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RDC : Etienne TSHISEKEDI « joue avec le feu »

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Le leader de l'UDPS « joue avec le feu » pour reprendre l'expression utilisée par le Président Kabila dans sa dernière admonition aux Katangais pour les prévenir contre toute velléité de violence.

Après que ses propos recueillis sur téléphone à partir de Pretoria et diffusés par RLTV aient suscité l'indignation de grandes capitales du monde et de la grande majorité des Congolais et Congolaises de la diaspora comme de l'intérieur du pays, Etienne Tshisekedi n'a pas mieux trouvé que d'appeler de nouveau à la violence à partir de la capitale de la Province Orientale, la même qui a subi les affres de la violence à l'occasion d'une guerre que se sont livrées deux armées étrangères (rwandaise et ougandaise) et dont les Boyomais furent victimes autant que leurs biens, en particulier les immeubles.

Le leader de l'UDPS " joue avec le feu " pour reprendre l'expression utilisée par le Président Kabila dans sa dernière admonition aux Katangais pour les prévenir contre toute velléité de violence. Curieusement la leçon de violence est donnée par un candidat Président de la République qui, par définition, s'apprête à être investi du rôle de garant de la nation, partant, défenseur de la paix. " Kokamwa ! " dirait l'homme du JTLF. Mais par-delà l'étonnement, il faut comprendre ce qui se passe.

De par l'exégèse de ses propos, l'homme de la rue Pétunias déroute ceux qui ont cru en lui pour s'être acquis la réputation de chantre de la démocratie. L'hiatus entre le chant et la praxis saute aux yeux : comment un démocrate digne de ce nom peut-il prétendre que le peuple l'a déjà proclamé Président de la République en dehors des urnes ? Bien plus, son début de campagne électorale à Kisangani aura été des plus sobres (c'est un euphémisme). Prévu pour vendredi 11 novembre 2011 à 11 heures (la symbolique ne relève pas du hasard), son meeting n'a finalement eu lieu que dans la soirée pour prendre fin la nuit. Pour cause ? Un célèbre taxi-vélo (tolekiste) candidat à la députation nationale battait campagne au même moment drainant de nombreuses foules au détriment du meeting du Sphinx de Limete. C'est du moins ce que nous ont rapporté des sources locales. L'ex-Premier Ministre a donc dû attendre du matin au soir pour passer de 2000 personnes comptés dans la matinée à 5000 Boyomais ayant pris part à son meeting. Il n'a guère eu plus. Signe que ses propos qui ont été à la base de la suspension par le CSAC de la chaîne RLTV ont choqué et inquiété le commun des congolais, en d'autres mots les électeurs.

Mais, au-delà de la gymnastique des mots, notamment l'exercice oratoire de ses partenaires pour tenter d'expliquer que ce que l'on a entendu n'est pas ce qui est, Tshisekedi reste fidèle à sa logique et précise, à Kisangani, qu'il n'est pas venu en campagne électorale. Pourtant il devra poursuivre sa tournée vers les villes de Isiro, Buta, Bunia, Goma, Butembo, Beni, Bukavu, Uvira, Fizi-Baraka, Kalemie, Manono et Kabongo. Pourquoi faire ? Si ce n'est pour battre campagne (il l'a dit lui-même), alors serait-ce pour faire le lit d'un prochain cycle de violences sous son égide ? La vigilance s'impose. Il est temps d'arrêter l'élan pyromane de Tshisekedi. Mais qui le pourra ? Aussi bien le peuple congolais dans son ensemble et la communauté internationale sont interpellés à cet égard.

Une fois de plus, Etienne Tshisekedi risque de rater le coche. Aux années '90, il biffa la mention " garant de la constitution ", qualité reconnue par la constitution d'alors au Président Mobutu et falsifia ainsi l'ordonnance qui le nommait Premier Ministre. Il en perdit le poste. En 2003, alors que le poste de Vice-Président pour le compte de la composante opposition politique lui était quasi naturellement acquis, il se mit en marge du processus jusqu'à le perdre au profit d'Arthur Z'Ahidi Ngoma. En 2006, alors que sa popularité pouvait encore le dispenser de l'usage de la violence pour exister, il instruisit ses partisans de ne point oser s'enrôler ou s'impliquer en quelque façon dans le processus électoral. La suite est connue : l'UDPS n'a pas été représentée au parlement de la première législature de la troisième République, soit le lieu par excellence de l'expression démocratique.

Maintenant, Tshisekedi, qui dit ne pas être en campagne électorale, s'emploie à prêcher la violence. Ceci n'aurait rien d'inquiétant s'il n'y avait pas eu la fameuse déclaration d'Afrique du Sud, juste avant la création de l'Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue inter congolais, par laquelle les ténors de l'UDPS annonçaient doter désormais leur parti d'une branche armée. Le caractère non-violent de l'UDPS ayant déjà été contredit par des faits historiques, il est important que la nation se prémunisse contre tout fauteur des troubles en ce moment où le peuple congolais ne veut plus entendre que le langage de la reconstruction du pays et du développement intégral du Congo et des Congolais. Si Tshisekedi demeure incorrigible, il va falloir que le peuple lui démontre par les urnes que les temps ont changé.

Richard KAZIBURE