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RDC : Une «table ronde», pour quoi faire ?

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KENGO, MBUSA et BOMBOLE avaient demandé l’annulation des résultats de l’élection présidentielle du 28 Novembre 2011 en RDC. C’est dire qu’à ce stade, il ne reconnaissait pas la victoire de Joseph Kabila. Mais dans leur proposition, ils invitent le même président Kabila à convoquer cette table ronde. Il y a là une reconnaissance tacite de sa victoire et de ses fonctions en tant que président de la République. Il leur revient de l’exprimer clairement pour éviter toute ambigüité. Ambigüité parce qu’à la question de savoir si cette table ronde aboutirait à la mise en place d’un «gouvernement d’ouverture» ou «un gouvernement d’union nationale», c’est selon, ils ne se prononcent pas aussi clairement. Mais cette table ronde, pour quoi faire ? Une réponse précise, sans des tournures subtiles, ferait avancer le débat.

Les résultats des élections 2011 n’ont pas encore fini de faire parler d’eux. Ils embarrassent quasiment tout le monde et sont à la base de cette crise politique qui s’affirme chaque jour davantage. Raison pour laquelle certains acteurs politiques, non des moindres, s’y penchent déjà pour proposer des voies de sortie. Notamment la tenue d’une «Table ronde». Pour quoi faire ?

Léon Kengo wa Dondo, Antipas Mbusa Nyamwisi et Adam Bombole, respectivement président national de l’Union des forces de changement, UFC, président national du Rassemblement congolais pour la démocratie, mouvement de libération, RCD-KML, et haut cadre du Mouvement de libération du Congo, suspendu de ses fonctions, viennent de proposer la tenue d’une «table ronde». Candidats malheureux de la dernière élection présidentielle, ils jugent urgente et opportune, la tenue de cette «Table ronde» de manière à endiguer cette crise politique qui menace les institutions de la République afin de prendre toutes les dispositions qui s’imposent.

Il s’agit, pour ce trio, d’un cadre de concertation et de dialogue autour des élections de manière à se parler franchement dans cette perspective de dégager un compromis en vue d’éviter de déboucher sur une impasse politique. Aussi, ont-ils demandé au président de la République, Joseph Kabila Kabange, de convoquer cette table ronde. Prendront part à ces assises, les «11 candidats» à l’élection présidentielle ; les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale ainsi que les membres de leur bureau ; le Premier ministre et les membres du gouvernement ; des membres de la Société civile, sans oublier les partenaires extérieurs. Notamment l’ONU, l’Union africaine, la SADC, la CEEAC, la MONUSCO…

A la question de savoir à quoi devrait aboutir cette table ronde, le porte-parole du président national de l’UFC, le professeur Bongongo, a laissé entendre qu’il ne s’agit nullement d’instituer une période transition, ni de mettre en place en gouvernement d’union nationale. Mais de s’appesantir sur la situation politique actuelle afin d’éviter une crise politique aux conséquences graves.

Réaction de la mouvance présidentielle et de l’UDPS

Cette proposition n’est pas du tout partagée par toutes les parties prenantes au processus électoral. Réagissant à ce sujet, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement et membre de la Mouvance présidentielle, a déclaré qu’il s’agit là d’une proposition politique comme toutes les autres et n’engage que leurs auteurs. Pour sa famille politique, c’est un «langage des perdants» et la mouvance présidentielle ne se sent nullement préoccupée par cette proposition.

De son côté, Me Serge Kasamba, haut cadre de l’UDPS, abonde quasiment dans le même sens. Pour lui et son parti, seule la «victoire de Tshisekedi» est importante. Le reste n’est que distraction. Partant, l’UDPS ne pourra soutenir une telle initiative.

Inconstance et ambigüité

Comme on peut déjà le constater, cette proposition soulève un débat. Certes, les auteurs de cette proposition n’ont pas encore expliqué en des termes clairs ce qu’ils entendent et attendent de cette table ronde.

Dans les milieux proches de l’UFC, l’ordre du jour devrait comporter les points suivants : validité ou invalidité des élections du 28 novembre 2011, l’évaluation du reste du processus électoral et la situation de la CENI.

D’autre part, ils réclament le dialogue. Vu sous cet angle, ils n’ont pas tort. La crise politique, qu’on le veuille ou pas est là. Le fait que Tshisekedi continue à se considérer comme «président de la République» et qu’il ne reconnaît pas la victoire de Joseph Kabila, n’est rien d’autre qu’une crise politique. Mais puisque le «dialogue» est l’arme la plus appropriée pour aboutir à un compromis politique, on ne peut rejeter l’idée d’un dialogue qui en politique doit demeurer permanent.

Mais dans ce cas d’espèce, quels sont les personnages les plus intéressés pour faire avancer ce train de dialogue ? Il s’agit bel et bien de Kabila et de Tshisekedi. Mais nulle part, les promoteurs de cette initiative ne l’expriment clairement. Il y a là cette tendance à en faire une table ronde des «sélectionnés» pour le partage des pouvoirs et de responsabilités. Ce qui se traduirait par l’institutionnalisation d’une période de transition. Qu’on le veuille ou pas, affirment les observateurs intéressés.

Mais jusqu’ici, Tshisekedi refuse de dialoguer avec Kabila. Et le président de la République, de son côté, s’en tient à la légalité après la proclamation des résultats par la CENI, confirmés par la Cour suprême de justice. Donc, pas question pour lui de remettre ces résultats en cause et appelle plutôt ses adversaires politiques à travailler avec lui. Il se déclare ainsi «ouvert à travailler avec des compétences qui ont la passion du pays».

Autre fait à relever : cette inconstance, cette incohérence dans les propos de ce trio. Dans un premier temps, ils avaient demandé l’annulation des résultats de l’élection présidentielle. C’est dire qu’à ce stade, il ne reconnaissait pas la victoire de Joseph Kabila. Mais dans leur proposition, ils invitent le même président Kabila à convoquer cette table ronde. Il y a là une reconnaissance tacite de sa victoire et de ses fonctions en tant que président de la République. Il leur revient de l’exprimer clairement pour éviter toute ambigüité.

Ambigüité parce qu’à la question de savoir si cette table ronde aboutirait à la mise en place d’un «gouvernement d’ouverture» ou «un gouvernement d’union nationale», c’est selon, ils ne se prononcent pas aussi clairement. Mais cette table ronde, pour quoi faire ? Une réponse précise, sans des tournures subtiles, ferait avancer le débat.

Gouvernement de cohésion nationale

L’important en ces instants précis, affirment les mêmes observateurs intéressés, consiste à «sauver à tout prix le processus électoral». Des graves irrégularités, des déficiences sérieuses, tout le monde les reconnaît. Le plus urgent est d’amener la CENI à les identifier, à les corriger et à sanctionner selon les prescrits de la loi. La classe politique y ferait œuvre utile, en lieu et place d’une table ronde qui doit être rangée dans le contexte de ce «dialogue permanent» inhérent à tout exercice politique.

Sauver le processus électoral, c’est sauver avant tout les résultats des législatives pour que le traitement des résultats se fasse en toute responsabilité et impartialité. C’est maintenant, et uniquement maintenant, que toute la classe politique doit peser de tout son poids sur la CENI pour que la vérité des urnes soit respectée et dégager une nouvelle recomposition parlementaire. Ce qui permettrait de mettre sur pied un «gouvernement de cohésion nationale». C’est à dire, un modèle français amélioré pour garantir la stabilité des institutions. Quitte à laisser les choses évoluer et s’adapter en fonction de la dynamique de la nouvelle Assemblée nationale pour plus d’efficacité.

Enfin, sauver le processus électoral, c’est de retenir que cette démarche ne s’arrête pas à la «présidentielle». Mais se prolonge aux législatives, provinciales, municipales, et locales. S’arrêter à mi-chemin pour réclamer une table ronde, c’est faire montre d’«égoïsme politique» et de manque d’intérêt à l’ensemble du processus électoral.

[Le Potentiel]