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Scrutin 2011 en RDC : Indignation !

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La République démocratique du Congo navigue à vue, visiblement sans repères. Le gouvernement, réputé «démissionnaire» depuis le 20 décembre 2011, ne se réunit pratiquement plus. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’est pas en mesure de publier les résultats provisoires des législatives à la date de son propre calendrier (13 janvier 2012). Les candidats à la députation nationale, toutes tendances confondues, crient à la «fraude massive» et à la «manipulation» des résultats. Déboussolée, la classe politique congolaise donne à penser qu’elle ne maîtrise rien. Sans idée exacte de véritables enjeux d’un pays promis à un bel avenir.

Avant même leur publication officielle programmée dans le calendrier pour «le 13 janvier 2012», les résultats provisoires des élections législatives du 28 novembre 2011 sont l’objet de nombreux contentieux sur l’ensemble du territoire national.

Un communiqué de la CENI, justifiant le report «de 7 jours pour les circonscriptions des provinces et de 14 jours pour la ville de Kinshasa» à cause de la «suspension (à partir du 21 décembre, ndlr) de l’opération de compilation des résultats pendant deux semaines à Kinshasa», a plus envenimé la situation qu’il n’a aidé à assainir le climat de suspicion. «La publication des résultats provisoires des élections législatives n’interviendra qu’après la vérification ou le recomptage des résultats dans les circonscriptions concernées par des cas de contestations et de réclamation», a expliqué un membre du Bureau de la CENI.

Annoncée ensuite pour le 18 janvier 2012, la publication des résultats de dix provinces (449 députés) - où «plus de 80%» de ces résultats sont officiellement compilés à l’exception de Kinshasa (51 élus)- a été reportée sine die le même jour. L’absence dans la capitale des «missions envoyées en provinces», chargées de superviser la compilation des résultats, en est la nouvelle justification.

Distraction lourde de conséquences

A l’analyse de la situation politique qui prévaut en RDC, on note une distraction lourde de conséquences dans le chef des leaders politiques congolais. C’est à croire qu’ils ne maîtrisent pas les aspirations du peuple, notamment la paix, la sécurité, la liberté, le bien-être social et la renaissance de la nation. Ils donnent la terrible impression de n’avoir pas encore appréhendé la volonté et la farouche détermination des Congolais à «relever» et «panser» les plaies de leur pays «pour un rebond vers des jours meilleurs».

Il y a quelques mois, un diplomate occidental déclarait que «la situation que traverse aujourd’hui la RDC n’est pas une fatalité», indiquant que son pays «veut faire voir au peuple congolais qu’il n’a pas perdu tous les repères». Il fondait sa conviction sur le fait qu’«il y a des gens d’exception que la RDC devait prendre comme référence dans cette voie difficile de développement».

L’élite, la RDC n’en manque pas. Ils sont légion les Congolais formés dans les meilleures universités et les académies les plus prestigieuses du monde. Partout où ils œuvrent, sauf en RDC, ils brillent par leur expertise saluée par les pays qu’ils utilisent. Un savant américain, d’origine congolaise, a même travaillé à la NASA !

Mais, dès que ces brillants cerveaux rentrent au pays, c’est comme si un virus «made in RDC» leur est inoculé pour mieux les «intégrer» dans les anti-valeurs devenues des vertus au Congo-Kinshasa. Ils sont partagés entre la «morale» et «l’immorale». Méprisant la «justice» et la «vérité» pour s’accommoder au «fait accompli», sans effort remarquable en vue d’apprécier la «forme» et le «fond».

Sinon, comment expliquer que de brillants professeurs d’université et des intellectuels bien formés, évoluant dans les institutions de la République, viennent à oublier l’essentiel pour la RDC et le peuple congolais.

Ce vendredi, le président de la République totalise 30 jours depuis sa prestation de serment au Mont-Ngaliema. Et n’eût été l’amateurisme de la CENI, il aurait déjà une certaine idée de la configuration politique de l’Assemblée nationale pour la désignation d’un formateur du gouvernement issu de la majorité parlementaire.

L’année ayant démarré sans loi des finances, la confirmation des résultats provisoires par la Cour suprême de justice et la mise en place du bureau de l’Assemblée nationale «dans le délai du calendrier électoral» auraient contribué à l’investiture de l’Exécutif. Celui-ci, compte tenu des urgences, aurait apprêté et déposé son projet de budget pour l’exercice 2012.

Que constate-t-on ? Les jours passent et se ressemblent. Les nouvelles institutions tardent à être mises en place. Ce contexte de vacuité ne semble nullement préoccuper les acteurs politiques qui passent le clair de leur temps à se rentrer dedans comme des chiffonniers. Il y a risque de ne pas disposer de gouvernement avant le mois de juin 2012. Cette législature aura ainsi perdu six mois importants et le temps commencera à jouer contre elle.

Jusqu’où et pour combien de temps va durer cette navigation à vue? Il est encore temps de casser cet immobilisme délétère en imaginant des idées incitatives d’un redressement rapide de la situation.

La refondation d’un Etat

La classe politique congolaise étant déboussolée, l’on doute même de l’efficacité de futures institutions de la République. Face aux grands défis du développement, de la reconstruction nationale, surtout de la refondation d’un Etat, il revient à la classe politique de saisir la portée exacte de véritables enjeux d’un Etat fort et prospère. Surtout en ce qui concerne un pays soumis à des convoitises multiples et au centre des intérêts divergents tant régionaux et internationaux.

Le travail de conscientisation, d’éveil national, de prise en charge par les Congolais ne peut qu’être inspiré par cette même classe politique, loin des slogans creux et des comportements démobilisateurs. Bien plus, ce travail doit s’appuyer plus sur des «hommes d’Etat», hautement responsables, que sur des «hommes politiques» opportunistes pour les privilèges du pouvoir et malléables à souhait.

La valse saccadée des élections, au rythme d’une musique tonitruante marquée par de couplets au son des accusations sur la fraude, la corruption, la tricherie, la falsification des résultats, n’est rien d’autre que de l’opprobre. Cela suscite de l’indignation.

[Le Potentiel]