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RDC : Compilation controversée des législatives 2011

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Les résultats provisoires des élections législatives du 28 novembre 2011 continuent à susciter des réactions à travers le territoire national. A 24 heures de la publication prévue le 13 janvier 2012, des interrogations persistent autour de celle des bulletins de vote des circonscriptions électorales.

Les résultats provisoires des élections législatives du 28 novembre 2011 continuent à susciter des réactions à travers le territoire national. La dernière en date est cette correspondance datée du 22 décembre 2011 que trois candidats députés MSR de la circonscription électorale d’Ilebo, dans la province du Kasaï Occidental.

Dans leur correspondance réceptionnée au bureau de la CENI par José Makowa le 24 décembre 2011, les candidats députés sur la liste du Mouvement social pour le renouveau (MSR) Imwangombi Mbenga Cécile, Kabala Ngwama Baudouin et Kombe Pero Crispin réclament le recomptage physique des voix pour tous les candidats au CLCR d’Ilebo. Car, estiment-ils, après une compilation des suffrages de vote, fiches de témoins faisant foi, le MSR est bien assuré d’occuper le deuxième siège de la circonscription électorale d’Ilebo. Et pour appuyer leur requête, les contestataires font la relation des faits tels qu’ils se sont déroulés jusqu’à ce jour.

En effet, c’était le 6 décembre 2011 que le CLCR/Ilebo commence la compilation avant d’être arrêtée deux jours après, soit le 8 décembre, pour rouvrir ensuite le 11 décembre l’après-midi. Le 12 décembre, certaines personnalités influentes de la CENI/ Ilebo intimident les témoins et quelques responsables du CLCR/Ilebo au point que le climat de travail se détériore entre les témoins et quelques responsables de ce CLCR. Le 15 décembre, les témoins sont surpris de constater que certains membres de commission délibératoire de la CENI ont quitté Ilebo. Ils o voyagent tous. Pour quel motif ? Personne ne le sait jusqu’à ce jour.

En date du 17 décembre, on assiste à l’affichage des résultats provisoires par le CLCR/Ilebo. Constat : ces résultats sont loin de refléter la vérité des urnes.

Pour les membres et candidats du MSR plusieurs irrégularités sont à relever, notamment : le bureau local de la CENI n’était constitué que des membres d’un seul parti politique, lequel est le parrain d’un autre. Entre-temps, toute la manœuvre est orchestrée par la hiérarchie de ce parti depuis la capitale dans le but de favoriser les candidats de leur obédience même si ceux-ci n’avaient non seulement pas battu campagne, mais surtout n’avaient pas réalisé des scores pouvant les classer en ordre par rapport aux candidats MSR.

A leurs yeux, la compilation s’est faite de manière sélective et par sondage imaginaire sur la base de 120 bureaux compilés sur les 250, les résultats de 38 autres ayant été annulés pour cause de fraude flagrante commise par le candidat du PPRD.

Les contestataires relèvent également dans leur correspondance l’exclusion des témoins et observateurs lors des délibérations. Ce qui a donné lieu à une publication hâtive des résultats avant la fin de la compilation de tous les bureaux de vote relevant du CLCR/Ilebo. Ils rapportent aussi des cas de bourrages d’urnes et de corruption de certains membres du bureau délibératoire du CLCR/Ilebo. Ils s’étonnent de l’impunité coupable dont jouissent des candidats pris en flagrant délit de destruction et incendie de bureaux de vote à Ilebo. Pour tous ces motifs, les candidats MSR demandent à la CENI que justice leur soit rendue.

Des interrogations autour de la publication des résultats provisoires

Alors que le taux de compilation est de « plus de 80% », à 24 heures de la publication prévue le 13 janvier 2012 des résultats provisoires des législatives du 28 novembre 2011, des interrogations persistent autour de celle des bulletins de vote des circonscriptions électorales de Kinshasa, Lubumbashi (Katanga) et de Mbuji-Mayi (Kasaï Oriental).

«Le taux de compilation de l’ensemble des bulletins de vote est de plus de 80%. Kinshasa, Lubumbashi et Mbuji-Mayi figurent parmi les neuf (9) circonscriptions électorales où les opérations se poursuivent dans les CLCR (Centres locaux de compilation des résultats). La compilation est suffisamment avancée, elle a atteint sa vitesse de croisière », a rassuré mercredi sur Radio Okapi le responsable des opérations de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Optimiste, Me Ronsard Malonda a toutefois relativisé en ce qui concerne le respect de la «date butoir» du 13 janvier 2012, retenue dans le calendrier de la CENI pour la publication des résultats provisoires des législatives. «La CENI va aviser s’il se pose un problème», a-t-il répondu à un auditeur s’inquiétant du retard des opérations de compilation.

En fait, il se pose à Kinshasa - avec ses quatre (4) circonscriptions électorales - un problème d’ordre technique. Non seulement elle a battu le record des candidats à la députation nationale (plus de 5 000), cette ville-province a abrité 10 334 bureaux de vote sur les 63 865 repérés en RDC, où ses 3 287 745 électeurs sont allés élire 51 députés nationaux ! Soit, le plus grand nombre de bureaux de vote, devançant ainsi le Katanga (8 441), la Province Orientale (7 431), l’Equateur (7 364), le Bandundu (6 958), le Nord-Kivu (5 394) et le Kasaï Oriental (5 130).

Selon Me Malonda, «la CENI est en train de vérifier les résultats enregistrés dans certaines circonscriptions électorales», en soulignant que «les voix ne s’achètent pas, elles s’obtiennent dans les urnes».

Cela justifierait-il le retard observé dans la publication des résultats partiels des législatives dans la capitale congolaise où l’on craint des actes de fraude et de tricherie ?

«Autre phase du processus où le chaos a facilité la tâche des tricheurs : la compilation des résultats. Dans la capitale, par exemple, le centre de compilation était installé sur le site de la Foire internationale de Kinshasa, la Fikin. Faute d’abris en nombre suffisant, plusieurs sacs remplis de procès-verbaux de vote sont restés des heures sous la pluie. Plus grave, des sacs ont été emportés par des policiers vers une destination inconnue. Plusieurs journalistes peuvent en témoigner. Au centre de compilation de Lubumbashi, dans le Katanga, la Monusco a constaté elle-même un + désordre indescriptible + », rapporte le magazine Jeune Afrique.

A Mbuji-Mayi (Kasaï Oriental), le secrétaire exécutif de la CENI, Emile Dimoke, avait constaté que «les procès-verbaux (PV) comportant les résultats des élections du 28 novembre de plus de 122 bureaux de vote sont introuvables », un «chiffre (qui) représente 16% des bureaux de vote que compte la ville».

Présence controversée des experts internationaux

«On va dépouiller et afficher les résultats là même, le soir. On va donner une copie aux témoins des partis. Donc les résultats seront connus sur place. Les témoins des partis viendront avec les deux PV, des législatives et de la présidentielle. Il n’y a aucune urne qui va quitter le bureau non dépouillé. Les gens partiront avec les PV des résultats», avait assuré le président de la CENI, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, le 24 novembre 2011.

Aux termes de la loi électorale, les fiches des résultats doivent être signées par tous les membres du bureau de vote et par les témoins des partis politiques «immédiatement après le dépouillement». Une copie de la fiche des résultats est donnée aux témoins, une copie est affichée à l’extérieur du bureau de vote, les procès-verbaux de dépouillement, les fiches des résultats et autres documents électoraux (urnes, bulletins de vote comptés et bulletins inutilisés) sont envoyés au CLCR. Tous les matériaux sont collectés selon le plan de ramassage de la CENI et transportés en sécurité au CLCR.

«Une des étapes prévoit que les documents dont les chiffres sont inconsistants puissent être reconstitués sur la base de la fiche de pointage et la fiche de résultats par une équipe de trois membres de la CENI. Après la compilation des résultats de toute la circonscription, les résultats des différents CLCR sont transmit au SEP (Secrétariat exécutif provincial) et sont ensuite regroupés par province et envoyés à la CENI pour la publication des résultats provisoires», indique un rapport de la mission d’observation du Centre Carter.

Quant aux experts internationaux arrivés la semaine dernière à Kinshasa, la CENI se défend de les avoir invités. «La CENI n’a pas sollicité ces experts. Elle a plutôt répondu à une sollicitation de la communauté internationale. Ces experts sont ici pour une assistance technique et s’assurer de la transparence des opérations de compilation. Ils ne sont pas venus travailler à la place de la CENI ni pour certifier les résultats», a répondu Me Malonda à une question d’un auditeur de Radio Okapi.

«La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont proposé au gouvernement leur assistance technique électorale pour les prochaines échéances », avait déclaré l'ambassadeur de la Fédération de Russie, Anatoly Klimenko, au sortir d’une rencontre du Premier ministre Adolphe Muzito avec les ambassadeurs et les chefs de mission diplomatiques accrédités en RDC, le 15 décembre 2011.

[Par St. Augustin Kinienzi, Angelo Mobateli]