales.

2. De la différence entre les scrutins présidentiel et législatif

Personne, à ma connaissance, ne nie le fait que le processus électoral du 28 novembre 2011 ait été entaché d'irrégularités déplorables tant à la présidentielle qu'aux législatives. Le Président de la République lui-même, au cours de sa première conférence de presse post - électorale, a eu à le reconnaitre sans ambages. Cependant, à l'analyse des faits, on peut, à ce jour, affirmer que la différence essentielle entre ces deux scrutins est qu'à la présidentielle, aucune contestation, preuve en main, des résultats provisoires publiés par le pouvoir organisateur des élections n'a été enregistrée ni à l'interne, ni à l'externe. En effet, sur le plan interne, mises à part les protestations d'Etienne TSHISEKEDI qui s'est autoproclamé Président de la République avant même le scrutin, l'Honorable Vital KAMERHE est le seul des dix candidats de l'Opposition à la présidentielle à avoir déposé une requête en contestation des résultats provisoires publiés par la CENI. Malheureusement pour lui, il l'a fait d'une manière telle que son argumentaire a été balayé d'un revers de la main par la Cour Suprême de Justice ( CSJ ), amenée à  déclarer sa requête recevable dans la forme mais non fondée.

De même, sur le plan extérieur, il n'échappe à personne que les accréditations des Ambassadeurs des pays membres de la Communauté internationale continuent à être assurées auprès du Chef de l'Etat, Joseph KABILA, dont la réélection n'est contestée par aucun Etat étranger. Il est donc clair qu'au niveau du scrutin présidentiel est déjà clos le débat sur la validité des résultats provisoires publiés par la CENI et rendus définitifs par un arrêt de la Cour Suprême de Justice. Il s'en suit tout naturellement que la clôture de ce débat politico-juridique prive de toute sa pertinence l'argument en faveur de la constitution d'un Gouvernement d'union nationale dirigé par l'Opposition. Car, celui-ci demeure tributaire de la véracité de l'affirmation selon laquelle Joseph KABILA, ayant volé à Etienne TSHISEKEDI sa victoire, la réparation du préjudice qui en résulte implique la participation de tous dans les différentes Institutions de la République. L'effondrement de l'architecture de cet argument évoqué constamment à l'appui de ses prétentions à la Primature, amoindrit sensiblement le pouvoir de persuasion de  l'Opposition dans ce domaine précis. 

A cette faiblesse, s'ajoute une autre consécutive à la crise politique qui secoue dans tous les sens l'UDPS avec risque d'aggravation dans les jours qui suivent. Cette crise interne est due au fait que les mots d'ordre de son leader Etienne TSHISEKEDI connaissent de plus en plus des sérieux problèmes au niveau de leurs applications. On peut, à titre d'exemple, citer le dialogue des  sourds  dû à des dissidences d'opinion qui éclatent au grand jour entre la direction du parti et ses cadres censés le représenter à l'Assemblée nationale. En effet, si, en théorie, on a tous entendu le leader de l'UDPS proclamer l'annulation du scrutin législatif et demander fermement à tous les concernés d'en tirer les conséquences logiques qui en découlent, on est, cependant, surpris de constater que, dans la pratique, presque tous ses élus ainsi que ceux des partis alliés ont choisi d'exercer leurs mandats d'élus nationaux. Et ce, en dépit des menaces réitérées d'exclusion du parti proférées contre eux.

Ce qui fait que sur les 42 députés élus de l'UDPS, trois seulement, tous membres de la famille biologique d'Etienne TSHISEKEDI (son fils, sa sœur et son oncle), ont accepté de se plier aux injonctions des instances dirigeantes du parti. Comme si cela ne suffisait pas, c'est en plus, comble d'ironie, à un membre de la direction politique de l'UDPS que revient, de par son âge, la présidence du Bureau provisoire de la nouvelle Assemblée nationale qualifiée d'illégitime par son parti. Toutes ces vives tensions, qui se manifestent avec force suite à cette forme de rébellion des députés élus sous la bannière de l'UDPS qui se sont, de ce seul fait, auto-exclus de leur famille politique, mettent au bord de la crise de nerfs la deuxième formation politique du pays qui aurait pu, de par le nombre de ses élus et sa charge historique, servir de fer de lance à toute l'Opposition.

Je crains que ce ne soit cette faiblesse, que l'Opposition traine en ce moment comme un boulet au pied, qui justifierait les appréciations de l'informateur livrées à l'opinion à l'issue de ses entretiens fructueux avec les 19 partis, regroupements politiques de l'Opposition et les forces sociales qui ont accepté de répondre à son invitation. De ces consultations, il ressort que la main tendue du Chef de l'Etat ne signifie pas qu'il faille s'attendre à la nomination d'un Premier ministre issu de l'Opposition, mais implique plutôt l'intégration de celle-ci, à titre individuel, au Gouvernement, sur base de compétences éprouvées, d'intégrité morale et de patriotisme. Refusant une telle option, les leaders de l'Opposition, pour palier l'insuffisance de leurs moyens de lutte, se sont investis dans une diplomatie souterraine très active, sollicitant l'appui des membres influents de la Communauté internationale dans l'espoir d'infléchir la position, à ce sujet, de l'Autorité morale de la MP.  C'est dans ce cadre que pourrait s'expliquer la publication, à la veille de la nomination d'un formateur, du Rapport détaillé de la Mission d'observation de l'Union européenne, assorti de 22 recommandations visant, entre autres, la réforme profonde de la CENI de manière à la rendre plus apte à organiser les élections à venir suivant les normes de la transparence, de la liberté et de la démocratie.  Ce qui sous-entend que, de par sa gestion controversée du processus électoral, une suspicion régnerait sur bon nombre des résultats électoraux publiés dans des mauvaises conditions. Du coup, l'Opposition, qui n'en n'attendait pas moins, s'est sentie confortée dans ses analyses débouchant sur une situation électorale où il n'y aurait ni vainqueur ni vaincu et dont la reconnaissance entrainerait le rééquilibrage des rapports de force autour de la Table de négociation en vue de la constitution d'un  Gouvernement d'union nationale qu'elle dirigerait.

Si, à ce sujet, il apparait qu'à la présidentielle, comme il a déjà été démontré ci-dessus, la cause est entendue, il en va, en revanche, tout autrement au niveau des législatives où la Cour Suprême de Justice croule sous le poids des requêtes en contestation des résultats introduites par des requérants tant honnêtes que ceux qui, malheureusement, sont animés  de  mauvaise foi. Selon ces derniers, l'entière responsabilité de cette situation désastreuse incomberait à la CENI, et plus particulièrement à son Président, le Pasteur Daniel NGOY MULUNDA.

Ce qui est fort possible compte tenu de la validité des raisons sur lesquelles ils s'appuient. Mais comme dans la vie, il est déconseillé de ne tenir compte que d'un seul point de vue, la réalité étant généralement plus complexe qu'on ne le croit au premier abord, on est forcément invité à collectionner les opinions les plus diverses sur la question pour en avoir le cœur net. Ainsi, s'agissant de la CENI, lorsqu'on va au-delà de la partie visible de l'iceberg, force est de constater que les affirmations péremptoires, à son sujet, des ténors de l'Opposition semblent excessives dans la mesure où, sous un autre angle de vision, il serait plus juste de parler d'une responsabilité partagée. Car, nombreux sont ceux qui accablent de reproches le Parlement congolais dont les tergiversations ont fait perdre à la CENI un temps précieux au point de se révéler, calculs politiciens aidant, incapable de la doter d'un Bureau constitué de manière à la placer au-dessus de la mêlée et à garantir sa neutralité face aux acteurs politiques en lice aux différents scrutins. Sans oublier le fait qu'une partie du mal dont on se plaint proviendrait plus de la mentalité congolaise elle-même considérant la débrouillardise aux dépens d'autrui, même sur fond de corruption, comme un moyen normal de résolution des problèmes qu'à la CENI où sur les 7 membres qui la composent, 4 sont issus de la Majorité au pouvoir et 3 de l'Opposition institutionnelle.

Puisque les décisions relatives au déroulement des élections étaient prises par consensus, chacun des membres de la  CENI devant apposer sa signature au bas de chaque document avant qu'il ne soit porté à la connaissance du public, il revenait donc à chaque famille politique d'y désigner des représentants dignes de confiance et conscients de l'importance pour le pays de la mission qui leur a été confiée. Ainsi, serait-elle en mesure d'avoir des délégués l'informant régulièrement de l'évolution des travaux au sein de la CENI. Et si, d'aventure, malgré la qualité de cette communication, elle s'estimait victime d'une irrégularité quelconque qui aurait échappé à l'attention de ses représentants, elle aurait la faculté de la leur signaler à temps pour vérification et éventuellement correction. Ne pas l'avoir fait en temps opportun, alors que, tout au long du déroulement du processus électoral, l'Opposition n'a cessé de parler des preuves tangibles de tricherie à grande échelle qu'elle détenait, constitue en soi une grave faute de négligence qui la rend partiellement responsable des maux dont elle se plaint aujourd'hui. Même dans l'hypothèse, qui reste à vérifier, où il y'aurait eu corruption de ses délégués présentés au départ comme détenant le monopole de l'intégrité morale et de la conscience professionnelle, l'Opposition ne pourrait être exonérée de sa responsabilité pour y avoir désigné des représentants corruptibles et indignes de la confiance placée en eux. Ce qui nous renvoie à ce passage de l'Evangile qui nous parle de " celui qui voit la paille dans l'œil du voisin et ne voit pas la poutre dans le sien. " 

A un autre niveau de responsabilité, il convient de relever que  presque tous les candidats malheureux, de quelque bord politique qu'ils soient, se disent, à tort ou à raison, avoir été victimes du vol des voix au profit de leurs adversaires plus fortunés. Il n'y a donc pas lieu de penser que seuls  ceux de l'Opposition ont des raisons valables de se plaindre de ce soi-disant hold-up électoral dénoncé, à cor et à cri. Car, paradoxalement, la plupart des contentieux électoraux, dont la Cour Suprême de Justice est saisie, oppose beaucoup plus les candidats membres de la Majorité présidentielle entre eux. De la même manière, il ne serait pas surprenant que ceux de l'Opposition aient eu, eux aussi, à souffrir des mêmes actes délictuels de la part de leurs camarades de parti. C'est ce qui fait qu'en matière de critiques virulentes adressées, de bonne ou mauvaise foi, à l'actuel Bureau de la CENI, les candidats malheureux de la Majorité présidentielle comme ceux de l'Opposition politique émettent tous sur une même longueur d'ondes. Pour obtenir la réparation du préjudice subi, certains d'entre-eux ont eu, en confiance, recours  à la CSJ. Tandis que d'autres l'ont fait uniquement pour amuser la galerie. C'est donc  au terme de l'examen de 508 recours en contentieux électoraux issus des élections législatives du 28 novembre 2011  que l'opinion sera, une fois pour toute, fixée sur les noms des 478 députés élus devant siéger à la chambre basse. Ce qui constituera un préalable important pour le déclenchement du processus de l'élection du Bureau définitif de l'Assemblée nationale et, partant, de la nomination par le Chef de l'Etat du Premier ministre.

Pour prévenir les surprises désagréables qui en résultent habituellement, il convient de rappeler que dans le cadre de l'examen des recours relatifs aux contentieux électoraux, le requérant devra d'abord régler les questions de forme qui, en droit, priment sur le fond. Une fois cette étape franchie,  il devra parvenir à étayer sa prétention sur des preuves indiscutables. Le non règlement de ces questions de forme et de droit amène généralement l'organe de la loi à prendre une décision contraire à celle qu'attend de lui tout plaignant de bonne foi. Lequel crie aussitôt à l'injustice, ne pouvant comprendre qu'en droit, avoir raison est une chose, savoir le prouver en est une autre. Les conclusions, tirées des considérations qui précèdent, ramènent, du moins je l'espère, dans les limites de l'acceptable, les prétentions, aussi légitimes soient-elles, de l'aile modérée de l'Opposition politique qui se bat pour la Primature.

3. Pourquoi le Premier ministre doit être issu de la Majorité présidentielle

Les raisons de la levée de cette option peuvent aisément se trouver dans les domaines relevant de la cohérence démocratique et de la Justice distributive.

a) Recherche de la cohérence démocratique

La cohérence démocratique implique que le peuple, une fois qu'il a, par un vote massif, porté, au cours des procédures électorales ou référendaires auxquelles il est convié, son choix sur des personnes devant le représenter et prendre des décisions en son nom, s'attende à ce que ces dernières exercent effectivement le mandat qui leur a été confié. Les candidats étant d'opinions différentes, parfois contradictoires, le choix que le plus grand nombre d'électeurs aura fait constitue, pour les uns, une source de la légitimité du pouvoir qu'ils exercent et, pour les autres, de l'obligation de jouer à merveille dans l'Opposition leurs rôles constitutionnels. Car, en démocratie, il est inimaginable de ne pas avoir, face au détenteur du pouvoir, une Opposition constructive qui propose, contrôle et veille au respect des normes de la bonne gouvernance. Chacun de ses ténors devant prendre son mal en patience et travailler d'arrache-pied de manière à convaincre le plus grand nombre possible de ses compatriotes qu'il est à même de conduire une alternance capable de répondre aux attentes tant de ses électeurs que de la Nation toute entière. Sachant que le peuple étant d'opinions changeantes, les opposants d'aujourd'hui sont les gouvernants de demain et vice-versa. Malheureusement, il s'agit-là d'une vertu très rare dans le microcosme politique congolais où l'empressement à réaliser ses ambitions est monnaie courante. Chacun voulant avoir tout et tout de suite. C'est donc par manque de patience que certains candidats malheureux à la présidentielle prennent le risque de surprendre désagréablement leurs électorats en cherchant à tout prix, au lendemain de leurs défaites, à devenir, par le biais d'une crise politique fabriquée de toutes pièces pour les besoins de la cause, le Premier ministre du Président qu'ils ont, hier, diabolisé à outrance. Et ce, au mépris de cette règle du jeu démocratique selon laquelle celui qui gagne les élections, doit gouverner et celui qui les perd, entrer dans l'Opposition.

Pour écarter tout risque de malentendu, je tiens à préciser que, par le rappel de ces règles de la cohérence démocratique, je ne veux nullement insinuer qu'il serait interdit à tout vainqueur de l'élection présidentielle d'offrir de travailler avec tous ses compatriotes ayant le profil recherché de quelque bord politique qu'ils soient. Pour peu, bien entendu, qu'ils viennent, non pas dans le but de se bâtir des fortunes pour mieux préparer les prochaines échéances électorales au cours desquelles ils revêtiront de nouveau leurs statuts d'opposant, mais plutôt pour enrichir de leurs savoir-faire l'équipe gouvernementale dont ils sont membres à part entière et à laquelle ils prêtent main forte de manière à augmenter sensiblement son coefficient d'efficacité au mieux de l'intérêt général.

Mais comment le savoir ? D'où les réserves de tout Chef qui connait presque toujours la valeur des hommes et des femmes à son service, mais jamais celle de ceux qui aspirent à les remplacer. C'est donc à ce niveau-ci que devraient, à mon humble avis, se définir les critères d'entrée au Gouvernement, laissant apparaitre, en plus de la compétence de l'intéressé, sa loyauté tant envers le Chef de l'Etat qu'au pays qui croit en lui.

b) Respect des règles de la Justice distributive

Dans l'une de mes précédentes réflexions, l'accent a été mis sur le risque de mécontentement qui se révèle toujours lorsque le nombre des postes à se répartir est de loin inférieur à celui des prétendants. Pour le réduire,  l'opinion est invitée au respect d'un certain nombre de principes objectifs constitutifs de la Justice distributive, se fondant sur le mérite de chacun. Ainsi, nous parait-il juste que chacune de nos onze provinces puisse jouir du fruit de son investissement d'une façon proportionnelle à son degré de contribution à la réélection de Joseph KABILA.

Au regard de ce critère d'appréciation, il est donc logique de penser  que le Katanga avec ses 2.823.234 voix, le Bandundu avec ses 1.419.619 voix et la Province-Orientale avec ses 1.279.219 voix, représentant, à elles trois, une contribution de 62,17% du capital électoral de Joseph KABILA, ont beaucoup plus de chance que les huit autres d'obtenir, l'une la Primature et les autres, deux sur les trois Vices-Primatures existantes. Autrement dit, est conforme à cette règle de la Justice distributive, exigeant une récompense au prorata de la contribution de chacun, le fait que le Président Joseph KABILA puise le Premier ministre et les deux Vices-Premiers ministres dans le vivier de ces trois provinces-clé, à savoir le Katanga, le Bandundu et la Province-Orientale. Le Bandundu étant, à ce sujet, désavantagé pour avoir déjà eu la chance d'occuper, à deux reprises, la Primature au cours de la précédente législature.

Dans cette perspective, il revient au Chef de l'Etat, qui dispose de tant d'autres sources d'information, de choisir son futur Premier ministre parmi les diverses personnalités éminentes de ces trois provinces-clé, celle qui lui semble le mieux incarner la nouvelle génération des hommes et femmes politiques de la RD Congo, à la fois unanimement respectée pour ses compétences en matières économiques, pouvant se prévaloir d'un bilan positif dans l'exercice de ses fonctions passées et présentes, respectueuse des règles du jeu démocratique et de la bonne gouvernance, n'ayant jamais fait l'objet de scandales politico-financiers qui ont défrayé la chronique ces dernières années, appréciée dans son milieu professionnel pour sa grande sensibilité aux souffrances des membres de son personnel indépendamment de leurs appartenances ethniques ou provinciales, ayant un poids parlementaire considérable et dont la loyauté envers lui est à tout épreuve.

A partir du moment où l'on reconnait, d'une part, que le profil de cet oiseau rare peut correspondre à celui d'une personnalité appartenant aussi bien à l'Opposition politique qu'à la Majorité présidentielle et que, d'autre part, la charité bien ordonnée commence par soi-même, il est donc parfaitement juste que le futur Premier ministre puisse être issu du camp de ceux qui ont bataillé dur, tout au long de la législature précédente et pendant la campagne électorale qui vient de s'achever, pour que le Chef de l'Etat puisse être reconduit dans ses fonctions à la tête du pays. Il ne s'agit ici ni d'exclusion, ni d'intolérance politique, mais plutôt de principe de Justice à respecter dans le cadre du Gouvernement d'ouverture tel que voulu par le Chef de l'Etat, Joseph KABILA KABANGE.  

UMBA  ILUNGA  Analyste  Politique