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Médiatisation de la présidentielle en RDC : « Jeune Afrique » vieillit décidément mal…

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En faisant allusion aux Tshisekedistes, « Jeune Afrique » relance, en quelque sorte, Etienne Tshisekedi qui, dans l’une de ses déclarations fracassantes - renouvelée du reste la veille de la fin de la campagne électorale - s’est autoproclamé Président de la République avec pour date d’investiture le 7 décembre 2011.

« Premier magazine panafricain par sa diffusion et son audience, Jeune Afrique est, depuis sa création en 1960, l’hebdomadaire international de référence du continent ». C’est cela même, l’annonce pub du Groupe de presse « Jeune Afrique » sur son site web. Hélas !, sa gestion de la question congolaise semble ne plus conforter cette prétention, au regard des articles que publie son hebdomadaire sur la RDC, précisément sur la personne de Joseph Kabila depuis janvier 2011. Le dernier en date, intitulé «Présidentielle en RDC : Kabila sur ses gardes à Kinshasa » a tout d’un appel au meurtre en ce qu’il indexe ouvertement la communauté katangaise de Kinshasa, livré à la vindicte populaire des « Kinois » étant donné que selon ce média, dans cet article SANS SIGNATURE !, les services de sécurité de Joseph Kabila ont concocté sept scenarios pour gérer la descente des Kinois dans la rue en cas de proclamation des résultats qui seraient favorables au candidat n°3. Le plus dangereux, souligne-t-il, est une marche des Tshisekedistes sur le Palais de la Nation. « Pour y faire face, le chef de l’État sortant a déployé une ceinture de fer autour de la présidence : quatre mille hommes – pour la plupart katangais – de la garde républicaine, des chars lourds T-80 (achetés à l’Ukraine) et des canons bitubes montés sur véhicules rapides », y lit-on !

La question que toute personne est en droit de se poser est de savoir pourquoi cet article suggestionnant ouvertement le soulèvement des combattants de l’Udps, et cela au moment où la Communauté internationale, relayée par la Cour pénale internationale, lance des appels au calme, principalement en direction des acteurs politiques et du peuple congolais pour le respect des règles établies dans le cadre du scrutin électoral.

En faisant allusion aux Tshisekedistes, « Jeune Afrique » relance, en quelque sorte, Etienne Tshisekedi qui, dans l’une de ses déclarations fracassantes - renouvelée du reste la veille de la fin de la campagne électorale - s’est autoproclamé Président de la République avec pour date d’investiture le 7 décembre 2011. Donc la veille de la mise en ligne de l’article !

Dans une démarche pédagogique, il revenait plutôt à l’auteur (anonyme) de rappeler la disposition constitutionnelle n°70 qui a le mérite de la clarté. A son alinéa 2, il y est bien dit que « A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ».

En précisant, en plus, que la ceinture de sécurité mise sur pied comprend 4 mille homme dont « pour la plupart Katangais », « Jeune Afrique » - qui a l’avantage de connaître les causes des guerres congolaises (sécessions katangaise et sud-kasaïenne, rébellions lumumbiste, muléliste et kabiliste avant celles de l’Afdl, du Rcd et du Mlc, troubles interethniques des Kasaïens et des Katangais en 1960 et en 1992-1993), a pourtant un devoir de mémoire à exercer, pour autant que sa vocation est d’aider les Etats africains à évoluer aux plans politique et socioéconomique. Ce journal, pour rappel, a été fondé en 1960. Il a l’âge des indépendances de la plupart des pays africains.

De ce fait, il n’est pas sans savoir que dans la ville cosmopolite appelée Kinshasa, les « Kinois » à être plus proches d’Etienne Tshisekedi sont en majorité les compatriotes kasaïens de l’ethnie luba. C’est, au demeurant, une donne politique majeure dans ce pays. Tous les candidats à la présidentielle ont dû bénéficier d’un apport électoral considérable de la part des compatriotes de leurs ethnies et tribus.

Et voilà que, « Jeune Afrique » en vient quasiment à suggestionner un affrontement interethnique entre, d’un côté, des militaires d’origine katangaise faisant partie de la Garde républicaine et, de l’autre, des civils d’origine kasaïenne de l’ethnie luba avec effet domino garanti au Katanga et au Grand Kasaï !

Ouvrant une parenthèse ici pour souligner ce fait historique : depuis le 30 juin 1960, toutes les forces impérialistes qui cherchent à déstabiliser le Congo actionnent généralement l’axe Kasaï-Katanga, symbolisé par l’axe « Diamant-Cuivre ». Avec son papier, ce média se comporte comme s’il était le bras séculier de ces forces...

Dans le même article, il relève que depuis le 28 novembre 2011, le Président Joseph Kabila « a coupé tout contact téléphonique avec ses pairs » ! Par pairs, il faut entendre les chefs d’Etat étrangers. Ce passage n’est pas sans rappeler celui de l’article « Kabila : Mobutu light » paru en janvier dernier. L’auteur relève que Joseph Kabila ne prend plus les appels de ses collègues !

Malheureusement, pour l’hebdo, ce nouveau « scoop » est démenti par l’évidence. Tous les médias parus avant sa dernière manchette sur son site web ont signalé les échanges téléphoniques que Joseph Kabila a eus avec ses pairs, notamment le Président sud-africain Jacob Zuma, autour justement de la question électorale.  

Vous avez dit « Cover story » « Kabila : Mobutu light » ! 

Pour comprendre ce nouvel exploit, il faut lire, toujours sur le site web, l’article signé François Soudan, daté du 21 novembre 2011. En 16 jours de présence, il a recueilli en tout et pour tout 27 réactions. Ce qui signifie clairement qu’il n’a suscité aucun intérêt dans le microcosme politique congolais.

Est-ce la raison du nouvel article qui, en moins de 24 heures, a déjà recueilli déjà 66  réactions jusqu’à 20h27, heure de Kinshasa ?

Pour bien le circonscrire et le pénétrer, en voici la reproduction intégrale sous l’avant-titre « Présidentielle et législatives 2011 en RDC » et le titre «  RDC : nous n’irons pas 
à Kinshasa ».

« Politiciens et journalistes : les deux espèces n’ont jamais fait bon ménage. Surtout quand les premiers ont de la liberté de la presse une conception tout droit surgie du temps des machettes. Qui n’est pas avec nous est contre nous. Soit on lèche, soit on lynche. Parce qu’il refuse de se plier à ce chantage, parce qu’il n’est pas domptable, Jeune Afrique vient donc de se voir signifier par les autorités de la République démocratique (?) du Congo l’interdiction de fait de venir couvrir sur place les élections générales du 28 novembre.

« L’histoire, subtile, est la suivante.

« Début octobre, J.A. désigne un envoyé spécial, en l’occurrence Philippe Perdrix, qui connaît la RD Congo, où il s’est déjà rendu à plusieurs reprises, pour rendre compte de la campagne électorale jusqu’au jour J inclus. Il lui faut pour cela un visa, lequel est conditionné à une lettre, mi-invitation, mi-accréditation, délivrée par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, lettre elle-même soumise à une requête écrite de notre part. La procédure n’est pas spécialement agréable, mais c’est la règle, et nos confrères qui s’y sont pliés ont obtenu leur sésame sans encombre. Pas nous.

« Les deux e-mails que nous avons adressés en ce sens au directeur de cabinet du ministre puis le courrier officiel adressé à Lambert Mende lui-même le 20 octobre sont à ce jour restés sans réponse. Ce n’est pas faute d’avoir relancé, ni même, histoire d’en avoir le cœur net, frappé à la porte du cabinet présidentiel. Jamais, bien sûr, on ne nous a notifié une interdiction formelle – les censeurs ne sont plus si primaires –, mais des « c’est à l’étude », des « c’est sur le bureau du ministre », lequel « est en déplacement », et même un « c’est en bonne voie » totalement fictif.

« Suivre le voleur jusque dans la chambre… L’adage est éprouvé car, à force d’insister, ce que nous soupçonnions a fini par apparaître. Si le pouvoir congolais ne veut pas de notre envoyé spécial, c’est pour nous punir d’avoir osé publier, en janvier dernier, une « Cover story » intitulée « Kabila : Mobutu light », assimilée à l’époque par le même Lambert Mende à une tentative de déstabilisation du chef de l’État. En vertu de la loi très mobutuesque selon laquelle le mal provient non pas de celui qui commet des erreurs mais de celui qui les rapporte, J.A. doit donc expier. Pour ce faire, dans leur grande magnanimité, la présidence et le ministre nous ont suggéré la voie à suivre. Qu’un membre de la direction de notre groupe se rende à Canossa (pardon : à Kinshasa), si possible en robe de bure, pour y faire amende honorable, et le précieux visa sera accordé à notre collaborateur. Hélas, si certains goûtent de ce pain, ce n’est pas notre cas. J.A., qui en a vu bien d’autres, continuera donc de couvrir à distance et avec ses correspondants sur place cette élection de tous les dangers, en espérant que pour le futur vainqueur, quel qu’il soit, demain soit un autre jour.

« Piqûre de rappel en guise de conclusion : le dernier pouvoir à avoir interdit à nos journalistes l’entrée sur son territoire était celui de… Kaddafi. Disons que cela ne lui a pas porté chance ».

De plain-pied dans l’affairisme !

Il ne sert à rien de revenir sur la fameuse « cover story » « Kabila : Mobutu light ». Tout le monde a fini, à Kinshasa, par savoir d’où est venu le coup et à qui le crime, pardon l’article a dû bénéficier (lisez profiter) à cette période-là.

Dix mois après, on ne peut qu’être d’accord avec François Soudan : cette élection de tous les dangers révèle effectivement une première et principale victime, quel qu’en soit le vainqueur : son bénéficiaire du papier de janvier 2011 !

Conscient, dès lors, de figurer parmi les victimes collatérales de l’aventurisme du bénéficiaire de ses nouvelles amours, « Jeune Afrique » trouve, en mot de la fin, toute sa fierté dans la chute de Kaddhafi, le dernier pouvoir, fait-il observer, « à avoir interdit » à ses journalistes « l’entrée sur son territoire ». Le mépris de Soudan va jusqu’à mettre en doute le nom du pays (République Démocratique du Congo), comme si le Congo était une invention de Joseph Kabila.

« Jeune Afrique » se veut une rédaction responsable ; c’est à son honneur. Mais, la responsabilité est avant tout un choix assumé. En faisant le choix de descendre en flammes Joseph Kabila à tout prix, sa rédaction n’a pas à se plaindre de la non-obtention de visa pour couvrir les élections du 28 novembre 2011. A moins de l’avoir sollicité pour s’…amender.

Or, entre, d’une part, les autorités congolaises qui ont décidé de s’assumer et, de l’autre, la rédaction de « Jeune Afrique » qui a décidé de ne pas assumer les conséquences de ses actes, le bon sens est du côté des premières et non de la seconde. C’est l’évidence même.

En se plaignant – car l’article de François Soudan – va dans ce sens, la rédaction trahit, à dire vrai, ses regrets. On en veut pour preuve l’allusion faite aux médias qui « goûtent à ce pain-là », comme si les correspondants des journaux autrement plus importants et plus puissants que l’hebdomadaire africain autorisés de couvrir les élections se seraient rendus à Canossa.     

Vieillissant finalement mal, l’hebdo a la prétention de suggestionner aux chefs d’Etat africains qu’ils sont soumis à son allégeance s’ils veulent longtemps rester aux affaires. Autrement, tout refus de leur part d’accorder des visas à ses journalistes se paiera à la « Kaddhafi ». C’est comme si, sans le savoir ni le vouloir, François Soudan nous convainquait déjà que derrière tout bon reportage de ses journalistes sur tout pays d’Afrique, il y a une négociation à partir d’un visa d’entrée !

On est de plain-pied dans l’affairisme.

C’est « Ce que je crois », à partir d’aujourd’hui…

Omer Nsongo die Lema